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Entretien avec Paul Nizon. Propos recueillis par Nathalie Jungerman

édition du 23 janvier 2006

 

Paul Nizon, Journal 1961-1972 Né à Berne en 1929, Paul Nizon vit à Paris. En France, l’essentiel de son oeuvre est publié par les éditions Actes Sud et Jacqueline Chambon. En Allemagne, ses livres sont édités par Suhrkamp. De multiples prix littéraires lui ont été décernés en Suisse, en France et en Allemagne.

Nathalie Jungerman : Vous venez de publier simultanément deux livres aux éditions Actes Sud, Les premières éditions des sentiments, Journal 1961-1972 et La Fourrure de la Truite, un roman. Concernant le Journal, une autre partie, postérieure à celle-ci et qui comprend les années 80, est sortie en 1997 sous le titre L’envers du manteau. Y aura t-il d’autres volumes ?

Paul Nizon : Entre La Fourrure de la Truite que j’ai écrit en 2004 et ces notes écrites dans les années 60, il y a un sacré écart, n’est-ce pas ? Près de 40 ans !
Le prochain volume du Journal, qui comprend les années 70, est déjà traduit et va bientôt paraître en France. En Allemagne, on prépare maintenant les années 90. Quant à L’envers du manteau, il va être retravaillé et réédité.
En tout, il y aura 4 ou 5 volumes publiés.

Et pourquoi avoir commencé à publier les années 1980 avant les années 1960 ?

Paul Nizon : Vous savez, pendant longtemps, ces textes qui représentent des milliers de pages éparses n’ont pas fait l’objet d’un projet de publication. Ce n’était pas, à proprement parler, un journal. Je prenais juste des notes, écrites dans une innocence totale. Ces notes, surtout à l’époque, concernaient principalement mon travail. Avec le temps, j’avais une montagne de feuilles ! On m’a conseillé de les photocopier, d’autant que j’avais pour règle d’utiliser des feuilles qui étaient déjà écrites d’un côté. Une fois les photocopies archivées dans des classeurs, j’ai envisagé que le tout pouvait constituer un journal. Quand, vers 1990, j’ai proposé ces écrits à mon éditeur en Allemagne, sans savoir avec certitude s’il les accepterait, j’ai pensé qu’il serait préférable de faire un essai, et j’ai choisi les années 80 parce que c’était la période la plus récente. L’éditeur a décidé ensuite de tout publier.

Le Journal n’est d’ailleurs pas quotidien...

Paul Nizon : Non, pas du tout. Il faut dire aussi que c’est un choix parmi les textes. Le matériau initial est en effet plus épais. Je travaille avec Wend Kässens qui a rédigé la postface du volume et qui s’occupe principalement de l’édition des journaux. C’est lui qui établit notamment la toute première sélection.

Comment procédez-vous ? Retravaillez-vous la narration pour l’édition définitive de ce choix de textes ?

Paul Nizon : Je ne retravaille pas la langue. Mais une fois la première sélection faite, j’examine tout ce qui est supprimé, je repère s’il y a quelque chose d’important pour moi et le réinsère si besoin est.
À cette étape, il ne s’agit pas d’un manuscrit mais simplement d’une sorte de "décharge". Ensuite, les textes sont saisis sur l’ordinateur et de nouveau, je procède à une sélection, si des éléments ne me plaisent pas, je les supprime. Peu à peu, j’ai devant moi un manuscrit. De voir apparaître sous mes yeux un manuscrit qui n’a jamais existé auparavant est une aventure saisissante.

Ce Journal comporte des réflexions sur l’écriture, des lettres adressées à des éditeurs et écrivains, des notes, des fragments... Il y a assez peu d’anecdotes sur la vie intime...

Paul Nizon : Exceptionnellement, il y a en effet quelques lettres dans ce volume car il s’agit du début de mon métier d’écrivain. Le prochain volume comprend davantage d’anecdotes sur la vie intime, mais en général, ma vie privée ne m’intéresse pas tellement. Il y a aussi des portraits de gens, des paysages, tout ce qui me traverse l’esprit. Et surtout, la genèse des livres qui sont en cours, des réflexions sur mon travail, je note des idées... Wend Kässens coupe en fonction du contenu, par rapport à mon oeuvre. Dans ce Journal des années 60, par exemple, il s’agit de Canto, d’Immersion, de Dans la maison les histoires se défont... Dans le Journal suivant, il est question de la genèse de Stolz. Les volumes se partagent en fonction de mes livres et pas forcément par décennie.

Robert Walser (1878-1956) dont vous parlez dans ce Journal de vos débuts, et notamment dans Marcher à l’écriture, a beaucoup compté pour vous...

Paul Nizon : Robert Walser m’a marqué parce que je l’ai lu par hasard quand j’étais gamin. Je n’étais pas un grand lecteur à l’époque. Mais un ancien libraire, un admirateur de Robert Walser et de Richard Wagner, m’a prêté les livres de cet écrivain. On ne les trouvait plus sur le marché. Walser était tombé dans l’oubli, il n’existait plus. J’ai lu ces livres, sans vraiment comprendre. Mais ce que j’ai compris, c’est que l’écriture était une entreprise radicale, à vie, et qu’on peut écrire des livres quasiment sans objet, sans intrigue. J’ai compris que le livre c’est la langue, que l’écriture est une chose en soi, et que tout ce qui émerge provient de la langue, pas de l’intrigue. Car si l’intrigue n’est pas écrite d’une manière extraordinaire, le lecteur oublie immédiatement. Plus tard, dans les années soixante, j’ai été un des premiers dans les pays de langue allemande à connaître l’oeuvre de Walser. Après sa mort, il y a eu cette survie, comme avec Thomas Bernhard, sauf que Bernhard était déjà célèbre de son vivant, pour son oeuvre et aussi pour ses scandales.

Pourquoi Walser est-il tombé dans l’oubli ?

Paul Nizon : Il avait écrit ses premiers romans au début du XXe siècle, dans la première décennie. Quand il a commencé à publier, vers 1907, des personnalités comme Franz Kafka, Walter Benjamin ou Robert Musil ont tout de suite compris que c’était un grand écrivain.
Après les deux guerres, le goût littéraire a complètement changé et Walser a connu les affres de l’insuccès. Il n’était plus du tout actuel, ses textes où le matériau de la langue se suffisait à lui-même, où il n’y avait ni mission ni engagement particulier, ne correspondaient plus à la mode et n’intéressaient plus personne. Puis, un grand éditeur, Suhrkamp - le mien - a acheté les droits. Et ce n’est que bien des années après sa mort, que Walser est devenu vraiment célèbre et reconnu parmi les plus grands écrivains du XXe siècle.

La vie et l’écriture sont intimement liées...

Paul Nizon : J’ai commencé à écrire assez tôt, à l’adolescence, sans préférence pour un genre. J’ai peut-être fait trois poèmes et même pas de nouvelles. C’était des notes, de la prose lyrique. J’écrivais sans cesse parce que c’est seulement quand j’écrivais que je me sentais vraiment vivant.
J’avais également une immense soif de vivre. Cependant, comme on perd immédiatement ce qu’on vit, l’écriture était un moyen de m’approprier ma vie, une course contre la dépossession, la perte du vécu. J’écrivais pour des motivations de ce genre, pour toucher à la vie.
Jusqu’à mon premier livre, Les Lieux mouvants, où j’ai mûri et commencé à développer un style qui me convenait, ce que j’écrivais ne ressemblait ni à des chapitres de romans, ni à des récits. C’était une garantie de survie.

Vous parlez d’un "laboratoire" pour entreprendre le travail d’écriture...

Paul Nizon : Le terme de "laboratoire" vient de mon père. Il était chimiste et a toujours eu un laboratoire. J’étais très impressionné de le voir se retirer dans ce lieu où se trouvaient un bec busen et de nombreux tubes et flacons. C’était pour moi une sorte de cuisine, mais surtout un endroit magique, sacré même, et les rares fois où j’y suis entré, je voyais mon père dans son monde, passionné par ce qu’il faisait. C’était un peu comme l’Institut Pasteur.
Mon père est mort quand j’étais gosse et je ne l’ai pas bien connu, mais le voir faire de la recherche dans son laboratoire m’a beaucoup marqué.
Par ailleurs, l’image de la recherche solitaire est aussi liée à Robert Walser qui se retirait dans des chambres de bonnes pour se lancer dans l’écriture. Et l’écriture voulait dire travailler la langue ou la machine de la langue.

Canto, que vous avez écrit un an après votre séjour à Rome est un livre qui invente et découvre une forme au fur et à mesure qu’il se construit. Rome est la figure essentielle de ce livre. Une grande partie de ce Journal des années 60 parle de la réception réservée de Canto...

Paul Nizon : Rome a été pour moi une période terriblement importante. J’y ai passé une année entière en tant que boursier de l’institut Suisse en 1960. C’est dans cette ville que je suis vraiment devenu écrivain, même si je n’ai rien fait pendant cette année-là. Et même si j’avais déjà publié peu de temps auparavant mon premier livre, Les Lieux mouvants, qui pour moi, n’était encore qu’une esquisse.
Dès mon retour, j’étais prêt à écrire Canto. Et là, j’ai tout de suite abandonné mon travail car en tant que responsable de la critique d’art d’un grand journal, je n’aurais pas pu écrire ce livre. Je n’aurais pas été crédible à mes yeux et aurais engagé une sorte d’autocensure. J’étais vraiment un critique d’art très important en Suisse, présent partout, j’avais déjà un rôle qui ne pouvait s’associer à celui de l’écrivain dont la création littéraire, poétique domine complètement l’existence.
Canto a vraiment été mal reçu. On me reprochait la forme, la langue. On me disait ne pas comprendre. Il n’y avait rien de comparable à ce livre. Dernièrement, j’ai d’ailleurs retrouvé la lettre de refus de Gallimard. J’étais profondément blessé par ce mauvais accueil. Même Max Frisch, que je connaissais bien, ne m’a pas témoigné le soutien que j’aurais pu attendre de la part d’un proche. J’avais plutôt l’impression qu’il était soulagé, peut-être par jalousie ou motivation de concurrence, que ça ne marche pas. De toute façon, j’ai toujours eu une relation problématique avec lui, et ce jusqu’à sa mort.
Canto n’a été traduit en France qu’à la fin des années 1980, le livre avait déjà plus de 20 ans. Puis, il a été publié dans les collections Livre de Poche et peu à peu il a gagné une certaine place. Mais je trouve qu’il n’est pas très bien traduit.

Relisez-vous les traductions ?

Paul Nizon : Pas à l’époque de Canto. Mais maintenant, je relis attentivement les traductions, y participe, discute avec le traducteur.

Est-ce le mauvais accueil fait à Canto qui a entraîné l’écriture du Journal ?

Paul Nizon : Pas exactement. J’ai commencé ces notes avant la sortie de Canto, pendant l’écriture du livre. Parce que c’était pour moi une obsession, parce que couver un livre était pour moi une action terriblement pénible. J’avais plus ou moins la matière, mais ne connaissais pas précisément le sujet qui se cachait derrière. Et là, une longue période de tâtonnement s’installait, je tournais toujours autour de quelque chose qui ne m’était pas encore lisible, jusqu’à ce que je commence à voir le livre, à voir aussi la forme, nécessaire, pour extirper le sujet de la matière. D’un autre côté, j’avais une envie terrible d’écrire, sans cesse. La préparation d’un livre était une chose qui prenait beaucoup de temps, qui était douloureuse, mais la rédaction des notes, des écrits pour ce qui est devenu plus tard un Journal, allait très vite et presque sans responsabilité.
J’aimais écrire comme ça, aveuglément, c’était une activité qui me remplissait, dont j’avais un grand besoin, comme un pianiste qui travaille son instrument tous les jours.

Le Journal, ou plutôt ces notes, sont-elles encore pour vous une activité continue ?

Paul Nizon : Oui, j’ai deux écritures, celle qui s’opère dans la durée, pour écrire un livre, et celle qui est rapide, continue et quotidienne.
Il y a quelques jours par exemple, j’ai écrit sur mes voitures. Auparavant, j’avais l’habitude de faire de longs voyages en voiture. J’ai écrit sur la panique, une panique que j’ai ressentie sans raison sur l’autoroute, avec l’idée fantaisiste que les roues allaient se détacher, et l’impression d’éprouver ça dans mon corps. Je ne sais pas pourquoi ce sujet m’a intéressé parce que depuis un certain temps, je n’ai plus de voiture !

Vous aviez l’habitude de travailler vos textes en les enregistrant sur magnétophone, n’est-ce pas ? Continuez-vous à le faire ?

Paul Nizon : Oui, je travaille toujours ainsi. Je l’ai fait pour les livres qui viennent de paraître.
L’enregistrement de l’écrit me permet d’écouter la musique des phrases, de savoir si c’est fluide, d’entendre les répétitions, les passages qui ne sont pas clairs. Je suis aussi beaucoup plus attentif en écoutant le manuscrit qu’en le relisant. Je n’aime pas du tout relire mes textes. Je n’arrive pas à me concentrer. Une fois le texte enregistré, j’arrive dans mon atelier, j’enclenche le magnétophone et je suis tout de suite immergé. À ce moment là, si le texte ne marche pas, je peux corriger.

La musique a joué un rôle important dans votre vie...

Paul Nizon : Oui, effectivement. Pendant toute mon enfance et mon adolescence, jusqu’au bac, on écoutait beaucoup de musique à la maison. Il y avait ma soeur, pianiste, qui était au Conservatoire et travaillait tous les jours son piano, et aussi de la musique de chambre. J’ai toujours été accompagné par la musique classique. J’ai écouté aussi du Jazz, plus tard.
Il est vrai que j’ai commencé à jouer du piano et du violon, mais j’ai abandonné, sans doute par rapport à ma soeur. Et aussi, envahi comme je l’étais par la musique, il fallait que je m’en défende.
Toujours est-il qu’elle a joué non seulement un très grand rôle dans ma vie mais aussi dans mon écriture. La structure, la composition musicale telle que je la connais, a beaucoup d’importance pour mon travail d’écrivain.

Comment est née l’écriture de Maria Maria, ouvrage publié avec Colette Fellous [1] en 2004, qui devait s’intituler "Rome à quatre mains", où précisément Colette et vous, jouez avec vos deux "Rome" ?

Paul Nizon : Nous avions déjà réalisé des entretiens pour son émission Carnet nomade diffusée sur France-Culture, et je pense avoir souvent parlé de cet épisode de Maria que j’ai commencé mille fois et que je n’arrivais pas du tout à écrire.
Colette m’a alors proposé de retourner à Rome et de faire un entretien sur place, relatif à cette période et à ce sujet. Une fois à Rome, nous avons envisagé d’écrire un texte ensemble, non sous la forme d’un entretien mais sous celle d’une fiction. J’étais soulagé, j’ai pensé qu’ainsi, j’allais réussir à m’approcher de ce livre que je n’arrivais pas à écrire.
Nous avons donc travaillé de concert. Colette écrivait et moi je fournissais une ou deux pages parmi mes nombreuses notes, puis nous considérions le rythme, l’agencement des textes, et en discutant, nous avons développé la forme. Au départ nous n’avions pas d’idée précise pour cet ouvrage, où finalement il y a deux voix en correspondance et deux histoires qui se confondent. Maria Maria, est une belle expérience d’écriture, mais c’est aussi devenu quelque chose qui ne m’appartient plus.

Parlez-nous de ce roman, La Fourrure de la Truite, que vous venez de publier simultanément avec Les premières éditions des sentiments...

Paul Nizon : J’ai écrit ce livre en 2004, au moment de mon dernier divorce. J’étais dans un état de souffrance. Le narrateur n’est pas moi, il est beaucoup plus jeune et descendant des acrobates, du cirque. Je ne sais pas comment cette idée est venue car le cirque n’a joué aucun rôle dans ma vie, ni les acrobates, mais tout d’un coup, ce personnage s’est imposé sur le papier et c’était lui qui racontait. Je l’ai suivi et j’ai complètement oublié ma peine. Le plus important pour moi, était la création de ce protagoniste que j’aime beaucoup. Je le trouve magnifique.

Stolp, le narrateur, vient aussi de se séparer...

Paul Nizon : Oui, mais c’est plus ou moins caché. Il parle de son amour perdu parce qu’il fallait aussi justifier son état psychique un peu bancal. Ce qui m’a immédiatement intéressé quand j’ai réellement commencé ce récit, c’était la folie, cette échappatoire, cet état second. J’ai complètement inventé ce personnage et aussi celui de Carmen. Pour un autre écrivain que moi, c’est tout à fait normal, mais pour moi qui suis quand même dans ce qu’on appelle l’autofiction, qui me sers de la vie vécue, c’était complètement nouveau. Avoir écrit de véritables dialogues, entre Stolp et Carmen ou entre lui et sa tante était aussi quelque chose de totalement inhabituel qui me faisait très plaisir.

Et le titre ?

Paul Nizon : J’avais en tête plusieurs titres, l’avant-dernier était "Mon coeur", mais je l’ai trouvé trop usité. Puis, tout d’un coup, La Fourrure de la Truite s’est imposé.
Je l’avais déjà formulé auparavant parce que je note parfois uniquement des titres sans matière autour. Ça rentre dans le domaine de la fabrique intérieure, à un moment donné, un titre apparaît et s’impose. Donc, après m’être arrêté sur La Fourrure de la Truite, j’ai vite inventé la scène où le protagoniste découvre la lithographie dans la vitrine.

À quel moment vous arrive-t-il de donner un titre à vos livres ?

Paul Nizon : La plupart du temps, quand le livre est terminé.
Mais pour ce roman, ça s’est passé au cours de l’écriture, au moment où le protagoniste était de plus en plus défini et où d’autres personnages apparaissaient. Le titre énigmatique me permettait d’exploiter cette image de la truite, l’obsession des objets, des fourrures qui incommodent ce personnage pour qui tout est vraiment problématique. Il se sent prisonnier dans l’appartement hérité de sa tante défunte, n’arrive pas à prendre possession des lieux et finit par partir.
En réalité, j’ai ressenti à peu près la même chose quand j’ai eu mon premier appartement parisien, à Montmartre. Il avait été sur-meublé par une vieille dame et j’étais extrêmement mal à l’aise dans ce lieu, mais contrairement à Stolp, je l’ai entièrement vidé et m’y suis installé.

Suivez-vous les courants littéraires ?

Paul Nizon : Pas tellement, ou d’une certaine façon, en lisant les critiques. C’est différent du temps où j’étais critique d’art et que je suivais toutes les tendances...
Il y a un écrivain qui a été très important pour moi : Perec. J’ai lu plusieurs de ses livres. Celui qui m’a le plus marqué est Un homme qui dort, et le premier que j’ai lu de lui avant de savoir vraiment qui était Perec, c’est Les Choses. Un livre magnifique.
Je pense qu’il y a par ailleurs, des correspondances souterraines entre La Vie mode d’emploi et mon livre, Dans la maison les histoires se défont.
J’aime beaucoup aussi Claude Simon et Louis Calaferte pour qui j’ai de l’admiration. Quand j’étais jeune, j’ai lu Céline, à Rome, dans les années 60. À l’époque il n’était pas encore très connu en Allemagne. En le lisant, j’ai appris qu’on pouvait se précipiter directement dans le processus d’écriture. Cependant, la littérature française ne m’a pas accompagné autant que la littérature italienne ou la littérature russe...


Robert Walser (1878-1956)

Petits textes poétiques
Randonnée nocturne, Gallimard, p.30

[...]
Elle était dans son lit, mais sans pouvoir dormir ni vouloir s’endormir, pensant à l’inconnu hardi, au doux garçon qu’elle aimait et dont elle se savait aimée. C’est ainsi que j’occupais par d’obscures chimères échevelées les heures que je passais à marcher, tandis que clapotaient tout bas les fontaines du bord de la route. Certaines fenêtres étaient encore allumées et leur lumière solitaire avait l’air d’une idée dans la tête d’un homme bizarre. De la sorte j’allais de l’avant, joyeux ou plein d’anxiété, d’un coeur vaillant ou abattu, la tête tantôt vide et tantôt pleine de pensées.

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