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Entretien avec Thierry Lentz.
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

édition du 12 novembre 2004

 

Couverture du livre Correspondance de Napoléon Bonaparte

Fondation Napoléon, Correspondance de Napoléon Bonaparte, tome premier, Les Apprentissages (1784-1797) . Présentation du baron Gourgaud et introduction générale de Jacques-Olivier Boudon. Éd. Fayard, 1464 pages, 50 euros. 20 octobre 2004

Thierry Lentz est directeur de la Fondation Napoléon et chargé de cours à l’université de Paris IV-Sorbonne. Il a publié une quinzaine d’ouvrages sur le Consulat et l’Empire dont Le Grand Consulat (Fayard, 1999), la Nouvelle histoire du Premier Empire (deux volumes sur trois parus aux éditions Fayard) et dirigé le Sacre de Napoléon (Nouveau Monde, 2003). Il dirige le projet d’édition de la Correspondance générale de Napoléon Bonaparte, publiée par la Fondation Napoléon avec le concours des Archives de France et de la Fondation La Poste.

Pouvez-vous nous présenter la Fondation Napoléon dont vous êtes le directeur ?

Thierry Lentz : Présidée depuis sa création en 1987 par le baron Gourgaud, la Fondation Napoléon est une fondation privée reconnue d’utilité publique, ce qui implique que des représentants de l’Etat siègent à son conseil. Elle a été créée à la suite d’un legs très important consenti par Martial Lapeyre, le fameux industriel de menuiserie industrielle. Les deux missions essentielles de la Fondation sont, d’une part, d’aider au développement des études napoléoniennes sous les formes les plus diverses et, d’autre part, de participer à la défense du patrimoine napoléonien comme les grands musées ou les lieux de mémoire. C’est dans le cadre de notre première mission que le baron Gourgaud a décidé, en 2001, de lancer le grand projet de publication d’une "correspondance générale de Napoléon".

L’histoire de l’édition de la Correspondance de Napoléon Bonaparte est jalonnée de publications plus ou moins importantes. La Fondation Napoléon a entrepris de rassembler et de publier un ensemble exhaustif des lettres. Comment avez-vous engagé ce travail éditorial ?

Thierry Lentz : Une première édition de la Correspondance de Napoléon avait été publiée sous le Second Empire. Elle comprenait des documents très divers qui allaient des simples lettres aux proclamations de l’Empereur, en passant par les bulletins de la Grande Armée, certains arrêtés et divers discours. Par ailleurs, le choix des lettres publiées avait été sélectif sur le plan politique car on voulait donner une image exclusivement positive de Napoléon. Enfin, comme de nombreux acteurs étaient encore vivants ou que leurs enfants étaient au pouvoir, certains textes avaient été édulcorés pour ne vexer personne. Si bien que dès sa publication, cette Correspondance était déjà incomplète et, pour l’historien, souvent insatisfaisante. De nombreux chercheurs se sont dès lors lancé dans des publications d’inédits - et il en restait des milliers -, soit plus d’une cinquantaine de volumes et des centaines d’articles dans des revues spécialisées. Lorsque nous avons lancé notre projet, nous avons pris pour base toutes ces publications mais nous savions aussi qu’il restait des centaines, voire des milliers de lettres dans les fonds d’archives. Grâce au soutien des Archives de France et de sa directrice, Martine de Boisdeffre, nous avons pu contacter tous les centres d’archives au monde et en France pour recenser, copier et acheminer vers la Fondation Napoléon les missives ignorées. Il fallait ensuite les enregistrer, les traiter et les intégrer dans un ensemble dont nous avions défini qu’il ne comporterait que des lettres, à l’exclusion de tout autre document. Un logiciel spécial a été mis au point et environ cent cinquante collaborateurs bénévoles se sont relayés pour traiter les documents. Au total, nous publierons environ 37 000 lettres qui seront réparties en douze volumes.

Ce premier volume rassemble 2283 lettres écrites entre 1784 et 1797 et constitue un recueil de "lettres de jeunesse" qui offre des inédits...

Thierry Lentz : On peut en effet considérer que le premier volume comprend de 10 à 15 % d’inédits. Cet ensemble retrace les années de jeunesse et d’apprentissage de Bonaparte, de son enfance corse à la fin de la campagne d’Italie, en 1797. On y découvre à la fois le "génie" précoce mais aussi l’être humain qui se préoccupe de sa famille, de ses intérêts, de l’argent et d’amour puisque nous publions ses lettres à Désirée Clary, son premier amour, et à Joséphine, son grand amour.

Parlez-nous des différentes articulations de cette correspondance intitulée Les Apprentissages...

Thierry Lentz : Ce premier volume confirme bien ce que pensaient les historiens. Bonaparte ne ressentait aucune prédestination. Il était un jeune noble normal de la fin du XVIIIe siècle, préoccupé certes de politique mais aussi très tendu vers le quotidien. Il a été assez indifférent aux premiers mouvements de la Révolution avant de s’y lancer corps et âme. Mais on voit aussi très vite percer le politique, un peu calculateur et au fond assez habile. Il parvient ainsi à se hisser au premier rang des généraux de son temps avant que n’apparaisse la grande rupture : la campagne d’Italie. C’est à ce moment que commence, si l’on peut dire, sa carrière de "grand homme".

Il semble que la plupart des lettres, excepté peut-être celles adressées à Joséphine, témoignent notamment d’une rigueur et d’une organisation extrêmes, d’une concision, autant du point de vue de l’écriture que de la réflexion...

Thierry Lentz : Bonaparte a la tête très organisée et cela se sent dans ses lettres. C’est vrai dans son activité privée, mais cela éclate évidemment dans sa correspondance militaire : aucun détail ne lui échappe et il n’oublie rien. Il descend à un niveau de détail très bas et passe sans cesse d’un sujet à l’autre. C’est probablement ce qui peut rendre passionnante une lecture continue de cette correspondance. Que vos lecteurs tentent l’expérience...

Après la publication des douze volumes, restera t-il encore des lettres inconnues du public ?

Thierry Lentz : Avec les quelques 37 000 lettres que nous allons publier, on en connaîtra entre 5 à 7 000 de plus. Cela ne veut pas dire que nous aurons tout, absolument tout retrouvé. Il subsistera toujours des fonds privés plus ou moins importants auxquels nous n’auront pas eu accès, mais c’est la loi du genre. Ce qui est sûr, c’est qu’il se passera des décennies avant qu’un autre projet de cette ampleur ne puisse revoir le jour. Notre édition restera de référence pendant longtemps.

Le deuxième volume, en cours d’achèvement, est pris en charge par M. Thierry Lentz et le colonel Gabriel Madec. La répartition des 11 prochains volumes et leur parution s’organisent provisoirement de la sorte : le volume 2 portera sur les années 1798-1799 et devrait paraître en mai 2005 ; le volume 3, sur les années 1800-1802, en octobre 2005 ; le volume 4, sur les années 1803-août 1805, en octobre 2005 ; le volume 5, sur la période septembre 1805- 1806, en avril 2006 ; le volume 6, sur l’année 1807, en avril 2006 ; le volume 7, sur l’année 1808, en octobre 2006 ; le volume 8, sur l’année 1809, en octobre 2006 ; le volume 9, sur la période 1810 - mi-1811, en avril 2007 ; le volume 10, sur la période mi 1811 - 1812, en avril 2007 ; le volume 11, sur la période janvier-octobre 1813, en octobre 2008 ; le volume 12, sur la période novembre 1813 - 1821, en octobre 2008.

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