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Lettres choisies - Mozart

édition du 17 novembre 2005

 

2 livres manuscrit  de don giovanni, et lettres de Mozart Mozart, Lettres des jours ordinaires 1756 - 1791
Choisies et présentées par Annie Paradis, traduites de l’allemand par Bernard Lortholary. Editions Fayart, nov. 2005, 23 euros.
Des 1196 lettres que comporte l’édition allemande, 163 ont été choisies pour composer ce livre, assorties de quelques fac-similés...

Mozart Don Giovanni, Le manuscrit
Sous la direction de Gilles Cantagrel. Présenté et commenté par Catherine Massip et Emmanuel Reibel. Editions Textuel, coédité avec la Bibliothèque nationale de France et l’Opéra de Paris. octobre 2005, 125 p. 50 euros.

Lettre de Mozart à sa soeur (à Salzbourg) Page 443

Vienne ce 13 février 1782

Ma très chère soeur !

Je te remercie pour l’envoi du livret, qu’en effet j’attendais avec la plus grande impatience ! - J’espère que, quand tu recevras cette lettre, tu auras déjà de nouveau près de toi notre cher et excellent père - il ne faut pas, du fait que je ne te réponde pas, que tu conclues qu’en écrivant tu m’importunes ! - J’accueillerai toujours avec le plus grand plaisir l’honneur de recevoir une lettre de toi, chère sœur ; - si mes occupations nécessaires (pour gagner de quoi vivre) le permettaient, Dieu sait que je te répondrais ! - ne t’aurais-je jamais répondu ? - alors ? - ce ne saurait être de l’oubli - de la négligence, non plus. - Donc, ce n’est rien qu’empêchement immédiat - véritable impossibilité ! - Est-ce qu’à mon père aussi je n’ai pas écrit fort peu ? - c’est fort fâcheux, diras-tu ! - mais, grand Dieu - pourtant vous connaissez tous deux Vienne ! - en un tel lieu, quelqu’un (qui n’a pas un Kreutzer de revenu assuré) n’a-t-il pas nuit et jour suffisamment à penser et à travailler ? (...)
J’ai déjà décrit à mon père, récemment, l’emploi de mon temps, et je vais le répéter pour toi. - A 6 heures du matin, je suis toujours coiffé. - A 7 heures, complètement habillé. - Alors je compose jusqu’à 9 heures. De 9 heures à 1 heure j’ai mes leçons. - Ensuite je mange, quand je ne suis pas invité, là où l’on mange à 2 ou 3 heures, comme aujourd’hui et demain chez la Comtesse Zichy et la Comtesse Thun. - Avant 5 ou 6 heures du soir, je ne peux travailler - et souvent j’en suis empêché par une académie ; sinon, je compose jusqu’à 9 heures. - Ensuite je me rends chez ma chère Constanze - mais où le plaisir de nous voir nous est plus d’une fois gâché par les propos aigres de sa mère - ce que j’expliquerai à mon père dans ma prochaine lettre - d’où le désir que j’éprouve de pouvoir la délivrer et sauver le plus tôt possible. - A 10 heures et demi ou 11 heures, je rentre chez moi ; - cela dépend de l’humeur de sa mère, ou de ma capacité à la supporter. - Comme je ne puis être sûr de composer le soir, du fait des académies qui peuvent intervenir ou de l’incertitude où je suis d’être appelé ici ou là, j’ai coutume (surtout quand je rentre tôt) de composer encore un peu avant de dormir - et souvent j’y reste plongé jusqu’à 1 heure - et je me lève à 6 heures. - Très -chère soeur ! - Si tu crois que je pourrais jamais vous oublier, mon très-cher et excellent père et toi, je - - mais silence ! Dieu le sait, et cela suffit à me tranquilliser ; - qu’il me châtie, si j’en étais capable ! - _ Adieu - je suis à jamais

Sincèrement ton frère
W. A. Mozart

P.-S. A mon très-cher père,
s’il est déjà à Salzbourg,
je baise 1000 fois les mains.


Lettre de Mozart à la baronne von Waldstätten Page 455

[Vienne, 2 oct. 1782]

Entre toutes chère, bonne et belle,
Dorée, argentée et sucrée,
Estimée et estimable,
Vénérée Madame
La Baronne,
Ci-joint j’ai l’honneur d’adresser à Votre Grâce le rondeau en question, ainsi que les deux parties des comédies, et le petit volume de récits. J’ai fait hier une grosse bourde ! - j’avais sans cesse le sentiment d’avoir encore quelque chose à dire - mais dans mon crâne stupide cela ne voulait pas venir ! c’était de remercier Votre Grâce de s’être donné aussitôt tant de peine pour ce beau frac - et pour la faveur de m’en promettre un ! - mais cela ne m’a pas effleuré ; comme c’est habituellement le cas chez moi ; - je regrette d’ailleurs souvent de n’avoir pas, au lieu de la musique, appris l’architecture, car j’ai souvent entendu dire que le meilleur architecte était celui chez qui rien ne bouge. - Je puis dire que je suis un être bien heureux et malheureux ! - malheureux depuis le moment où j’ai vu Votre Grâce aussi joliment coiffée au bal ! - car - c’en est fait désormais de ma tranquillité ! - je ne suis que soupirs et gémissements ! - le reste du temps que j’ai encore passé au bal, je n’ai plus pu danser - mais je sautais - le souper était déjà servi - je ne mangeai point - je dévorai - toute la nuit au lieu de m’assoupir calmement et doucement - j’ai dormi comme un loir et ronflé comme un ours ! - et (sans m’en faire gloire) je parierais presque que Votre Grâce s’est trouvée à proportion en même état ! - Vous souriez ? - vous rougissez ? oh, oui - je suis heureux ! - Mon bonheur est assuré ! - Mais hélas ! qui me tape sur l’épaule ? - Qui regarde ce que j’écris ? - aïe, aïe, aïe ! - ma femme ! - C’est que, par Dieu, je l’ai, et je dois la garder ! que faire ? - je dois en dire du bien - et m’imaginer que c’est vrai ! - (...)
A propos : Votre Grâce connaît-elle cette chansonnette ?

Une dame et une bière,
Pour que ça rime, que faire ?
Une dame a une bière
Et m’en donne un pot à boère.
La rime n’est plus à faire !
N’est-ce pas, j’aurais finement amené la chose ? - mais à présent senza burle (sans plaisanter). Si Votre grâce pouvait ce soir me faire apporter un pot de bière, vous me feriez une grande faveur. - Car ma femme est - est - est et a des envies - mais uniquement d’une bière préparée à la façon anglaise ! - Calme-toi, ma petite femme ! je vois enfin que tu es bonne à quelque chose ! - Ma femme, qui est un ange de femme, et moi, qui suis un modèle d’époux, nous baisons 1000 fois les mains de Votre Grâce et sommes à jamais vos

fidèles vassaux
Mozart magnus, corpore parvus
et
Constantia, omnium uxorum pulcherrima et prudentissima*

( *Mozart le grand, petit de corps et Constance, la plus belle et la plus sage de toutes les épouses. )

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