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Lettres choisies - Diên Biên Phu

 

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Les Viêts ont eu l’astuce de ne pas dévoiler avant l’offensive générale du 13 mars 1954 la puissance de feu dont ils disposent. Comme beaucoup d’autres combattants, le sous-lieutenant Cloix se laisse prendre à cette ruse. (Lettres de Diên Biên Phu, p. 145)

Lettre du sous-lieutenant Cloix Le 12 février 1954

Chers parents, chers tous,

Je viens de recevoir votre lettre du 6 février 1954 et les colis de Noël de Claude et Ninette arrivés en bon état. J’espère que ma dernière lettre ne vous effraie pas... On lit dans les journaux : " léger accrochage à Diên Biên Phu ", 3 Viêts tués, 2 armes récupérées "... mais ils oublient de dire que chez nous cette légère prise de contact se solde par 10 morts et 80 blessés. Je vais fort bien - la température est délicieuse. Hier et aujourd’hui nous avons essayé avec quelques bataillons de reprendre les opérations de l’autre jour, échec... Nous avons détruit sûrement trois 75 de montagne Viêt - aussi depuis l’opération du 6 nous n’avons pas reçu un seul pruneau. Il faut dire : " Qu’est-ce qu’on leur tire sur la gueule ". Comme disait quelqu’un, c’est l’artillerie et l’aviation qui font du mal au Viêts car les fantassins, eux, se font poliment "mettre à la porte"... Surtout soyez sans inquiétude pour moi car, d’après mon capitaine, c’est la première fois qu’il se trouve en DLO si près du combat. Le rôle du DLO n’est pas de jouer au fantassin mais de régler des tirs et de les amener sur l’ennemi, aussi n’est-il pas conseillé qu’il se trouve en pleine mêlée mais un peu en arrière à un endroit où il puisse voir. Ces jours-ci j’ai fait des croquis panoramiques des montagnes entourant la cuvette de Diên Biên phu. On entend le cri du cerf hurleur - on l’entend de plusieurs kilomètres. (...)


Dernière Lettre envoyée par le médecin-lieutenant Verdaguer à son épouse.

Le médecin-lieutenant Verdaguer tente de rassurer son épouse sur le sort de la garnison en faisant allusion au passage à l’opération du 22 mars. (p.219)

24 mars 1954

Ma petite Arlette chérie, mes chers tout petits,

J’ai eu la joie hier après-midi de recevoir ta lettre du 12 ; le courrier a bien sûr un peu de retard mais tu vois il arrive quand même. J’espère qu’il en est de même en ce qui concerne mes lettres et qu’ainsi elles peuvent te rassurer. Je t’avoue que ce qui me tracasse le plus c’est de voir les nouvelles affolantes de la presse française ; j’espère cependant que mes lettres précédentes et le télégramme sont arrivés et qu’ils vous auront rassurés... A part quelques ondées annonciatrices de la saison des pluies, il fait des journées très belles, ni trop chaudes, ni trop froides. De vraies journées de juin de chez nous. Ici le calme continue ; avant-hier à l’autre bout de la cuvette une opération avec des blindés a ratatiné sans coup férir deux bonnes compagnies viêts. Nous on n’a rien entendu. On continue à passer le temps du mieux qu’on peut, lecture, bridge, " belote vache ", un jeu récemment importé et qui connaît la grande vogue. Au soir, nous avons droit tous les jours au carrousel aérien, spectacle assez attrayant car il y a un peu de DCA en face. La nuit on est parfois réveillé en sursaut par les bombardiers qui lâchent leurs grosses crottes. Encore une petite histoire qui va coûter quelques dizaines de milliards à notre malheureux budget ! Ah vraiment, pour tout un tas de raison, il est temps que ça cesse ! Mais on a bien l’impression que ces f... d’Amerlock ont l’intention de torpiller la conférence de Genève. Ici, on est arrivé au point d’avoir plus de sympathie pour les Viêts que pour eux...


Lettre du capitaine Lucien Le Boudec après son arrivée au camp de Tuan Giao (Lettres de Diên Biên Phu, p. 436)

Le 19 juin 1954

Ma chère maman,

Cette lettre vient te rassurer sur mon sort à la suite de notre défaite à Diên Biên Phu. Je suis prisonnier de guerre de l’armée populaire vietnamienne, traité avec la plus parfaite correction. Peut-être es-tu au courant de mes blessures par la base arrière de notre bataillon mais tu n’as pas à t’en inquiéter car aucune d’elles ne me laissera de suites durables et je reçois des soins au même titre que les blessés vietnamiens. Trapp et Datin partagent actuellement ma destinée car ils sont eux aussi blessés. - Il est inutile de te dire combien nous fondons d’espoirs dans la conférence de Genève dont hélas nous n’avons que de vagues échos. Maintenant que nous sommes dans l’autre camp nous avons pu constater que les vietnamiens souhaitaient autant que nous la fin de ce douloureux conflit qui nous épuisait tous les deux. Au cas où il y aurait un heureux aboutissement notre séparation déjà si longue ne serait plus de très longue durée. Dans le cas contraire je te demande instamment de ne pas te faire de souci pour moi, hors mes blessures, je suis en parfaite santé et très bien adapté à la nourriture locale ! (...)

Tu transmettra à toute la famille et aux amis mon meilleur souvenir et je charge cette lettre de toute mon affection et de tous mes baisers pour ma tante et toi.

Lucien

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