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David Perlov, Jounal 1973-1983 Par Valérie Mréjen

édition du 27 octobre 2005

 

yael et davidl perlov aumontage David Perlov, Journal, Yael et David au montage

Le Cinéma du Centre Pompidou rend hommage à David Perlov. Au tout début des années 70, David Perlov décide de commencer une oeuvre personnelle loin des commandes et des films de propagande sioniste qu’on lui soumettait jusqu’alors. Il se munit d’une caméra 16 mm et se met à filmer ce qu’il voit, commente, contemple, juxtapose, mêlant sa vie intime aux événements qui jalonnent l’histoire du pays naissant. Il filme l’intérieur de sa mira perlov dans le journal de perlov maison, la vue depuis ses fenêtres, sa femme Mira, ses filles jumelles, un reflet sur le sol, une lumière de contre-jour, le mobilier de sa salle à manger, des passants dans la rue, un homme qui balaye le trottoir en effectuant presque un pas de danse, les arbres, les voitures, un hôtel à Paris, le coucher de soleil, les immeubles de Tel-Aviv, des amis venus lui rendre visite, quelques personnages qu’il admire - Joris Ivens, Klaus Kinski, Claude Lanzmann - ses images punaisées au mur, sa collection de cartes postales, un extrait de film, l’écran de la télévision, des manifestants dans la rue... Il filme le quotidien, avec fascination et étonnement, se demande pourquoi certains spectateurs du Journal à qui il l’a projeté la veille ont trouvé telle ou telle séquence inutile ou absurde, "irrelevant". Et sur des images envoûtantes d’enfants courant sous une pluie torrentielle, il se pose la question "est-ce hors de propos de filmer le quotidien, les choses qui nous entourent ?"*. Il répond par la négative en affirmant son attachement aux événements de la vie de tous les jours, aux rencontres, aux moments passés en famille, entre amis... et nous sommes avec lui, nous le suivons émerveillés tandis qu’il réfléchit tout haut et fait part de ses impressions. Un couple d’amis brésiliens est en visite pour quelques jours. Perlov les filme en compagnie de sa femme discutant au salon, fumant des cigarettes, saisit des bribes de leur conversation avant de parler off avec sa voix très grave et rocailleuse, presque la voix du robot d’Alphaville. Perlov parle en anglais, détache les mots distinctement, superposant son commentaire à l’hébreu entendu en son direct. L’amie brésilienne met un disque sur le pick-up et commence à danser, veste sur les épaules, entre la lampe et le fauteuil, son mari la rejoint, suivi sans tarder par Mira. Ils se balancent doucement au rythme de la flûte. Perlov les filme, attendri, amusé, le coeur réjoui par ces retrouvailles de longue date. Puis il ajoute "Cette fête est trop soudaine. Elle signifie combien de carnavals perdus ?". Il filme longuement le bal improvisé, le déhanchement un peu retenu, les sourires spontanés dans lesquels pointe déjà la nostalgie d’une séparation prochaine, l’au revoir adressé par le couple agitant les mains dans l’entrée, réitérant plusieurs fois son invitation à venir au Brésil...

Le montage alterne les scènes sentimentales et les clins d’oeil légers, la vie politique et la vie privée, une scène montrant deux jeunes femmes au café, un extrait des actualités, Naomi enfilant un justaucorps, Mira regardant par la fenêtre, une couverture de disque, les livres sur les étagères : tout ce qui constitue, sans hiérarchie, l’ensemble des choses dignes d’intérêt.
Dans l’épisode n°1, Perlov s’approche de ses filles adolescentes en train de feuilleter un journal au salon. Il confie "je veux filmer mes jumelles comme deux êtres distincts". Il s’assoit près d’elles à la table et appelle "Naomi !". Les deux se retournent en souriant. Il attend un moment, "Yaël !". Les deux filles se retournent encore, exactement au même instant. Tout le Journal est jalonné de moments comme celui-ci, où un humour tendre et subtil surgit de situations simples, où l’on est amusé, touché, ému par ce regard porté sur tout avec une égale profondeur en même temps qu’une légère distance.

* Les phrases de David Perlov sont citées de mémoire.


Écrivain, documentariste et artiste plasticienne, Valérie Mrejen est l’auteur de plusieurs livres dont les récents : Eau Sauvage (Éd.Allia 2004), L’Agrume (Éd.Allia, 2001) qui a reçu le Prix du deuxième roman, Mon Grand Père (Éd.Allia, 1999).
Elle a réalisé des dizaines de vidéos dont Portraits filmés (2003), Dieu (2004) et 2 courts-métrages en 35 mm dont Chamonix. Pour plus de renseignements, vous pouvez consulter le site web de la galerie Cent-8.
Valérie Mréjen a reçu pour son documentaire Pork and Milk (Production : Aurora Films, Arte France, Ina. 52 min, 35mm couleur), le Prix de la Création et le Prix Messa in onda au Prix International du Documentaire et du Reportage Méditerranéen, à Syracuse (CMCA) 2005.
Pork and Milk, tourné en Israël sur les gens issus de familles ultra-orthodoxes ayant décidé de devenir laïques, sortira en salle fin février, en même temps qu’une édition en DVD chez Allia.
Un livre-DVD sur son travail, avec un texte d’Elisabeth Lebovici, est paru récemment aux éditions Léo Scheer (2005) dans la collection "point ligne plan".

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