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Claude Debussy : portrait.
Par Corinne Amar

édition du 1er septembre 2005

 

debussyportraitphoto "Le temps de Debussy, disait Boulez, est aussi celui de Cézanne et de Mallarmé : cet arbre à triple tronc est peut-être l’arbre de la liberté de l’art moderne".
Si jamais compositeur fut un miroir de son époque, ce fut Debussy. Il aimait la peinture, il mit de la couleur dans sa musique. Il aimait la poésie, il donna à ses oeuvres le sentiment poétique. Il aimait la danse et les corps en mouvement, il fit danser sa musique et danser sur sa musique. Claude Debussy naît à Saint-Germain en Laye, en 1862. Rien ne le destine, pourtant, à la musique. Ses parents, tiennent un modeste commerce de faïences et de porcelaines à Saint-Germain en Laye, ne cultivent aucune activité artistique, sont peu soucieux d’éducation, et ne décèlent pas la sensible personnalité du jeune garçon. "Vous ne savez peut-être pas que j’étais promis à la belle carrière de marin, et que seuls, les hasards de l’existence m’ont fait bifurquer", révèlera-t-il au compositeur André Messager. Grâce à son parrain, Achille Arosa, courtier amateur de peinture, qui habitait Cannes, il découvre la mer, Corot et la peinture impressionniste, et c’est sa tante qui lui fera avoir ses premières leçons de musique avec un musicien italien, Cerutti. Ses dons musicaux sont découverts grâce à Mme Mauté de Fleurville, dont la fille (dédicataire de la Bonne Chanson) avait épousé Paul Verlaine, et dont le fils s’était lié avec Debussy père durant la Commune. Elle proposera de lui donner des leçons gracieusement et de pourvoir à son éducation. "Je lui dois le peu de piano que je sais", dira plus tard Debussy devenu célèbre. Elle l’ancre au piano et le prépare à entrer au Conservatoire de Paris : il y est admis en 1872, il a tout juste dix ans.
Il étudie le piano et le solfège. Disciple aux qualités exceptionnelles, mais élève récalcitrant, il obtient de petits prix, sans pouvoir prétendre à une carrière de pianiste virtuose.
En 1879, son professeur le recommande à une riche étrangère russe, excentrique quinquagénaire et égérie de Tchaïkovski, Nadejda von Meck, qui est à la recherche d’un pianiste déchiffreur, accompagnateur et professeur de piano, pour elle et ses enfants. Elle l’engage et le fait voyager, en Russie, en Autriche, en Italie. Debussy sort de son milieu étroit parisien, s’enrichit sur le plan culturel. Deux ans plus tard, il rencontre les époux Vasnier, événement capital dans sa vie ; Vasnier est un architecte cultivé, qui lui fait connaître le monde de la poésie, de la peinture, un certain raffinement intellectuel nécessaire à son épanouissement. Quant à Mme Vasnier, femme de trente ans, d’une grande beauté, et dont il est plus ou moins épris, elle lui inspire l’écriture de ses premières mélodies (elle est soprano aigu), notamment le premier cycle des Fêtes galantes, sur des poèmes de Verlaine, et la célèbre Mandoline.
En 1884, il remporte le prix de Rome pour sa cantate L’enfant prodigue et part comme pensionnaire de l’Académie des Beaux Arts. Arrivé à Rome en janvier 1885, il vit très mal son séjour à la Villa Médicis. Il s’y ennuie, trouve l’atmosphère trop guindée, irrespirable, et ses condisciples, musiciens, peintres ou sculpteurs, grossiers. Une correspondance avec Vasnier, qui joue, comme à Paris, le rôle de modérateur, s’établit régulièrement. Il se répand en plaintes amères sur son sort misérable de forçat : "M’y voilà dans cette abominable villa, et je vous assure, que ma première impression n’est pas la bonne (...). Les camarades sont venus me chercher (...). Plus de cette bonne amitié de Paris, ils sont raides, ont l’air convaincu de leur importance, trop prix de Rome, ces gens-là. Le soir de mon arrivée à la Villa, j’ai joué ma cantate qui a eu du succès près de quelques-uns, pas du côté des musiciens par exemple" (Correspondance générale, éd. Gallimard). Il fuit la compagnie de ses camarades, on ne le voit guère qu’au moment des repas. Cette même année, il se lie néanmoins avec un des membres non musiciens de la Villa, Gustave Popelin, dont il fera son confident et à qui il dévoilera une autre cause de sa nostalgie. En 1885, il adresse à Claudius Popelin, père de Gustave, qui vient de quitter Rome, ces lignes :
"Est-il besoin de vous dire que ces deux mois n’ont rien changé chez moi, et qu’ils n’ont fait que donner plus de poids et de présence à certains sentiments en moi ? Je dois admettre leur force, puisqu’en l’absence de ce qui les inspire je suis incapable de vivre, car c’est comme si l’on ne vivait pas lorsque l’imagination refuse de vous obéir. Comme je vous l’ai dit, j’ai trop pris l’habitude de ne désirer et de ne penser que par elle. Car je suis loin de faire ce que vous m’avez conseillé : essayer de transformer cet amour en une amitié simple et profonde (...) (éd. Gallimard). Il y compose Zuleïma, Diane au bois, le Printemps, oeuvres plus ou moins terminées qui ne le satisfont pas. La cantate de la Damoiselle élue, d’après Rossetti, reste la seule oeuvre achevée de la période romaine, préfigurant pourtant Pelléas, par certaines harmonies et couleurs orchestrales. De retour à Paris, il fait, en 1891, au cabaret du Chat noir, la connaissance de Satie ; prélude à une trentaine d’années de relations et au sujet desquelles l’on possède peu de documents. Il a souvent été évoqué une influence que l’oeuvre de Satie aurait eue sur celle de Debussy. Debussy a terminé sa période d’incubation et va entreprendre le Faune et Pelléas. C’est avec le Prélude à l’après-midi d’un faune, tiré d’un poème de Mallarmé, qu’il obtient son vrai succès. Le 17 mai 1893, il voit au théâtre la pièce de Maeterlinck, Pelléas et Mélissande. Il en est impressionné, comme les jeunes intellectuels d’alors, intéressés par le symbolisme. Encouragé par ses amis, il décide de la mettre en musique, et pour cela, va voir, à Gand, le poète belge dont il dira : "A propos de Pelléas, il me donne toute autorisation pour des coupures... Maintenant, au point de vue musique, il dit n’y rien comprendre, et il va dans une symphonie de Beethoven comme un aveugle dans un musée ? " Debussy se met au travail et terminera une première version de l’oeuvre vers 1896 ; en fait, il y travaillera dix ans.
A partir de 1900, il commence à être recherché, fréquente les cafés élégants, rencontre des personnalités telles que Léon Daudet, Reynaldo Hahn, Marcel Proust, Paul-Jean Toulet... Au tout premier rang de ses amis littérateurs, il faut placer Pierre Louÿs, qu’il a rencontré chez Mallarmé avec qui il entretient pendant plus de dix ans des liens d’intimité exceptionnels pour lui. Il écrira, d’ailleurs les Trois Chansons de Bilitis, (1897-1899) sur des poèmes de Pierre Louÿs, équilibre habile entre la prosodie et le chant pur et qui témoigne de son amour pour la voix. Marqué par les oeuvres de Wagner et de Chopin, il compose des oeuvres pour orchestres, de la musique pour piano et vocale. Sa vie se partagera entre compositions musicales, concerts et soirées poétiques, jusqu’à ce qu’il meurt, à cinquante six ans, des longues suites d’un cancer - le 26 mars 1918, jour anniversaire de la mort de Beethoven.

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