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Extraits choisis -
Yehoshua Kenaz

 

Photo d’un balcon Deux lettres tirées du roman de Yehoshua Kenaz, Retour des amours perdues, traduit par Sylvie Cohen (Stock 2004)

Lettre d’Arié Schwartz à Barzilaï Nachman (pp.13-15)

Á l’attention de M. Barzilaï Nachman,
Bien que nous ne nous parlions plus depuis plusieurs années en raison d’un différend à propos duquel je suis parfaitement en droit d’être en colère, il se trouve que je n’ai guère plus le choix. Il m’eût été impossible d’envoyer cette lettre à votre épouse comme je l’ai fait quant au règlement des dépenses exceptionnelles de l’immeuble car cette fois le sujet n’est pas l’affaire d’une femme. Par la présente, je ne vous écris pas en mon nom personnel mais en tant que président du conseil syndical. Depuis que Monsieur Neuman a déménagé et que d’autres locataires occupent votre appartement, la situation est devenue tout à fait I-N-T-O-L-E-R-A-B-L-E. Après vérification, je suis en mesure de confirmer qu’il y a jamais personne de jour ni de nuit, à l’exception des après-midi où une femme reçoit des hommes avec qui elle a des relations intimes au terme desquelles elle se met à crier oïe, oïe, oïe, si fort qu’on l’entend dans tout l’immeuble. Au début, il nous était difficile de déterminer la nature de ces cris. Pressentant le pire, nous sommes allés frapper à la porte pour offrir de l’aide, mais force fut de constater qu’il s’agissait de tout autre chose ! Et ça continue comme ça plusieurs fois par semaine ! Ce serait moins grave la nuit quand tout le monde dort, mais au milieu de la journée ce n’est pas normal. Estimons-nous heureux qu’il n’y ait plus d’enfants ici pour poser des question là-dessus, mais c’est quand même une honte pour les femmes respectables qui vivent dans notre immeuble. Il est impossible que vous n’ayez pas gardé en mémoire ce qui s’est passé dans l’appartement n°3 après la mort de Moyal, en date du 18/07/1981, et le départ de sa femme en maison de retraite, lorsque le nouveau locataire amenait des filles et avait fait de cet endroit vous savez quoi. Les gens faisaient la queue dans l’escalier. Á l’époque, vous assistiez encore aux réunions de copropriété. Nous avions appelé la police et la question avait pu être réglée. Mais maintenant, qu’est-ce qu’on va faire avec cette fille ? Il y a longtemps que la police auraient dû être alertée mais, connaissant votre caractère, j’ai pensé que mieux valait vous avertir avant de la tournure prise par les événements dans votre appartement. Á présent, au nom de la copropriété, je me permets de d’insister, avec tout le respect que je vous dois, pour que vous mettiez un terme à cela. Non seulement c’est désagréable et honteux pour tout le monde, mais en plus cela risque de déprécier la valeur de l’immeuble étant donné que personne ne voudra plus acheter dans un endroit pareil sans parler du fait que nous avons investi pour rien dans la porte d’entrée et l’interphone afin d’améliorer le standing. Sans réponse de votre part, nous serions dans l’obligation d’avoir recours aux forces de l’ordre. Nous vous prions aussi de nous communiquer le nom de votre locataire que, vous le savez la copropriété est en droit de connaître. En outre, elle doit deux mois de charges, les courriers dans la boîte ou sous la porte sont lettres mortes et ils ne répondent pas au téléphone, même les après-midi où on l’entend crier.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes sentiments les plus distingués,

Schwartz Arié
Président du syndic des copropriétaires


Lettre de Barzilaï Nachman à Arié Schwartz (pp. 22-23)

Cher Monsieur Schwartz,
En réponse à votre lettre embrouillée, je vous prie de ne plus m’importuner avec vos bêtises. Mon locataire est un homme respectable, originaire d’une grande ville du nord du pays, un cadre supérieur dans une importante entreprise commerciale de Tel-Aviv qui cherchait un endroit calme où se reposer dans la journée. Il a probablement emmené quelquefois sa femme avec lui à Tel-Aviv, et celle-ci a peut-être crié "oïe, oïe, oïe". C’est dégradant qu’un homme de votre âge puisse s’imaginer n’importe quoi. Que se passe-t-il dans votre tête ? Quand j’habitais là-bas, j’ignorais que vous aviez les fantasmes d’un vieil obsédé. C’est indigne de vous, Monsieur Schwartz, j’ai honte pour votre femme. (...)
En parlant de ridicule, j’étais plié de rire en lisant votre lettre, que j’ai d’ailleurs relue au moins trois fois. Vous vivez en Israël depuis cinquante ans, mais votre hébreu est plus maladroit que celui d’un nouvel immigrant. J’ai enseigné pendant des dizaines d’années et j’en ai vu des vertes et des pas mûres, mais je n’étais jamais tombé sur un pareil tissu d’inepties. (...)
Néanmoins, cher Monsieur Schwartz, la plaisanterie a assez duré, et si vous avez l’intention de nous servir un nouvel acte de cette comédie, nous vous saurions gré de vous abstenir.

Respectueusement,
Nachman Barzilaï

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