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Jean Tardieu et Jacques Heurgon, Le ciel a eu le temps de changer - correspondance 1922-1944.
Par Corinne Amar

édition du 30 décembre 2004

 

Photo de Jean Tardieu

"...d’un bout à l’autre de cette page le ciel a eu le temps de changer." Jean Tardieu, lettre à Jacques Heurgon, 14 novembre 1927

Difficile à classer, parce que toujours désireux d’échapper aux catégories comme aux écoles, Jean Tardieu (1903-1995) est à la fois poète, dramaturge, essayiste, traducteur, homme de radio, écrivain des peintres et semant, à travers un XXe siècle parcouru presque intégralement, les graines d’une pratique poétique vécue comme une conciliation entre les arts pratiqués par un père peintre et une mère harpiste. C’est à Paris, au lycée Condorcet, où il fait ses études, de 1914 à 1920, qu’il publie ses premiers écrits dans la revue du lycée, qu’il rencontre Jacques Heurgon et que se noue son amitié avec le futur historien et archéologue. Jacques Heurgon naît la même année, à Paris, il mourra, comme Tardieu en 1995. Il commence sa carrière comme étudiant particulièrement brillant, reçu au concours d’entrée à l’E.N.S. en 1923. Il est latiniste, très attiré par la littérature française, étrangère, la langue anglaise. Il étudie l’Antiquité classique, se passionne pour le monde de l’Italie antique. En 1922, après des études de droit, puis de lettres perturbées qui n’aboutissent pas, Tardieu s’est déjà choisi poète, Heurgon lui, se rêve encore romancier. Il deviendra grand universitaire, éminent professeur, spécialiste de la vie des Etrusques, animant des séminaires à la Sorbonne et à l’Ecole Normale Supérieure, étincelant de culture littéraire, archéologique. Ses goûts littéraires l’amènent à fréquenter les réunions animées par son ancien professeur de khâgne, Paul Desjardins, dont il va devenir le gendre en 1926. Ces réunions se tiennent dans l’ancienne abbaye de Pontigny et réunissent des hommes de lettres français et étrangers. Par son ami de lycée, Tardieu est introduit aux "Entretiens d’été de Pontigny", où il fait la connaissance de Gide, Groethuysen, et surtout de Roger Martin du Gard qui le prend en affection et fera publier ses premiers vers dans la NRF. Accueillis dans l’illustre cénacle, nos deux jeunes amis en adoptent aussitôt les coutumes ; à partir de 1922, ils expérimentent la correspondance. Leurs premiers échanges sont des billets d’étudiants, puis deviennent une correspondance suivie témoignant de l’effervescence intellectuelle entre un Jacques Heurgon, nouvellement marié, fréquentant les salons parisiens, les mondanités littéraires, publiant ses premiers articles critiques, ses premières traductions, et un Jean Tardieu, écrivant beaucoup, publiant, à son tour quelques poèmes. Tardieu, exilé en Indochine pour les deux années de son service militaire, expérimente la " relation de voyage " : longues lettres, descriptions minutieuses des paysages, des traditions, satire des m ?urs. Il est allé rejoindre son père à Hanoï, lequel a été chargé d’y monter une école des Beaux-Arts. Jacques Heurgon lui, choisit la forme du "Journa" : petits tableaux de la vie parisienne, impressions des débats de Pontigny, chronique artistique, intellectuelle de son quotidien, portraits esquissés de ses contemporains, André Malraux ou Jean Cocteau... Lettres régulières, tour à tour amusées et sérieuses, légères et parfois indiscrètes où l’on croise le souvenir obsédant de Baudelaire, de Mallarmé, ou de Proust, où l’on rencontre les aînés, Roger Martin du Gard, André Gide, Paul Valéry ? Grands lecteurs, honnêtes critiques, Tardieu et Heurgon se soumettent l’un l’autre, leurs poèmes, leurs traductions ou leurs articles. Leurs échanges offrent un document unique sur les auteurs, les ?uvres et les pratiques littéraires du temps. D’Indochine, d’Italie ou d’Algérie (Heurgon y aura pour élève, puis ami, Camus), leur correspondance raconte enfin l’empire colonial français, les terreurs des années trente, la guerre et l’engagement dans la Résistance. Elle cesse au moment de leurs retrouvailles, après les années de l’Occupation, en 1944, au moment où les temps nouveaux leurs permettent de tenir les promesses de leur jeunesse, la poésie pour l’un, l’histoire pour l’autre.

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