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Lettres choisies - Verlaine. Correspondance générale

 

Paul Verlaine, Correspondance générale (tome I) 1857-1885 © Éditions Fayard, 2005.

1858

Lettre de Verlaine à Victor Hugo

Paris le 12 Xbre 1858

Monsieur,

Pardonnez-moi si je prends la liberté de vous dédier des vers : c’est que, me sentant quelque goût pour la poésie, j’éprouve le besoin de m’en ouvrir à un maître habile, et à qui pourrais-je mieux qu’à vous, monsieur, confier les premiers pas d’un élève de quatrième, âgé d’un peu plus de quatorze ans, dans l’orageuse carrière de la poésie ?

La Mort

Telle qu’un moissonneur, dont l’aveugle faucille, Abat le frais bleuet, comme le dur chardon ; Telle qu’un plomb cruel, qui, dans sa course, brille, Siffle, et, fendant les airs vous frappe sans pardon :

Telle l’affreuse mort sur un dragon se montre, Passant comme un tonnerre au milieu des humains, Renversant, foudroyant tout ce qu’elle rencontre Et tenant une faulx dans ses livides mains.

Riche, vieux, jeune, pauvre, à son lugubre empire Tout le monde obéit ; dans le c ?ur des mortels Le monstre plonge, hélas ! ses ongles de vampire ! Il s’acharne aux enfants, tout comme aux criminels :

Aigle fier et serein, quand du haut de ton aire Tu vois sur l’univers planer ce noir vautour, Le mépris (n’est-ce pas, plutôt que la colère ) Magnanime génie, dans ton c ?ur, à son tour ?

Mais, tout en dédaignant la mort et ses alarmes, Hugo, tu t’apitoies sur les tristes vaincus ; Tu sais, quand il le faut, répandre quelques larmes, Quelques larmes d’amour pour ceux qui ne sont plus.

P. Verlaine

Si vous voulez bien, monsieur, me faire l’honneur de me répondre, adressez ainsi votre lettre :

Monsieur Paul Verlaine, rue Truffaut, 28 A Batignolles près Paris.

1869

Lettre de Verlaine à Léon Valade

[début août, le jeudi 5 ?]

Mon cher Valade,

Un Paul Verlaine nouveau, idyllique, florianesque, bien portant sous tout les rapports, absolument étranger au bonhomme de mes dernières lettres, voilà ce que je puis vous annoncer ore rotondo. Par quel miracle ? - Cherchez la femme ! (j’entends la femme de mes rêves, l’épouse de mon poème en prose... à peine réelle. - Qui ? me diriez-vous ? - Curieux ! - Sachez seulement qu’Elle est charmante, mignonne, spirituelle, qu’elle aime les vers et correspond enfin de point en point à mon idéal. Apprenez en outre que ce pays-ci n’est point le sien, mais bien Paris, que nous n’en sommes même pas encore " aux lettres " du moins directement, sure tous les jours ou à peu près, un poëme " ingénu " sort de ma tête rassérénée et s’envole devers elle, que des personnes qui la touchent de très près m’engagent à ne pas désespérer, vu qu’elle ne me " hait pas " superlativement et m’encouragent dans ma flirtation. Si je suis encore anxieux et triste, c’est délicieusement. Voilà, j’espère, des nouvelles : seulement motus sur tout cela ; vous savez !... une indiscrétion peut tant mal faire. Donc n’en parlez à personne vendredi. Bornez-vous à dire que je vais beaucoup mieux et que je souhaite à tous mille choses aimables. Vous comprenez qu’en ces charmantes conjonctures, j’ai renoncé à toute griserie et à tout voyage phallique à Arras : je veux La mériter ! (...)

1872

Lettre de Verlaine à Emile Blémont

[Décembre 1872]

Vous, mon ami, je n’oublierai jamais que vous fûtes le premier à me venir voir lors de la grande terreur de mai 71, et je vous en ai voué bonne et solide affection : du moins on ne niera pas que j’aime bien mes amis ! Je fais imprimer ici un petit volume : Romances sans paroles, - il y aura dedans une partie quelque peu élégiaque, mais je crois, pas glaireuse : quelque chose comme la Bonne Chanson retournée, mais combien tendrement ! tout caresses et doux reproches, - en dépit des choses, qui sont, je le répète, littéralement hideuses, sauf erreur (que j’implore !). A ceux de mes amis qui le sont, cordiale poignée de main. Même pas merde aux autres : tout pardon, tout, tout oubli, moi !

Et tout à vous, P. Verlaine

34-35, Howland street, Fitzroy square (W). P. Verlaine Esq. London (Angleterre).

1873

Lettre de Verlaine à Arthur Rimbaud

England

M. Arthur Rimbaud, 8 Great College Street, Camden Town, N. W. London.

Very Urgent. Or, in any case of departure : Roches, canton d’Attigny, Ardennes, France (chez Mme Rimbaud)

En mer [3 juillet]

Mon ami,

Je ne sais si tu seras à Londres quand ceci t’arrivera. Je tiens pourtant à te dire que tu dois, au fond, comprendre, enfin, qu’il me fallait absolument partir, que cette vie violente et toute de scènes sans motif que ta fantaisie ne pouvait m’aller foutre plus ! Seulement, comme je t’aimais immensément (Honni soit qui mal y pense !) je tiens aussi à te confirmer que si - d’ici à 3 jours, je ne suis pas r’avec ma femme, dans des conditions parfaites, je me brûle la gueule : 3 jours d’hôtel, un rivolvita, çà coûte : de là, ma "pingrerie" de tantôt. Tu devrais me pardonner. - Si, comme c’est probâbe, je dois faire cette dernière connerie, je la ferai du moins en brave con. - Ma dernière pensée, mon ami, sera pour toi, pour toi qui m’appelais du pier tantôt, et que je n’ai pas voulu rejoindre, parce qu’il fallait que je claquasse - ENFIN ! Veux-tu que je t’embrasse en crevant ? Ton pauvre

P. Verlaine

Nous ne nous reverrons plus en tout cas. Si ma femme vient, tu auras mon adresse et j’espère que tu m’écriras. En attendant, d’ici à 3 jours, pas plus, pas moins, Bruxelles, poste restante - à mon nom. Redonne ses trois livres à Barrère.

1875

Lettre de Verlaine à Ernest Delahaye

Sticknouille, le 1 juillard 75

Cher ami, tes deux lettres avec mirifiques dessins m’arrivent en même temps. - Ainsi que je te le disais dans ma dernière, je pense, ce sera vers le 17 juillet que s’effectuera mon voyages à Londres et sans doute, de là, après une semaine consacrée à aider mon principal dans un bachot angliche qu’il doit passer, j’espère prendre mon essor vers cette France inondée. - Nous aurons d’ailleurs d’ici-là tout le temps de ménager beaux rendez-vous, - qui seront cette fois plus sérieux que celui de Bouillon, te rappelles-tu ? Fus-je assez cochon ce jour là, - Mais les choses sont changées et les raisons de mon inexactitude (qui n’est pas mon vice aussi bien) n’existent plus. Je t’emmènerai vers les bords de cette Scarpe "gazouillarde" chantée par Desbordes-Valmore. - Pays assez curieux, les villes surtout. Arras en tête avec son beffefroi. On mange à Douai de bonne côtelettes de mouton, rara avis en province ! Enfin (mais tu n’es pas et je ne suis plus un soiffard !) la bière et le péquet (-g’nièfe -) sont bons et bon marchistes. (...)

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