Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Lettres choisies
Mémoires de la mer

édition du 27 octobre 2005

 

couverture du livre memoires de la mer Mémoires de la mer
Cinq siècles de trésors et d’aventures
Ouvrage collectif. Sous la direction scientifique de Marie-Pierre Demarcq et de Jean de Préneuf, et la direction éditoriale de Sophie de Sivry. Avec la collaboration du musée national de la Marine et du département Marine du Service historique de la Défense. _ Editions L’Iconoclaste, 20 octobre 2005, 355 p. 75 euros.
Avec le soutien de la Fondation La Poste

Mémoires de la mer
Cinq siècles de trésors et d’aventures
© L’Iconoclaste

Lettre de M. de La Pérouse de la baie de Botanique à M. de Fleurieu, 7 février 1788
Paris. AN Fonds marine

Je n’aurai donc jamais que des malheurs à vous annoncer, mon cher Fleurieu et ma plus extrême prudence est sans cesse déconcertée par des événements impossibles à prévoir mais dont j’ai toujours eu en quelque sorte un secret pressentiment, et j’avoue que j’ai à me reprocher dans la malheureuse journée du 11 décembre 1787 d’avoir cédé presque malgré moi aux importunités, à l’opiniâtreté même du vicomte de Langle qui prétendait que l’eau fraîche était le meilleur anti-scorbutique et que son équipage serait entièrement affecté de cette maladie avant notre arrivée à la nouvelle Holande. Nous y sommes cependant arrivés sans un seul malade et je suis bien intimement convaincu que la bonne eau, fraîche, ou ancienne est également salubre. Vous lirez mon cher Fleurieu dans mon journal les détails de ce malheureux événement dont ma sensibilité est trop affectée pour que ce ne soit pas un supplice pour moi de les répéter, vous trouverez inconcevable qu’un homme de bon sens, de jugement sain, ait préféré à une baie connue, vaste et où l’eau était excellente, un endroit où ses chaloupes sont restées à sec environnées par dix huit cent ou deux mille indiens qui les ont mises en pièces après avoir massacré tous ceux qui n’avaient pas le temps de sauver dans les canots qui étaient restés à flot au pied des récifs pendant que nos vaisseaux faisaient tranquillement le commerce des vivres à deux lieues au large et nous étions bien éloignés de prévoir la possibilité d’un pareil malheur.
J’avais joint au plan des isles des Navigateurs celui de l’archipel des Amis augmenté des isles Vavao Laté etc ; mais il n’est pas encore dressé ce dont je suis très en colère ; en attendant vous trouverez leur latitude et leur longitude dans les tables qui sont plus exactes que les latitudes et longitudes reportées dans les discours de mon journal qui, quoique historique, a été écrit à mesure que les événements arrivaient et avec des longitudes écrites sans correction.
Clonard, commande aujourd’hui l’Astrolabe et Monti l’a remplacé sur la Boussole, ce sont des officiers du premier mérite. Nous en avons perdu un excellent dans le vicomte de Langle, il n’avait d’autre défaut que d’être opiniâtre et si entier dans son opinion qu’il fallait se brouiller avec lui lorsqu’on refusait de la suivre, et il m’a plutôt arraché qu’obtenu la permission qui a causé sa perte, mais je n’aurais jamais cédé si le rapport qu’il m’avait fait de la baie avait été exact et je suis encore à concevoir comment un homme comme lui a pu se tromper aussi grossièrement vous voyez mon cher ami que je suis encore très affecté de cet événement. J’y reviens sans cesse et presque malgré moi.
Adieu je vous embrasse et vous aime de tout mon coeur.
Lapérouse


Victor Hugo
Lettre du 28 décembre 1856

Au revers de ce carton j’ai barbouillé ma propre destinée - un bateau battu de la tempête au beau milieu du monstrueux océan, à peu près désemparé, assailli par tous les ouragans et par toutes les écumes, et n’ayant qu’un peu de fumée qu’on appelle la gloire, que le vent arrache, - et qui est sa force.


Lettre d’Honoré d’Estienne d’Orves à l’amiral Godfroy du 10 juillet 1940 Vincennes. SHD-Marine

Amiral,
Je vous exprime mes profondes excuses pour mon départ brutal. J’en ressens profondément la tristesse. Je suis attaché par toutes les fibres de mon c ?ur à la Marine et à ce bateau dont j’aimais tant l’équipage. Permettez-moi de vous dire combien j’étais attaché à vous qui avez su sauvegarder, ces jours derniers, notre vie et notre honneur.
Vous devinez mes sentiments. J’ai été élevé dans le culte de la Patrie - mes camarades aussi j’en suis sûr - mais 1870 et 1914 ont tellement marqué sur mes parents et moi-même que je ne puis concevoir l’asservissement actuel de la France.
Sans me permettre de juger le Département, je ne puis me croire qualifié pour reconstruire la France ainsi qu’on nous le propose ; tant qu’il y aura une lueur d’espoir je combattrai pour débarrasser mon pays de l’emprise de cet homme qui veut détruire nos familles et nos traditions. Mes ancêtres se sont battus jusqu’au bout, je ne puis faire autrement que les imiter. Si j’ai attendu si longtemps, depuis l’armistice, c’est que j’ai voulu, d’abord, ne pas m’en aller avant ce désarmement à la suite duquel le travail de l’Etat-major sera plus réduit. Et surtout, à la suite de l’affaire Oran, je n’eusse voulu à aucun prix servie la marine britannique. Il m’a fallu trouver un chef français indépendant. Je l’ai trouvé hier et vais me ranger sous ses ordres. Je sais, Amiral, à quoi je m’expose. Je vous demande seulement que ma désertion soit annoncée d’une façon telle que les autorités allemandes, qui contrôlent le lieu de résidence de mon épouse et de mes quatre enfants n’en soit pas avisées.
Excusez, Amiral, cette trop longue lettre qui paraît un plaidoyer. Je sais qu’il est inutile auprès de vous. N’y voyez que la marque d’un profond respect et l’expression d’un dévouement très respectueux. D’Estienne d’Orves

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite

L’Iconoclaste