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La Poste et la mer
Jean-Paul Bailly. Président du Groupe La Poste

édition du 27 octobre 2005

 

peinture vue de brest Vue de Brest et de l’entrée du port prise du Ponton l’Uranie. Illustration figurant en tête de la lettre manuscrite d’un condamné (verso). Paris, © Musée de la Poste. Mémoires de la mer, p. 12

La Poste a plutôt une image terrienne : le facteur qui parcourt chemins et rues, le bureau dans le bourg ou la ville... Toutefois, sa mission la plus ancienne et la mieux connue est de permettre à chaque habitant de notre territoire d’échanger avec des correspondants, seraient-ils établis aux antipodes. Poste de proximité ou poste universelle, elle devait s’engager sur la mer. Confiées à des voyageurs, à des marchands ou aux messagers, les lettres circulaient surtout à cheval. Mais elles prenaient aussi le bateau.
Faisant escale dans l’île - imaginaire - de Médamothi, Pantagruel est ainsi rejoint par un vaisseau. À son bord, l’écuyer Malicorne lui apporte des missives de Gargantua auquel il rapporte les réponses et les bonnes nouvelles de son fils. Malicorne est toutefois l’ambassadeur d’un prince et non un postier : l’échange de discours est au moins aussi important que celui des lettres, et son expédition spécifique ne s’inscrit pas dans une organisation régulière. La poste maritime, qui la suppose, fut en fait inventée, insularité oblige, par les Anglais. En 1520, c’était néanmoins le maître de postes de Boulogne-sur-Mer qui traversait habituellement la Manche pour remettre les dépêches à Londres. Il est vrai que les itinéraires postaux ébauchés par les rois de France, puis organisés à partir de la fin du XVe siècle, n’ont été prolongés sur mer qu’au XVIIe et surtout XVIIIe : sur la carte des routes postales de Nicolas Sanson (1632), trois vaisseaux sont représentés, voguant sur la "Grand Mer occidentale" - l’Atlantique -, mais seule la route qui aboutit à Calais est complétée sur un rivage opposé par un itinéraire balisé de relais.
Le partage des tâches - et aussi des revenus - de cette liaison postale fit l’objet de plusieurs accords avec l’Angleterre ; alors que Louvois, en charge de la surintendance générale des postes depuis 1668 réorganisait celles-ci, il fut convenu que c’est la partie française qui se chargerait du transport du courrier, dans les deux sens, entre Calais et Douvres ; le premier bénéfice dont le jeune Louis XIV avait tenu à gratifier son secrétaire d’Etat en 1661 avait été la permission de compléter les relations terrestres avec l’Italie.
Au siècle suivant, l’horizon s’élargit : les voyages et le commerce lointains se développent, en particulier avec les Indes occidentales et orientales, comme aussi le peuplement et l’exploitation des territoires coloniaux que la France a acquis, notamment en Amérique du Nord et dans les îles ; les échanges de courrier, que seule la voie maritime peut assurer, s’intensifient. Cela s’accompagnait d’une forte demande d’amélioration de ce qu’on appellerait aujourd’hui la qualité de service - et de quelques illusions quant aux profits que l’organisation de ce trafic permettrait de réaliser.
C’était là une préoccupation primordiale pour les grands commis du roi, de même que pour les fermiers généraux auxquels les postes étaient concédées. Le monopole postal institué sur le territoire du royaume semblait bien répondre à ces deux exigences - et ont prit soin que le courrier arrivant par mer ne lui échappât point.
Le 3 février 1728, un arrêt du Conseil d’Etat du roi disposa que les maîtres de navire étaient tenus, dès leur arrivée dans les ports, de remettre les paquets dans les bureaux de poste locaux. Ces dispositions, confirmées par l’arrêté des consuls du 19 germinal an X, devinrent l’article 4 du code des postes et télécommunications - qui n’a été formellement abrogé qu’en mai 2005.
(...)
La Poste n’a pas été une aventurière de la mer, mais elle a participé, à sa place, avec sa puissance et grâce aux qualités et à l’engagement de ses personnels, à l’organisation efficace des suites de cette aventure. Reliant entre eux les hommes d’un bout du monde à l’autre, elle a aussi relayé le rêve de l’aventure et des terres lointaines en remettant les lettres qui en provenaient à des destinataires sédentaires et en faisant connaître à beaucoup, par l’entremise du timbre-poste, leurs paysages, les explorateurs, les marins et les navires.
À tous ces titres, elle a sa place dans ce bel ouvrage, consacré aux Mémoires de la mer, et la Fondation La Poste est fière d’avoir contribué à sa parution pour valoriser l’importance des relations épistolaires des messages datés qui sont autant de témoignages historiques.

Extrait de la Préface de Jean-Paul Bailly, Président du Groupe La Poste, Mémoires de la mer, éd. L’iconoclaste, p. 10

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