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Paul Verlaine : portrait.
Par Corinne Amar

 

Écoutez la chanson bien douce Qui ne pleure que pour vous plaire. Elle est discrète, elle est légère : Un frisson d’eau sur de la mousse ! (Verlaine, Sagesse)

Paul Verlaine naît le 30 mars 1844, à Metz, où son père qui est officier se trouve en garnison. Il fera ses études à Paris, au lycée Condorcet. Il est passionné de dessin, de littérature, écrit des vers et des nouvelles, à la manière d’Edgar Poe, et perd bien tôt la candeur d’une enfance sensible et rêveuse, mais il en garde la nostalgie, et le genre canaille qu’il affecte, dissimule un grand besoin de tendresse. Dès l’adolescence, on le sent partagé entre les deux postulations simultanées dont parle Baudelaire, l’une vers Dieu, l’autre vers Satan. Il a quatorze ans et envoie à Victor Hugo un poème de sa composition, intitulé La mort. Le baccalauréat réussi, il entre dans l’administration municipale. Peu absorbant, son emploi lui permet de cultiver ses dons poétiques et de fréquenter les milieux littéraires ; il mène une vie répréhensible aux yeux des siens, entre les cafés où il abuse de l’absinthe et les amours faciles et décevantes. Ses premiers recueils de poèmes, Poèmes saturniens (1866) et les Fêtes galantes (1869) sont marqués par l’influence de la poésie parnassienne, même si l’on voit déjà s’y dessiner des traits indéniablement verlainiens ; une sensibilité inquiète, une sensualité propre, une musicalité suggestive... Votre âme est un paysage choisi Que vont charmant masques et bergamasques, Jouant du luth et dansant, et quasi Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur L’amour vainqueur et la vie opportune, Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau, Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres Et sangloter d’extase les jets d’eau, Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres. Fêtes galantes, Clair de lune.

Comme ces êtres aimables et comblés qui n’ont pas l’air de croire à leur bonheur, Verlaine se déclare saturnien, né sous une "Influence maligne", ayant "Bonne part de malheur et bonne part de bile" ; il s’est mis à boire (vers 1863, probablement), peut-être pour échapper à une tristesse anxieuse, mais sous l’effet de l’absinthe, il sombre dans des crises de fureur insensée. La mort de son père en 1865, puis celle d’Elisa, une cousine qu’il aimait tendrement, contribuent à le désaxer. En 1869, la rencontre d’une jeune fille de seize ans, Mathilde Mauté, illumine d’un immense espoir sa vie. Mathilde lui apporte la pureté candide à laquelle il aspire parmi ses hontes secrètes ; c’est l’être de lumière qui l’aidera à vaincre ses démons. Le poète célèbre la petite fiancée qu’il va épouser en août 1870, il chante son amour et ses bonnes résolutions dans les vers tout simples et intimes de La Bonne Chanson (1870).C’est le "naïf épithalame", après la grâce quintessenciée, frivole et mélancolique des Fêtes Galante :. (...) Plongé dans ce bonheur suprême De me dire encore et toujours, En dépit des mornes retours, Que je vous aime, que je t’aime (J’ai presque peur en vérité...)

Hélas ! l’idylle dure peu. Pendant le siège de Paris, soupçonné de sympathie à l’égard des communards, il perd son emploi. Puis, paraît Rimbaud. Verlaine abandonne sa femme pour mener avec ce "Satan adolescent", ce mauvais ange, une existence vagabonde en Angleterre et en Belgique. Il fixera les impressions de ces courses errantes, de cette hallucination poétique en commun dans les Romances sans paroles, parues en 1874. En juillet 1873, l’aventure tourne au drame. A Bruxelles, Verlaine, ivre, tire deux coups de revolver sur Rimbaud et le blesse légèrement. Il est condamné à deux ans de prison .Dans sa geôle belge, véritable cellule de dégrisement, il éprouve un repentir sincère ; (...) Mon Dieu, mon Dieu, la vie est là, Simple et tranquille. Cette paisible rumeur-là Vient de la ville. (Sagesse, Le ciel est par-dessus le toit...) Il se raccroche à la foi de son enfance comme à une planche de salut. Cette conversion lui inspire les remarquables poèmes mystiques qui, restés longtemps manuscrits sous le titre collectif de Cellulairement, seront publiés dans Sagesse, en 1881. A sa sortie de prison, Verlaine s’efforce, pendant plusieurs années - Mathide a demandé le divorce -, de vivre conformément à son idéal chrétien : les poèmes de Sagesse traduisent souvent sa lutte contre les tentations. Il est d’abord professeur en Angleterre, puis, en France dans un collège. Il tente un temps d’exploiter une ferme, mais l’entreprise échoue et, peu à peu, las de "la vie humble aux travaux ennuyeux et faciles", qu’il célébrait naguère, il est repris par ses anciens vices. Après Sagesse, c’est Jadis et Naguère (1885) ; à la spiritualité d’Amour, de Bonheur, de Lithurgies Intimes s’opposent les accents charnels de Parallèlement (titre significatif) et de plusieurs autres recueils. Il connaît l’indigence, le taudis, la misère physique. En 1886, à la mort de sa mère qui ne l’a jamais abandonné, il se trouve complètement démuni de ressources. Une vraie consolation, cependant : on s’avise soudain que ce vagabond affaibli, geignard, qui se traîne d’hôpital en hôpital, de café en café, est, ou plutôt a été un grand poète. Il se forme comme une légende de Verlaine : on se rappelle qu’il a révélé au public l’oeuvre de Tristan Corbière, de Rimbaud, de Mallarmé (Les Poètes Maudits) ; on lui demande des conférences, des souvenirs (Mémoires d’un veuf, Mes Hôpitaux, Mes Prisons, Confessions) ; on le sacre même "prince des poètes" à la mort de Leconte de Lisle (1894). Le contraste règnera jusqu’au bout : Verlaine meurt misérablement en janvier 1896, fidèle à sa promesse, formulée quinze ans plus tôt dans un de ses plus beaux poèmes : "Le bruit des cabarets, la fange des trottoirs (...) Voilà ma route - avec le paradis au bout". Une foule d’écrivains, de poètes et d’admirateurs accompagne son cercueil de l’église Saint-Étienne-Du-Mont au cimetière des Batignolles.

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