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René Char : Portrait. par Corinne Amar

 

Photo portrait de René Char.

Un grand poète se remarque à la quantité de pages insignifiantes qu’il n’écrit pas. Il a toutes les rues de la vie oublieuse pour distribuer ses moyennes aumônes et cracher le petit sang dont il ne meurt pas.
René Char, A une sérénité crispée

René Char est né en 1907 dans le Vaucluse, à L’Isle-sur-Sorgue. Premier écrivain à entrer de son vivant dans la prestigieuse collection de la Pléiade en 1983, sa vocation - sa passion - est la totalité de l’homme, comme sa vie toute est vouée à la poésie. Les actions du poète, écrira-t-il, ne sont que la conséquence des énigmes de la poésie. Pour aborder la vie et l’oeuvre de René Char, il faut donc admettre qu’elles sont placées l’une et l’autre sous l’empire du gouvernement de la poésie.
De l’enfance à L’Isle et des années de pensionnat en Avignon après la mort du père (industriel du plâtre) en 1918, il y a trace dans l’oeuvre ; Les Transparents, La Sorgue, Le Thor, Exploit du cylindre à vapeur, Jouvence, Deuil des Névons...
Passage mystérieux du silence à la parole, à cette autre pudeur qu’est le poème ; miracle d’élan, de présence au monde, éveil précoce aux êtres et aux choses, aux rythme des jours et des saisons, où s’exprime avec force, avec netteté l’avènement d’une vocation, en même temps que l’infinité du désir, chez Char, l’écriture - dont la source est la vie inexprimable - a vocation, non seulement à gagner sur la dispersion du monde et des mots, mais encore à exprimer, à bâtir "le réel qui désaltère l’espérance".
(...) Dans le sentier aux herbes engourdies où nous nous étonnions, enfants, que la nuit se risquât à passer, les guêpes n’allaient plus aux ronces et les oiseaux aux branches. L’air ouvrait aux hôtes de la matinée sa turbulente immensité. Ce n’étaient que filaments d’ailes, tentation de crier, voltige entre lumière et transparence. Le Thor s’exaltait sur la lyre de ses pierres. (...) (Le Thor)
(...) J’avais dix ans. La Sorgue m’enchâssait. Le soleil chantait les heures sur le sage cadran des eaux. L’insouciance et la douleur avaient scellé ensemble le coq de fer sur le toit des maisons et se supportaient ensemble. Mais quelle roue dans le cœur de l’enfant aux aguets tournait plus vite que celle du moulin dans son incendie blanc ? (Déclarer son nom).
« Comment me vint l’écriture ? » s’interroge Char dans La bibliothèque est en feu... : « comme un duvet sur ma vitre en hiver. » Et il ajoute : « Aussitôt s’éleva dans l’âtre une bataille de tisons qui n’a pas encore à présent, pris fin. » (cité par Serge Velay dans René Char qui êtes-vous ?, éd. La Manufacture, 1987, p.56)
Afin de convertir des « moments peu communs » en autant d’« instants propices », le jeune Char entre, vers 1922, dans ce qu’il nommera plus tard, dans L’action de la justice est éteinte (1931), « un artisanat furieux » : le poète naissant est au travail.
Les poèmes de Char écrits entre 1922 et 1926 sont rassemblés et publiés en 1928 sous le titre : Les cloches de coeur - livre qu’il détruira par la suite. En 1929, il adhère au mouvement surréaliste. Il a 22 ans, la plupart des autres poètes, Aragon, Eluard, Breton, ont une trentaine d’années.
J’étais un révolté et je cherchais des frères, j’étais seul à l’Isle, sauf l’amitié de Francis Curel qui avait l’imagination nocturne... Je touche enfin à cette liberté entrevue, combien impérieusement sur le déclin d’une adolescence en haillons et fort peu méritoire.(...), ainsi commence sa profession de foi. Mais ce n’est qu’un passage pendant lequel il signera quelques tracts et un recueil en commun avec Éluard et Breton, en 1930 : Ralentir travaux.
En 1934, il publie Le Marteau sans maître et reprend son indépendance, s’éloignant peu à peu du mouvement surréaliste, dans lequel il s’était engagé, au fond, simplement par amitié envers Éluard.
Je pense que si je n’avais écrit que Le Marteau sans maître, on me situerait quelque part dans le surréalisme, ce qui serait inexact. Quand j’ai écrit Arsenal, je n’avais que dix-sept ans et je ne savais même pas que le surréalisme existait. Éluard m’avait écrit, c’est comme cela que je l’ai connu et c’est par amitié pour Éluard que j’ai pris place dans le surréalisme sans qu’il y ait eu de ma part une adhésion à la doctrine et sans que j’aie pratiqué la méthode surréaliste. J’ai toujours ignoré l’écriture automatique et tout ce que j’ai écrit était consciemment élaboré. (Avant-propos du Marteau sans maître, Poésie/ Gall. Page 7).
Insoumis devant les agressions du monde, homme d’action, il est démobilisé en 1940 et entre presque aussitôt dans la Résistance. Il écrit son journal chronique de la Résistance, qui sera publié sous le titre Les Feuillets d’Hypnos (1946). À la libération, il publie Seuls demeurent (1945) et Le Poème pulvérisé (1947) . Il publie ensuite régulièrement, jusqu’à sa mort en 1988, d’une crise cardiaque. Il a 81 ans et il a révolutionné l’art poétique en le détachant de ses racines classiques.

Au séjour supérieur, nul invité, nul partage : l’urne fondamentale. L’éclair trace le présent, en balafre le jardin, poursuit, sans assaillir, son extension, ne cessera de paraître comme d’avoir été.
René Char, Le Nu perdu

Albert Camus avait dit de René Char : « Cette oeuvre est parmi les plus grandes, oui vraiment les plus grandes que la poésie française ait produites depuis les Illuminations d’Arthur Rimbaud et Apollinaire... »

Corinne Amar

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