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Entretien avec Jean-Paul Kauffmann. Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Couverture du livre 31, allées Damour  de Raymond Guérin.

Jean-Paul Kauffmann est né en 1944. Journaliste au Matin de Paris dès 1977, puis grand reporter à L’Evénement du Jeudi, il est enlevé à Beyrouth avec Michel Seurat le 22 mai 1985 et libéré trois ans plus tard, le 4 mai 1988. En 1994, il crée la revue L’Amateur de cigare. Ecrivain, il a publié L’Arche des Kerguelen (Flammarion, 1993) ; La Chambre noire de Longwood (La Table Ronde, 1997) qui a reçu le Prix Fémina essai, le Prix Roger Nimier, le Grand Prix Lire-RTL, le Prix Jules Verne et le Prix Joseph Kessel ; La Lutte avec L’Ange(La Table Ronde, 2001) et 31, allées Damour - Raymond Guérin 1905-1955 (La Table ronde / Berg nternational, 2004).
En 2002, Jean-Paul Kauffmann reçoit le Prix de littérature Paul Morand remis par l’Académie française.

Photo de Jean-Paul Kauffmann.

Pourquoi et comment vous êtes-vous intéressé à Raymond Guérin ?

Jean-Paul Kauffmann : Auteur noir, désespéré, violent, Raymond Guérin ne correspondait pas à mes goûts littéraires, mais il m’a "attrapé". Je me suis épris de son oeuvre. L’Apprenti est le premier livre que j’ai lu, je crois que commencer par ce livre ou par Quand vient la fin est le bon itinéraire. J’en ai éprouvé un choc que je n’avais pas ressenti depuis longtemps. Je m’intéresse à la littérature depuis ma jeunesse et c’est en 1978 ou 1979 que j’ai entendu le nom de Raymond Guérin pour la première fois. Il est toujours mystérieux de s’apercevoir qu’un nom s’impose à vous, que c’est le livre ou l’oeuvre qui vous choisit. Des rapports mystérieux se créent et sont inexplicables. J’ai tenté de les élucider dans ce récit biographique, 31, allées Damour.
Ecrire une biographie pose un problème puisqu’à priori, la trajectoire de l’écrivain importe peu et seule l’oeuvre compte. Mais lorsque je compose mon récit, j’adosse toujours cette trajectoire à l’oeuvre. Proust était dans la contradiction, il affirmait que la vie de l’écrivain n’avait pas à être connue et pourtant il manifestait une curiosité pour des détails biographiques concernant les auteurs qu’il aimait bien. Je suis également très friand des textes biographiques et j’accepte de vivre dans cette contradiction. La biographie engendre une illusion rétrospective qui lui est propre. Quand je l’ai commencée, j’avais totalement conscience des limites du genre, et c’est aussi pour cette raison que je l’ai faite. Son écriture est certes un peu bâtarde dans la mesure où j’interviens. En même temps, j’ai essayé de lui donner une rigueur, un sérieux en citant les sources qui sont pour une large part des archives ou des textes inédits.

Connaissiez- vous dès le début la méthode de travail que vous alliez utiliser ? Ces va-et-vient entre le récit de la vie de Raymond Guérin et la construction même de cette histoire, de votre enquête, de vos recherches et découvertes, de vos rencontres, de votre propre expérience...

Jean-Paul Kauffmann : Non, pas du tout. En réalité, c’est un livre que je n’avais absolument pas envie d’écrire, je l’ai fait à mon corps défendant. Je l’ai dédié à mon fils Grégoire qui écrit, et travaille également dans la maison d’édition Berg international. Depuis des années, il me harcelait pour publier tous les articles que j’ai rédigés sur Raymond Guérin dès 1981. Cependant, j’ai toujours été contre ce système de réunir en un livre des articles. A mon avis, ces textes rassemblés ne font pas un livre. Finalement, j’ai accepté à condition de raconter dans quelles circonstances ils ont été écrits, pouvoir les critiquer, en montrer les exagérations, le contexte journalistique etc. Je parle de la bravoura journalistique, cette propension à toujours enfoncer des gloires reconnues pour exalter l’inconnu, l’écrivain obscur. C’était aussi une manière de raconter par bribes ma vie au Matin de Paris lorsque j’y travaillais. Puis, je me suis aperçu qu’il y avait beaucoup de répétitions puisqu’à chaque fois j’étais obligé de restituer une sorte de background sur l’écrivain, sur sa biographie. C’était redondant et le système n’était pas du tout satisfaisant. En même temps, afin d’approfondir le sujet et d’élucider les inexactitudes sur l’existence de Guérin, j’étais amené à rechercher des éléments aux archives de la Bibliothèque littéraire Jacques Doucet et auprès de témoins. Puis un jour, je me suis décidé à écrire ce livre sous une forme biographique mais en gardant ce côté personnel, ces va-et-vient dont vous parlez.

On a l’impression de participer à l’enquête...

Jean-Paul Kauffmann : Prendre le lecteur par la main et le faire participer à mon enquête a toujours fait partie de ma manière d’écrire un livre. C’est pour cette raison d’ailleurs que j’écris au présent. Littérairement, c’est beaucoup plus facile d’écrire un livre à l’imparfait parce qu’il y a une musique qui se dégage, tandis que le présent a un côté plus brute, plus immédiat, presque journalistique...

Guérin, "infatigable épistolier", a échangé de nombreuses lettres avec le monde littéraire de l’époque. Il existe notamment une correspondance inédite très importante avec Henri Calet, établie par Jean-Pierre Baril et en cours de publication au Dilettante. Parlez-nous de sa relation avec Calet...

Jean-Paul Kauffmann : C’est l’histoire d’une amitié épistolaire, également alimentée par des rencontres assez fréquentes à Paris quand Guérin y venait. A la lecture des lettres, on a l’impression que Guérin donnait plus que Calet. Il s’épanchait beaucoup alors que Calet était en retrait, montrait une espèce de réserve, de sobriété, de discrétion inhérente à sa personnalité.
Calet n’a pas du tout aimé Parmi tant d’autres feux, livre qui lui a été dédié. Je crois qu’il n’a pas très bien compris l’ironie, le second degré qu’il y a avait dans ce livre. Il n’en a pas mesuré toute la partie dérisoire mais en même temps il a très bien compris l’ ?uvre de Guérin et notamment ce souci qu’il avait de faire un livre unique et qu’il n’est pas parvenu à réaliser. Calet était un lecteur très attentif de Guérin et ce dernier n’était pas indifférent à ses commentaires. Face à l’inquiétude de Guérin quant à son opinion un peu dépréciative sur Parmi tant d’autres feux, Calet lui écrit qu’il aime beaucoup ses livres même s’il a peu apprécié celui-ci mais que finalement tous ces récits font un livre unique, cohérent. Ce qui a dû plaire à Guérin. Ils ont tous les deux beaucoup de points communs, des oppositions aussi mais il y a une proximité certaine, et ce n’est pas un hasard s’il y a eu cette amitié épistolaire.
J’estime qu’aujourd’hui une certaine injustice demeure. Calet a beaucoup d’aficionados, les inédits Poussières de la route, recueil que Jean-Pierre Baril a édité au Dillettante, s’est très bien vendu. Ce n’est pas un écrivain maudit et il n’a pratiquement pas connu de purgatoire littéraire, alors que Guérin l’a connu de son vivant puisque Les Poulpes n’a pas été un grand succès. Il en reste d’ailleurs énormément d’invendus. A sa mort en 1955, il a été rejeté dans les limbes, dans une sorte de non-existence, un non-lieu. Quelquefois, il y a eu un petit frémissement, quelque chose qui faisait penser qu’il pouvait revenir à la surface. Quand on prononce cette expression qui est devenue consacrée, cette espèce d’automatisme accolé à son nom, " écrivain injustement méconnu ", il s’agirait de savoir pourquoi il y a cette indifférence, cet oubli. Bien sûr, certains ont lu L’Apprenti, Les Poulpes, mais il semble quand même que ce soit un cas unique en littérature. Des rééditions ont commencé dans les années 1980 avec Le Pus de la Plaie au Tout sur le tout.
Je crois que la correspondance la plus intéressante après celle de Guérin, est celle avec Jean Paulhan. Elle n’est pas de même nature parce qu’il ne s’agit pas réellement d’une amitié, mais plutôt d’une relation de maître à élève. C’est d’ailleurs étonnant de constater l’attitude de Guérin. Il se comporte comme un petit garçon, très modeste, acquiesçant à la moindre remarque de Paulhan.

Et à propos de sa rencontre avec Georges Hyvernaud qui lui aussi a été prisonnier dans un stalag, dont les récits ont été également victimes de la lassitude du public après-guerre...

Jean-Paul Kauffmann : C’est aussi quelqu’un avec qui il avait une grande proximité. Hyvernaud avait envoyé des textes, témoignage de sa captivité dans un oflag en Poméranie, au Temps modernes qui en a publié un extrait aussitôt. Guérin tombe sur ce texte et le trouve magnifique. Il fait part de son enthousiasme à Hyvernaud, se reconnaissant dans ce témoignage. Hyvernaud lui envoie alors la totalité du récit que Guérin transmet à son ami Jean d’Halluin, patron des éditions du Scorpion. Celui-ci décide de l’éditer et le récit La Peau et les os paraît en 1949 préfacé par Guérin.
Il est vrai que dans les années 50, tous ces écrivains, Georges Hyvernaud, Marc Bernard, Raymond Guérin, et même Henri Calet qui n’était plus tellement dans l’air du temps, étaient décalés, ils n’ont pas été reconnus à leur juste valeur. La littérature changeait, l’opinion était lasse de cette littérature issue de la résistance, de l’engagement de l’après-guerre. C’est à ce moment-là qu’est apparu le nouveau roman, en 1953, également l’année de la parution des Poulpes. On dit que le nouveau roman a tué ces écrivains, qu’il n’y avait pas de place pour eux, mais je ne suis pas sûr que cette explication, un peu facile, soit convaincante. Le quart de siècle pendant lequel Guérin a écrit 1925-1950 est une période assez mal connue d’un point de vue littéraire. Précisément, ses chroniques publiées dans La Parisienne rendent assez bien compte de cette époque qu’il a subie et explorée. Guérin semble avoir un assez bon jugement, il disait de lui-même être un bon "liseur".

En 1943, il dit être le seul écrivain prisonnier...

Jean-Paul Kauffmann : Ça fait partie des gasconnades de Guérin...
Mais c’est vrai que la plupart des écrivains ont été libérés avant 1943, Sartre notamment. Et des écrivains qui ne l’étaient pas à l’époque de leur captivité le sont devenus. Francis Ambrière, par exemple, n’avait publié aucun livre avant celui qui relate la vie dans les stalags, Les grandes vacances. 1939-1945 et pour lequel il a reçu le Prix Goncourt en 1946. Quant à Georges Hyvernaud qu’il ne connaissait pas encore, a été libéré en 45. Guérin exagérait parce qu’il souffrait.

Guérin a un tempérament complexe, peut se montrer insupportable, vaniteux, parlez-nous de ses contradictions...

Jean-Paul Kauffmann : Guérin n’apparaît pas toujours comme quelqu’un de bien sympathique mais en vérité c’est un tendre qui pouvait faire preuve d’une grande hospitalité, d’une grande générosité. Il a essayé de créer une espèce de carapace plus ou moins résistante par rapport au monde extérieur, il n’y est pas vraiment parvenu et finalement s’est avéré être extrêmement vulnérable. Cette contradiction a été très douloureuse. A la fois, humble, modeste et mégalomane. Se mettant des cendres sur la tête, en même temps très conscient de son génie. Malheureux, il a présenté une image de lui qui était désagréable. J’ai rencontré beaucoup de gens qui le trouvaient odieux. Il désirait rester à Bordeaux et être un écrivain reconnu, se moquait du côté loterie de la critique ou du succès, mais était très soucieux qu’on parle de lui. Il était d’ailleurs abonné à l’argus de la presse et la moindre allusion était découpée, archivée. Il y a donc à la fois ce côté cassant et cette tendresse, cette preuve d’amour, cette vulnérabilité, et surtout ce complexe d’autodidacte qui l’a rongé jusqu’à la fin de sa vie. Ce qui est très paradoxal chez lui, c’est le côté apprenti, besogneux et la souplesse, le brio, la capacité à pasticher les autres écrivains parmi les plus connus. Une sorte de facilité qui est assez étonnante et qui explique en grande partie la désaffection. Au fond, si l’on essaie d’analyser pourquoi Guérin n’a pas eu le succès qu’il méritait, on s’aperçoit que cet aspect caméléon, Arlequin est une raison envisageable. Un écrivain a un style reconnaissable, une manière, une touche qui n’appartient qu’à lui et il s’y tient. Alors que Guérin a cassé le moule, a toujours remis le titre en jeu. C’est vrai qu’entre l’auteur de La Tête vide et l’auteur des Poulpes, on a du mal à discerner qu’il s’agit du même écrivain. En outre, Guérin a payé son individualisme forcené, cette volonté de n’appartenir à aucune chapelle, à aucun réseau. Bien sûr il était proche du clan Gallimard mais on le traitait un peu à la légère. Il n’était pas communiste mais en sympathie avec les communistes, et pendant la guerre d’Espagne, il était républicain. Il a assuré la chronique littéraire de La Parisienne, revue de droite de Jacques Laurent, avec qui il avait peu d’affinité et ne cachait pas qu’il aurait préféré écrire dans la Nouvelle Revue Française. Guérin a toujours eu quelque chose d’insaisissable.

Vous pensez que c’est ce qui a déconcerté les lecteurs ?

Jean-Paul Kauffmann : Oui, je crois que c’est aussi une des explications possibles. L’être humain a besoin de classer, de poser des étiquettes, et Guérin est insaisissable. Par exemple, il est difficile de classer ses livres, notamment Les Poulpes qui est un objet étrange. D’ailleurs Guérin a accepté l’épithète de roman à son corps défendant. Bien sûr, L’Apprenti est un roman, à la fois une fiction et un texte autobiographique qu’il a métamorphosé. En tout cas, il tenait absolument au début à ce que ses premiers textes comme Zobain ne soient pas accolés au terme de "roman". Il en faisait une fixation un peu obsessive.
Il y a un côté Jean-Jacques Rousseau chez lui, ce sentiment d’être persécuté et d’en faire porter la faute à autrui. Il est toujours dans la plainte, c’est une manière de se protéger bien qu’il écrive dans une lettre à Calet, qu’il ne se plaint jamais, qu’il ne demande rien. C’est typiquement une dénégation, ça fait partie de ses contradictions.
C’est curieux un homme à la fois agent général d’assurance vivant à Bordeaux et écrivain, c’est une double vie. Au fond, j’ai essayé d’écrire la vie de Guérin comme la vie d’un homme. Je pense que toutes les vies sont intéressantes, avec leurs secrets qu’on finit par découvrir en fouillant de plus près. On peut lire ce livre sans s’intéresser forcément à l’écrivain mais à la vie d’un homme né en 1905, mort en 1955 qui a été garçon d’étage au Crillon, agent d’assurance, prisonnier, et en plus, écrivain. Evidemment, j’ai analysé les textes en regard de l’existence de cet homme, sa vie et sa personnalité. La vie de Guérin est intéressante parce qu’elle est dans un espace temps peu étudié et assez original. Les années 30 sont des années glauques, un peu grises qui suivent la crise de 1929, où l’on voit travailler, ruminer un certain nombre de choses qui vont resurgir en 1940, le nazisme, le facisme. Guérin cristallise assez bien cette époque, résume cette période qui va s’arrêter en 1955. C’est aussi une vie très courte, treize livres de son vivant. Son premier livre paraît en 1936, en 15 ans tout est fait. On peut lire cette existence comme un plan de coupe, les années trente, la guerre, l’après-guerre, pour lui le retour très difficile et la désaffection.

Il est investi de la "mission de tout dire"...

Jean-Paul Kauffmann : Il pense que la sincérité supplée à tout mais il confond sincérité et vérité. On peut être sincère et se tromper soi-même et les autres. " Tout dire " a été une sorte d’obsession pour Guérin.
Mais il ne pouvait pas tout dire. Même dans le premier livre, Zobain, il admet lui-même qu’il n’a pas pu le faire. Il dit à Jean Grenier que c’est impossible. En tout cas, il y a eu chez lui une volonté de ne rien cacher. Je pense aussi qu’on se trompe sur la sincérité. C’est une illusion. Ce n’est parce qu’on est sincère qu’on est vrai, authentique.

Vous écrivez que l’épreuve de la détention vous a davantage rapproché de Guérin, que l’affinité est devenue intimité et cette phrase "rien ne sera plus comme avant"...

Jean-Paul Kauffmann : La captivité dans la vie de Guérin est la chose la plus importante parce qu’elle est à l’origine d’une mort. Elle a modifié profondément son être. Quant à moi, je suis un peu dans la contradiction. Nombreux sont les gens pour qui "ancien otage du Liban" est écrit sur le front de Kauffmann. C’est une étiquette à laquelle je ne peux pas me soustraire, parce qu’on ne peut pas rejeter ce qu’on est, ce qu’on a été, ce qui appartient à son existence, mais elle m’embarrasse d’une certaine manière, parce qu’il faut avancer. En même temps, quand je fais allusion dans ce livre à ma captivité, j’alimente ce statut d’ex-otage qui est le mien.
Un mois avant mon enlèvement je lisais Le Temps de la sottise, le journal de captivité de Guérin, en constatant avec ennui qu’il y avait des redites. Puis, je me suis trouvé exactement dans la même situation même si le stalag et ce que j’ai connu étaient différents, cependant tous les enfermements se valent. Et j’ai moi aussi écrit un journal qui ressemblait étrangement par ses redites à celui de Guérin. C’est une sorte d’ironie de me retrouver dans une situation qui n’était pas sans rappeler celle qu’avait connu l’écrivain. Donc, je fais allusion à ma captivité, c’est comme une cicatrice, je n’y pense pas toujours mais elle est là. Elle fait partie de mon être. C’est quelque chose qu’on ne peut pas renier et la question ne se pose même pas.
Par contre, je me différencie de Raymond Guérin, je ne pense pas que ma captivité a eu des conséquences graves sur ce que je suis, je ne pense pas véritablement qu’elle m’a brisé, ce serait même plutôt le contraire. Mais quand Guérin dit qu’il a perdu son instinct vital, son appétit par rapport à la vie, j’ai parfois un sentiment semblable, une sorte d’indifférence. Il arrive qu’en regardant tout le malheur du monde, les massacres, les horreurs, une espèce de carapace se forme, presque une indifférence. Ce qui est très grave et fait partie des dommages irréparables de ce que j’ai pu connaître. Il y a peut-être une sorte d’instinct vital, d’un "à quoi bon". Et le sentiment de savourer les choses les plus simples de l’existence ; tous ces côtés élémentaires, la couleur du ciel par exemple, toutes ces choses à côté desquelles je suis passé ? Peut-être aussi que cette tragédie a favorisé, libéré l’écriture. Avant, je commençais des livres que je ne terminais jamais et cette histoire a joué comme une sorte de régulateur. En même temps, il est vrai que si c’est ça qui a suscité, hâté ou accéléré ma vocation d’écrivain, j’aurais bien entendu préféré ne pas connaître ce que j’ai connu. Mais la captivité a eu lieu et elle a eu des conséquences non seulement sur moi, mais aussi sur ma famille, sur mes parents. Oui, rien ne sera plus comme avant. Trois ans, on refait toute sa vie, on remémore les moindres détails, les moindres recoins de l’existence qu’on a menés jusqu’alors.

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