Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Jean Dubuffet : portrait.
Par Corinne Amar

édition du 10 février 2005

 

coupure de journal représentant une éponge naturelle et un article sur sa valeur

Article paru dans France Soir, mercredi 27 octobre 1954. Archives Pierre Vialatte. © Éditions Au Signe de la licorne, page 60. Avec l’aimable autorisation de reproduction de Pierre Vialatte (Archives Alexandre Vialatte), et de Pascal Sigoda (Éditions Au Signe de la Licorne) et Sophie Webel (Fondation Dubuffet)

Artiste iconoclaste, peintre, sculpteur, écrivain, théoricien et défenseur de l’Art Brut, Jean Dubuffet (1901-1985) né au Havre, d’une famille bourgeoise de négociants en vin, a produit une oeuvre abondante, marquée par une remise en question constante. Après des cours aux Beaux-Arts du Havre, il fréquente un temps, à Paris, nombre d’artistes du quartier Latin, mais doutant des valeurs culturelles, décide de reprendre le commerce vinicole paternel. La seconde partie de sa vie, qui se confond avec son oeuvre, débute, lorsqu’à l’âge de quarante et un an ans, il décide de quitter "la vie active" pour se consacrer exclusivement à sa vocation artistique. Il vit à Paris, depuis 1930, avec femme et enfant, son propre négoce de vins en gros, lui a rapporté de l’argent, il est riche et libre de son temps. Il commence à créer des images "primitives", au dessin volontairement malhabile, s’inspirant, dans ses peintures, de dessins d’enfants ou de malades mentaux. Avide d’expérimentation, d’innovations dans la manière de peindre, d’une passion pour la matière, les couleurs, de tout ce qui physiquement constitue le tableau, il invente le terme d’Art Brut - c’est à dire pratiqué par des autodidactes et sans référence à l’histoire de l’art, en commençant, en France et en Suisse, en 1945, une collection curieuse ; il s’agit d’oeuvres d’expression populaire, de sculptures, peintures, tapisseries, objets divers élaborés par des médiums, malades mentaux, artisans marginaux et détenus. Trois ans plus tard, il fondera avec André Breton, Jean Paulhan et Michel Tapié, la Compagnie de l’Art Brut, vouée à l’étude et à la diffusion de l’art involontaire, sans culture ni tradition. Dans les années 50, il va multiplier les séries, s’installe à Vence, en 1955. On lui doit, entre autres, les Assemblages - collages et assemblages de fragments de tableaux, de textures, de morceaux de papier tachés d’encre - , des compositions lithographiques - cycle des Phénomènes -, plusieurs séries ayant trait à l’élément minéral ; Terres radieuses, Pâtes battues, Célébration du sol, le fameux cycle de l’Hourloupe, qui s’étale sur douze ans (de 1962 à 1974) - né alors que Dubuffet raturait des dessins au stylo bille sur un papier, durant une conversation téléphonique : en plaçant ce gribouillage sur fond noir, il découvre une sensation visuelle nouvelle et décide de l’exploiter, en peinture, en sculptures à partir de résine. S’achevant avec la série des Mires (1984) et des Non-lieux (1985), on dira de l’oeuvre de Jean Dubuffet qu’elle échappe à toute classification, oscillant entre la figuration la plus exacerbée et l’abstraction la plus débridée, on dira de lui, qu’il reprend tout à zéro, que les arts du passé ne le concernent pas, que ses véritables maîtres sont les enfants, les gens du commun. On sait aussi que malgré son mépris pour les cercles littéraires officiels, et son rapport ambigu à la culture et à l’écriture, Jean Dubuffet a produit de nombreux textes critiques, des mémoires sur ses travaux, des essais polémiques. Il a entretenu également une abondante correspondance, notamment avec Céline, à qui il vouait un véritable culte ("On a trop peu souvent rapproché l’oeuvre de Dubuffet de celle de Louis-Ferdinand Céline. Or, Dubuffet n’avait qu’une seule vraie admiration littéraire : Céline", écrit Michel Ragon), Mais aussi, Gombrowicz, Paulhan, Breton Queneau, Alexandre Vialatte... Il meurt à Paris, le 12 mai 1985.

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite