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Christophe Malavoy : Portrait.
Par Corinne Amar

 

Photo portrait de Christophe Malavoy.

Il y a dans La Cerisaie d’Anton Tchékhov une réplique de l’éternel étudiant Trofimov : " Est-il possible que dans chaque cerise, dans chaque feuille, dans chaque branche de ce jardin, vous ne sentiez pas les êtres humains qui vous regardent, que vous n’entendiez pas leurs voix ?" Christophe Malavoy, Á hauteur d’homme, (Flammarion p.191)

Acteur de cinéma et de théâtre, réalisateur de La ville dont le prince est un enfant en 1996, d’après la pièce de Montherlant, Christophe Malavoy, né en 1952, est aussi écrivain et publie depuis 1990. Les titres de ses romans, récits, nouvelle (D’étoiles et d’exils, Parmi tant d’autres, J’étais un enfant pendant la guerre de 14-18, La Brûlure du jour, Prison de la Santé, 1942) parlent d’eux-mêmes et les mêmes thèmes reviennent, creusés, exorcisés, libérés, recomposés : le souvenir indélébile de la guerre, l’histoire familiale (le combat intérieur d’un père qui a peu connu son propre père), la mémoire et son espace dans lequel on déambule, l’appréhension du monde... Le père de Christophe Malavoy a fait l’école de Saumur, est devenu officier, sa grand-mère a été déportée à Ravensbrück, son oncle à Mathausen : "e suis le résultat de ces histoires,dit-il, dans un entretien avec Claude Baudry. Et ce grand-père mort, huit jours après avoir été mitraillé, ces objets qui ont compté dans sa vie et dans les choux qu’il a faits, ça vous forge un homme et une conscience. C’est sur cette émotion gardée longtemps en moi dans un jardin secret, que j’ai bâti ma vie. Elle en est un des socles. Mon thème principal, c’est la filiation, la nécessité de produire de l’humain, savoir d’où on vient. La transmission, donner un sens à notre vie." Il publie en 2001 chez Flammarion un récit Á hauteur d’homme. Aujourd’hui c’est une journée particulière. Une journée que l’on voudrait échanger pour rien au monde. Loin de la rumeur de la ville, la visite d’un fils à son père dans une chambre d’hôpital . Dialogue au-dessus du vide. Voyage au coeur de l’indicible. La vie qui se déroule sous la lumière du soleil comme une pellicule entre les griffes d’un projecteur. Si je suis ému ce matin, c’est parce que tu le seras aussi... ( p. 26 ) Dans Parmi tant d’autres, roman qu’il adaptera à l’écran (Arte, 2003 ), Christophe Malavoy évoque la figure de son grand-père, mort au front, et les répercussions de cette mort dans la mémoire familiale dont il est l’héritier. Obsession, non pas tant de la guerre, mais du travail de deuil et des relations intimes, invisibles qui tissent les liens entre un fils et son père par delà la mort de celui-ci, identification du fils à son père, ce qui l’amenait à voir et à entendre ce que vivait son propre père et à connaître lui aussi, mais sur un mode rêvé, la réalité de la guerre. Dans Á hauteur d’homme, à nouveau, apparaissent les thèmes chers à l’auteur ; le proximité inoubliable de la guerre, la relation intime, adulte, au père, la beauté, la vulnérabilité des souvenirs, la présence de la mort, le besoin de tout dire, son urgence, la nécessité de transmettre, de recevoir, de se prolonger dans l’autre. Je sais peu de choses de toi, de ta vie, de ton enfance, de tes rêves. Et que sais-tu de moi ? Je me le demande. Nous nous reconnaîtrions entre mille et cependant il me semble que nous sommes restés des étrangers l’un pour l’autre. Je me souviens de cette réflexion que tu me faisais toujours à propos de ma jeune vie de comédien : "mais, qu’est-ce que tu fais de tes journées ?"(p.15) Et là, adulte enfin, c’est à son propre père qu’il s’adresse, ce père qu’il vient voir tous les jours à l’hôpital, ce père, malade et qui va mourir, et dans la nostalgie douloureuse de l’avenir qu’il ne connaîtra pas... En dialogue, en monologue, il dira "tu", il voudra savoir. Est-ce par pudeur que tu ne t’es jamais confié ? Je me le demande aujourd’hui. Il n’était pas dans la tradition d’un officier de cavalerie de faire étalage de ses sentiments ni de confier ses doutes, encore moins ses faiblesses. La perte de ton père dès ton plus jeune âge, puisque tu n’avais pas un an lorsqu’il partit au front, n’a fait que renforcer cette rigidité qui masquait une totale maladresse. (p.55) Lettre au père au delà de la mort, hommage. Je retrouve les bras de maman qui m’attend à la maison. Tout le monde est là ou presque. Nous avons rendez-vous ce matin à la chambre funéraire de l’hôpital, la morgue. Nous devons y rejoindre le reste de la famille pour la levée du corps. (p 217)

La pensée continue de vivre. Elle traverse les hommes et leurs histoires, saute de mémoire en mémoire, illumine la route quand les ténèbres gagnent, avec elles on vit, et avec elles on meurt. (p. 236, page ultime)

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