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Livre : Carnaval de Mireille Havet. Par Olivier Plat

 

Couverture du livre Carnaval de Mireille Havet.

En 1919, Mireille Havet, jeune poétesse remarquée par Apollinaire, tombe passionnément amoureuse de la Comtesse Madeleine de Limur, de vingt ans son aînée. Elle tiendra la chronique de cet amour dans son Journal, et à l’instigation de sa nouvelle amie Marcelle Garros (veuve de Roland Garros), elle écrira, un an après leur rupture, Carnaval, roman autobiographiqueMadeleine de Limur y est dépeinte sous les traits de Germaine, brutale, fantasque et dominatrice. Elle est mariée à Jérôme (Jean de Limur) époux étonnamment passif, qui s’efface au profit de Daniel (Mireille Havet). Le roman conte les déboires de Daniel aux prises avec l’inconstance et la perversité de Germaine, qui s’offre pour aussitôt se reprendre, attisant son désir. Nos héros évoluent dans un milieu où l’on dîne au Chatham ou au Meurice. Ils lisent Wilde, D’Annuzio, Renée Vivien. On y évoque des promenades sur les Champs-Elysées et "l’Arc de Triomphe qui s’accroupit comme une bête, le dos à la lumière." Dès le matin on y court "les essayages, l’après-midi, les thés, le soir, les théâtres". Les robes "s’y pâment sur des chaises", tandis que "sur la queue du piano, s’écroulent de délicates chemises, non loin des zibelines et des renards." Mais au-delà du mensonge des apparences, cocktails mondains, drogues (dont il est fait abondamment usage : opium, cocaïne, éther), voyages, hôtels et restaurants de luxe, Carnaval dit l’obsession amoureuse de Daniel pour Germaine : "C’est par désespoir d’amour que l’on s’exile dans la campagne, que l’on se brûle aux lampes des fêtes, que l’on part sur le mauvais bateau, que l’on essaie les drogues. L’amour, la seule drogue, le seul départ, la seule fête." Germaine finira par lui revenir, mais entre-temps le jeune homme "telle la chenille dans son cocon magique, s’est lentement transformé." Ambivalent Daniel, pour qui "Germaine n’avait de prix à ses yeux, que dominante et infidèle". Le Journal est plus explicite quant à la relation de Mireille et Madeleine : "Sous ses coups, je jouis davantage que sous ses caresses. J’aime mieux une gifle qui m’abaisse qu’un baiser qui me fait croire à ma séduction. La gifle est une bien meilleure preuve et j’en ai plus d’orgueil." La perversité de Germaine y apparaît plus crûment : "Je veux que tu couches avec elle, je veux ? c’est mon ordre - et qu’elle te paie ! Je deviendrai ? ton maquereau." A ce titre, le Journal (qu’ignoraient alors ses contemporains) est un extraordinaire document qui éclaire d’un jour nouveau Carnaval et met en relief la relation d’amour et de mort qui se joue entre les protagonistes du roman. La jeunesse de l’écrivain créa un succès de scandale, et la critique de l’époque lui réserva un accueil assez favorable, si l’on en juge d’après les lettres et articles ici rassemblées. Edmond Jaloux en parle comme d’un livre "à l’image de notre temps ; il va vite [ ?] il est nerveux, acide, joli, irritant, amer, pimpant, savoureux et inquiet." Il invoque une parenté d’avec Paul Morand, Jean Cocteau, Radiguet, Mac Orlan, Soupault, et insiste sur le fait qu’" il n’aurait pu être écrit qu’en 1922 ou 1923." Livre portrait d’une génération pour Pierre Massot : "Carnaval porte en lui les germes de notre génération : le scepticisme, l’éther, l’opium, le jazz, les cocktails y ont une place parfaitement justifiée." Quant à Colette qui aime les paradoxes : "On y fait l’amour à chaque page, et avec la plus grande intensité, et on y est détaché de beaucoup de choses. C’est un livre de vraie jeune fille." Les lettres émanent d’écrivains comme Jacques de Lacretelle, Paul Morand, Jacques Porel, Willy, Liane de Pougy, Henri Duvernois, Henriette Charasson. La plupart sont des lettres de félicitations, quelques correspondants formulent des critiques et conseillent le jeune auteur. D’autres, plus personnelles, comme la lettre d’Henriette Charasson, ont deviné le sens autobiographique de Carnaval et interprètent le livre comme un appel au secours, un cri de l’auteur qui saura répondre par une lettre émouvante. À noter une lettre très particulière, celle de Jean de Limur, qui a compris le sens caché de Carnaval, appelle Mireille Havet "Mon cher Daniel" et signe "Jérôme". Publié pour la première fois en 1922, dans la série « Les OEuvres libres », puis en septembre 1923 par Albin Michel, Carnaval de Mireille Havet se maintint longtemps sur les listes des romans sélectionnés pour le prix Goncourt. Il est réédité aujourd’hui par les Éditions Claire Paulhan, suivi de "37 extraits du journal de l’auteur, de 2 poèmes, de 54 lettres et de 50 articles".

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