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Entretien avec David Bosc.
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Photo portrait de David Bosc.

David Bosc est né en 1973 à Carcassonne. Il a vécu notamment à Sienne et à Varsovie. Il est écrivain et traducteur de l’anglais et de l’italien.

La Correspondance que vous avez traduite et présentée est une "version augmentée et exhaustive du recueil de lettres que Swift voulut transmettre à la postérité" ? Les lettres sont pour la plupart inédites... Comment avez-vous entrepris d’établir cette édition ?

Il n’y avait qu’une trentaine de lettres dans une édition des oeuvres complètes du poète anglais Alexander Pope, édition anonyme parue à Amsterdam que j’avais trouvée sur un marché aux Puces. Je travaillais avec les éditions Sulliver, à Arles, et je cherchais des textes anciens à rééditer. J’ai commencé par transcrire ces quelques lettres, dont la moitié était de Swift, des lettres que je trouvais éblouissantes. Mais leur traduction me parut davantage une adaptation, trop française dans l’esprit, dans les images. J’ai donc cherché le texte anglais et j’ai découvert qu’il existait plus de 1500 lettres. J’ai commencé par corriger les trente lettres que j’avais déjà et, une fois lancé, je me suis dit qu’il fallait tout refaire. J’en ai traduit 205. Ce qui est assez peu, au vu de la correspondance de Swift, mais cet ensemble est très harmonieux, très homogène. Il est une espèce de monument à l’amitié d’une poignée d’individus hors du commun, qui s’étaient élus dans l’adversité. Il s’agit, par ailleurs, du dernier livre que Swift avait voulu donner à son imprimeur, sachant qu’il n’en donnerait pas d’autre ? C’est donc le hasard de cette découverte, un petit volume dépareillé du XVIIIe siècle, tome IV ou V, qui fut à l’origine de cette édition. Et j’espère qu’un jour l’intégrale de la correspondance pourra être traduite, car elle est passionnante de bout en bout, et très diversifiée. Les femmes y tiennent une part importante. On y trouve aussi des amis plus discrets, qui n’étaient pas des gens connus, ni de grands écrivains, mais qui furent ses confidents. Pour ceux-là, la plupart de leurs lettres ont disparu, mais celles de Swift ont été conservées dans l’édition anglaise de référence, celle d’Oxford, qui comprend cinq volumes et qui est disponible en Angleterre.

Comment vient l’idée du Scriblerus Club et du personnage imaginaire Martin Scriblerus ?

Au moment où ces protagonistes se rencontrent, ils sont tous à l’apogée de leur pouvoir, tandis que, pour l’essentiel, leurs oeuvres ne sont pas encore écrites. C’est un été où ils vont jouir tout à la fois d’une grande liberté politique et d’un temps dédié à l’amitié. Pour se distraire, pour se soulager du poids des affaires, pour se débarrasser aussi de quelques ennemis, mauvais poètes et scientifiques pédants, ils inventent sur le modèle des facéties de Rabelais, un personnage pédantesque qui va prendre sur son dos tous les travers de l’époque : la fausse science, le plagiat éhonté, la servilité en poésie. Et ils vont donner à ce personnage, dont le nom veut dire "gribouilleur", une bibliographie qui sera pour eux un programme de travail... dont ils ne rempliront pas le dixième. De ces OEuvres de Martin Scriblerus, ils auront fait ensemble au moins deux volumes cohérents : le Péri Bathos, c’est-à-dire L’Anti-Sublime ou l’Art de ramper en Poésie, qui est un anti-manuel de l’art d’écrire, dont j’ai fait une édition critique aux éditions Sulliver, et Les Mémoires de Martin Scriblerus, que l’on trouve dans la Pléiade consacrée à Swift, un volume assez lacunaire.

Parlez-nous des différents correspondants et des débuts de leurs échanges épistolaires.

Ce qui est assez remarquable dans cette amitié, c’est que ces gens n’auront vécu ensemble que le temps d’un printemps et de deux étés. C’est peut-être ce qui nous vaut que la correspondance soit aussi passionnante. Au moment où s’effondre, avec la mort de la reine Anne, le gouvernement autour duquel ils travaillaient, ils se voient accusés de trahison, d’avoir voulu amener un catholique sur le trône d’Angleterre. Les cinq amis sont dispersés dans l’exil ; Swift part pour l’Irlande, Bolingbroke, le philosophe, gagne la France, où il influencera la jeune pensée des Lumières, notamment Montesquieu, Rousseau, Voltaire. Ils nous donnent alors des lettres beaucoup plus passionnantes et chaleureuses que s’ils avaient été réunis, parce qu’ils se donnent la peine de décrire leur quotidien, depuis la manière dont ils se nourrissent, dont ils occupent leurs journées, jusqu’à leurs maladies, leurs états d’âme, parfois leurs amours.
Outre Bolingbroke, le club comptait un grand poète classique, Alexander Pope, que Byron admirait sans réserve, mais que la postérité, c’est-à-dire les admirateurs de Byron, a détesté, voyant en lui le modèle du poète sans âme ni tempérament. En revanche, Pope, qui à 15 ans était déjà un vieux monsieur, atteint d’une maladie osseuse qui l’avait rendu infirme, se révèle dans cette correspondance un ami incroyable, d’une attention constante. Quant à ses ?uvres, elles ne sont pas toutes mauvaises, mais il est vrai que la vague romantique a préféré un poète comme Edward Young, l’auteur des Nuits, à ce jeune Boileau un peu trop classique. Ensuite, à peine plus âgé que Pope, nous avons quelqu’un de beaucoup plus gai, qui s’appelle justement John Gay. Il est l’auteur de L’Opéra du gueux, qui a inspiré à Brecht son Opéra de quatre sous. Il est le petit frère de la bande, celui qui boit un peu trop, qui ne travaille pas assez, qui meurt aussi très jeune. Du même âge que Swift, avec près de vingt ans de plus que Pope et Gay, il y a enfin John Arbuthnot, qui fut l’un de ses plus profonds amis, même si le nombre de leurs lettres est le moins important de la correspondance.

Il y a en effet peu d’échanges entre John Arbuthnot et Jonathan Swift...

Oui, c’est comme si leur amitié avait été jugée une fois pour toute. Ce qui n’empêche pas qu’Arbuthnot se plaigne quelquefois d’être négligé, laissé pour compte. Mais ce n’est pas insurmontable, comme contradiction. Il y a entre eux une fidélité, une assurance de partager le même pessimisme, la même misanthropie, laquelle était chez Swift, il est vrai, plus douloureuse. Arbuthnot, qui avait été le médecin de la Reine Anne, se montrait un inventeur inépuisable de satires de la science. Dans la correspondance, il dit notamment qu’il est en train d’écrire une chronique de l’an 1949. Cette chronique est perdue ; il est vraisemblable qu’elle eût été une élucubration à la manière de Cyrano de Bergerac. Vient ensuite Bolingbroke, qui est le grand homme d’État, le philosophe brillant, admiré par Voltaire. Dans l’exil, il adoptera une manière néoclassique qui pourrait, quelquefois, nous donner à sourire, quand il prend cette pose de Romain retiré des affaires, s’adonnant à la philosophie, avec toujours une citation latine à vous donner, au détour d’une lettre, ou à faire graver dans les jardins de son château, près d’Orléans. Il y recevait la belle société française et tous les exilés d’Angleterre ayant quelque importance.

Dans quel contexte historique s’inscrit cette correspondance ? Jonathan Swift est proche du mouvement Whig mais semble également détester l’appartenance à un groupe.

C’est l’époque où le parti Whig et le parti Tory sont en train de se redéfinir, à faveur de nouveaux clivages, notamment économiques, beaucoup plus profonds dans la société. Ainsi, au moment de la rencontre entre Swift et ses amis, et même un peu avant, les deux partis voient une bonne part de leurs troupes respectives faire un chassé-croisé. Les protagonistes sont plutôt fidèles à de grands idéaux, à de grands personnages, à des amis. On ne saurait voir en eux ni des traîtres, ni des hommes de parti.

Il y a une forte opposition entre Oxford et Bolingbroke.

Oxford, qui ne figure pas dans cette correspondance, était régulièrement invité à diriger les séances du Scriblerus Club, jusqu’à sa violente rupture avec Bolingbroke. Les deux hommes s’opposèrent sur la question de la succession de la couronne, entre la fidélité à l’Eglise anglicane et la fidélité à la dynastie des Stuart, dont l’héritier était catholique. Bolingbroke sera le grand perdant de ce conflit, mais Oxford, jugé trop intrigant, finira par tomber avec lui. Ceci dit, les cinq vrais membres du Scriblerus club se retrouvent quand même dans la détestation de l’esprit de parti. C’est quelque chose qui, à leurs yeux, finit toujours au service d’ambitions mercantiles ou d’ambitions de pouvoir. Un moyen aussi de faire du mal autour de soi, ou un semblant de bien, sous forme de faveurs dérisoires, en espérant recevoir davantage en retour. Les partis sont donc vraiment leur bête noire, et Swift félicite constamment Pope de n’en être d’aucun et de pouvoir jouir d’une liberté dont on avait voulu le priver, du fait qu’il était catholique. Pope, en traduisant Homère, s’était constitué une fortune considérable qui l’avait mis à l’abri, et des partis et de cette loi qui l’empêchait d’être propriétaire d’une habitation à Londres ou d’exercer une charge publique.
Il reste que la politique continue d’intéresser Swift tout au long de sa vie. Il garde l’espoir de pouvoir transformer la foule en un peuple, avec la conscience que ce n’est alors qu’une épiphanie ou un moment de grâce, rare et de courte durée. Swift, qui a vécu un exil de trente ans en Irlande, s’est battu toute sa vie pour défendre ce pays asservi à l’Angleterre comme la plus misérable des colonies. En Irlande, il a été aimé comme personne ne l’avait été de son vivant ; les gens portaient des médailles à son effigie, on lançait des feux d’artifice et on sonnait les cloches le jour de son anniversaire. Il s’est pourtant toujours défendu d’être Irlandais, et tenait beaucoup à ce qu’on dise qu’il était né en Angleterre, ce qui n’était pas vrai. Il était en effet né à Dublin, sept mois après la mort de son père, un défaut de naissance qui le tourmenta longtemps, comme il s’en ouvrit dans une lettre à Bolingbroke en lui disant que tous ses efforts, quand il était jeune homme, étaient destinés à lui obtenir le respect des grands. C’est par la seule arme de son talent, par l’admiration ou la crainte qu’il pouvait inspirer, que Swift voulut se créer une position dans le monde. Même s’il jugea, par la suite, son ambition un peu puérile, il partagea avec Pope, John Gay et Arbuthnot ce destin des mal nés qui se font par eux-mêmes. Bolingbroke, en revanche, était d’emblée l’un des grands pairs du Royaume. Ce rapport qu’avait Swift au pouvoir se sent également dans sa manière d’établir des relations. Plus les gens sont humbles de naissance, plus il se montre simple, familier dans le bon sens du terme, jamais condescendant. En revanche, s’il a commerce avec des personnages bardés de titres, en faveur ou simplement très riches, il se fait pointilleux, exige des marques de respect, attend d’être invité dix fois de suite avant de daigner se montrer. C’est assez comique, notamment dans ses rapports avec la Reine d’Angleterre, qu’il aura l’occasion de voir lors de ses deux brefs retours en Angleterre.

Il en est de même avec les invitations de la Duchesse de Queensberry...

Les lettres à la duchesse donnent un aperçu délicieux du correspondant que Swift était avec les femmes. La charmante duchesse de Queensberry, que Swift n’avait vue qu’une fois, lorsqu’elle était une petite fille, avait accueilli John Gay sous sa protection, avec l’accord du Duc, son mari. Aux lettres de Gay, elle va commencer par ajouter deux lignes, puis tout un paragraphe, et bientôt une lettre entière. Ainsi va s’installer entre Swift et la Duchesse, un échange toujours badin, avec un peu d’humour grinçant, sur les conditions d’un hypothétique séjour de Swift dans le château du Duc. Swift édicte des règles, des conditions très strictes, lui disant qu’il devra gouverner, chez elle, toutes les minutes de chaque heure et que, s’il lui permet d’avoir quelquefois raison, il ne saurait tolérer d’avoir tort. C’est un des exemples de la manière dont Swift pouvait enchanter une conversation, une société. Et c’est vraiment un des traits de cette correspondance, que d’être non seulement un témoignage historique mais aussi enchantement de lecture.

Comment définiriez-vous l’écriture, le style de Jonathan Swift, la structure narrative des textes épistolaires ?

Le style de cette correspondance, cela peut paraître étonnant, est assez "français", peut-être parce que la France, à ce moment-là, dominait encore le monde de l’esprit et de la conversation. Certaines phrases, assez rares, sont écrites en français, mais on retrouve la plupart du temps une rythmique et une structure très semblables à Guez de Balzac ou à La Rochefoucauld. Sans renier la part proprement anglaise de leur style, on a quand même une langue classique, comme un ton "européen". Avec parfois des éclats dans une langue populaire, ces trois petits points qui donnent assez clairement le sens de mots grossiers que Swift, en particulier, emploie avec une joie énorme. Avec d’autres correspondants, notamment Stella et sa gouvernante, Swift avait développé un langage enfantin fait d’onomatopées, de jeu sur l’inversion des lettres. On en trouve de très rares exemples ici. De même avec la langue irlandaise, qu’il réservait à certaines personnes, feignant avec les autres de ne pas la connaître.

Et dans le Journal à Stella, emploie t-il également l’irlandais ?

Non, mais il y a ce jeu verbal dont je parlais, qu’ils appelaient entre eux le "petit langage", dont la traduction exige de constants tours de force. C’est une langue un peu infantile, un babillage où chaque mot est estropié. C’était à la fois un langage secret et un langage d’amoureux.

Il y a aussi la censure qui semble susciter un langage secret...

Oui, au début, avant la séparation et l’exil, lorsque Oxford et Bolingbroke sont encore au pouvoir, il y a quelques lettres où pour ma part, je soupçonne un langage secret. Feignant de changer de sujet, on se met à parler du prix du beurre, du besoin de raccourcir les reines de tel cheval, ou encore de mettre en garde le fermier untel, dont le blé est en herbe... Il est probable qu’il y soit question de manoeuvres politiques, à la barbe des services des Postes qui étaient, comme dans de nombreux pays à l’époque, asservis au pouvoir en place. D’une façon générale, nous trouvons deux types de lettres dans la correspondance : celles qu’on pouvait confier à un ami faisant la traversée, dans un sens ou dans l’autre, vers l’Irlande, la France ou l’Angleterre, et celles que l’on devait se résoudre à livrer aux services des Postes.

A propos des autres correspondants, est-ce qu’on pourrait trouver une spécificité stylistique ?

Littérairement, j’ai l’impression qu’ils adoptent tous un ton assez libre, comme on bavarde entre amis. Ils écrivent au fil de la plume et se corrigent rarement. Il y a, au fil de la correspondance, une vingtaine de petits poèmes, genre de bouts rimés, une poésie de divertissement. Swift reçoit ainsi une étonnante recette de veau à l’étuvée, en une trentaine de vers, qui n’avait d’autre prétention que de le divertir.
D’ordinaire, ils s’abstiennent de trop écrire leurs lettres, pour garder ce ton de conversation familière, même s’ils ont naturellement un style assez élevé. Pope est peut-être le seul chez qui l’on sent qu’il est en train d’écrire l’une de ses ?uvres. Vers la fin, ce souci-là est même un peu pénible. Pope se montre très inquiet du destin de ses lettres, Swift ayant parlé un jour de les faire brûler après sa mort. Il man ?uvre donc pour les récupérer, avec la ferme intention d’en assurer lui-même la publication. Mais si l’on sent parfois que Pope écrit de manière édifiante, pour la Postérité, ce n’est quand même pas le ton général de sa correspondance. Il est forcé, par les réponses elles-mêmes, de revenir à des choses plus communes, plus humaines. Quant à John Gay, il demande quelquefois, pour écrire davantage, qu’on l’enferme avec du papier blanc, de l’eau et du pain. On sent que la chaise est une torture pour lui, qu’il a envie d’aller se promener ; ses lettres ont souvent quelque chose de débraillé, qui ajoute à leur charme. Il donne de ses nouvelles et c’est assez ; il va faire un tour dans la ville. Bien que Pope soit le plus jeune, il fait figure de vieillard à côté de Gay, qui est bien le benjamin du groupe. Et Swift s’inquiète quelquefois de tant d’insouciance ; il s’étonne, dans une lettre à Pope, de le voir à près de quarante ans aussi peu sérieux qu’une fille de quinze ans. Comme un grand frère, Swift a souvent tâché de lui donner conseil : il le prévient qu’un poète qui n’a plus de succès devient la plus abandonnée des créatures, tandis qu’une vieille putain a toujours, elle, la ressource de se faire maquerelle pour assurer son pain.

Swift n’a jamais signé ses textes, sauf un...

Oui, le seul texte qu’il ait signé est une proposition pour réformer (dans le sens de corriger) la langue anglaise. Tous ses autres livres ont parus de manière anonyme, comme c’était très souvent le cas, et de nombreux textes qui n’étaient pas de lui, lui étaient attribués. Notamment, l’Art du mensonge politique, encore édité aujourd’hui, qui était l’ ?uvre d’Arbuthnot. Pour sa part, Arbuthnot n’y voyait aucun inconvénient, parce qu’il ne se souciait pas du tout d’être considéré comme un écrivain.

Pourquoi tout ce mystère autour des Voyages de Gulliver publiés en Angleterre ?

Etre condamné pour offense à l’Eglise, ou à l’Etat, pouvait conduire un auteur en prison, quand ce n’était pas le bannissement ou le pilori, un traitement que Daniel Defoe, par exemple, eut à subir à Londres. Sans exception, tous les éditeurs de Swift ont fait de la prison pour lui. Lorsqu’il écrit un nouveau texte, il évoque quelquefois le besoin où il est de trouver un éditeur qui serait prêt à risquer ses oreilles dans l’aventure. Et ce n’est pas une métaphore ! Un imprimeur condamné pouvait avoir les deux oreilles tranchées. Mais bien évidemment, tout le monde savait que Swift était l’auteur des Voyages de Gulliver.

Dans une lettre adressée à Swift, John Gay fait semblant de ne pas savoir que c’est Swift qui a écrit ces Voyages...

En effet, c’est un jeu. Et c’est peut-être aussi, puisqu’ils savent que leurs lettres seront lues par les espions du Premier ministre, un moyen d’appuyer, si besoin était, les dénégations de Swift. Pope y participe aussi, en affirmant que le manuscrit a été jeté, une nuit, depuis un carrosse en pleine course, contre la porte de l’imprimeur. Ce qui ajoute un peu de romanesque à l’affaire.

Combien de temps avez-vous mis pour la traduction de ces lettres ?

La traduction m’a pris trois ans. Pendant deux ans, d’une façon assez légère, une heure par jour, avec un dictionnaire et des cahiers ; et la dernière année, beaucoup plus assidûment, cette fois en bibliothèque pour vaincre les difficultés et notamment pour établir les notes. Il y en a à peu près un millier. Même si le contexte historique n’est pas absolument nécessaire pour avoir plaisir à lire ce livre, j’ai quand même voulu éclaircir, chaque fois que je le pouvais, les allusions politiques, littéraires, voire économiques. Le livre est resté en sommeil pendant trois ans avant d’être publié aujourd’hui.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées ?

J’ai rencontré peu de difficultés majeures. En l’occurrence, je trouve la langue anglaise de cette époque beaucoup plus simple à traduire que la langue d’aujourd’hui, à laquelle je ne comprends pas grand chose, tout en raccourcis, surtout celle des journaux, des quotidiens, des tabloïds. Alors que là, c’est une langue très souple, très élégante, avec des tournures classiques. C’était plutôt un grand plaisir. Traduire les quelques poèmes qui jalonnent la correspondance, était pour ainsi dire une récréation. Comme ces poèmes tenaient davantage du divertissement, pour leurs auteurs, que des chefs-d’oeuvre de la poésie anglaise, je n’ai pas eu de scrupule à les rendre de manière rimée, en respectant la métrique des vers, afin qu’ils soient aussi un amusement pour le lecteur français.

Quels sont vos projets éditoriaux ?

Un roman, qui paraîtra chez Allia à la rentrée littéraire de cette année, fin août début septembre. Il y aura aussi une traduction des Chants orphiques de Dino Campana, un poète italien du début du siècle dernier, qui paraîtra au printemps 2006. Il s’agira d’une édition bilingue.

Ouvrages de David Bosc :

Jonathan Swift Journal de Holyhead Traduction de David Bosc Éditions Sulliver, 2002

Georges Darien Une biographie qui retrace la vie de cet écrivain pamphlétaire et romancier. Éditions Sulliver, 1996, 224 pages

Ombre portée Notes sur Louis Aragon et ceux qui l’ont élu Éditions Sulliver, 1998, 71 pages

Le cadavre bouge encore Précis de réanimation littéraire Sous la direction de Pierre Bottura et Oliver Rohe Éditions Léo Scheer. Essais, 2002, 412 pages. Ont participé à ce livre : Éric Bénier-Bürckel, François Bizot, David Bosc, Maurice G. Dantec, Chloé Delaume, Coleman Dowell, Jean-Pierre Faye, Cynthia Fleury, Régis Jauffret, Frédéric-Yves Jeannet, Jean-Paul Kauffmann, Irénée Lastelle, Philippe Muray, Bernard Quiriny, Mathieu Terence, Antoine Volodine.

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