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Livre : Amitié. La dernière retouche d’Ernst Lubitsch
Par Olivier Plat

 

Amitié de Samson Raphaelson Samson Raphaelson
Amitié. La dernière retouche d’Ernst Lubitsch.

Traduit de l’anglais par Hélène Frappat Editions Allia, Paris, 2006, 69 pages, 6,10 €

"Une étrange et contradictoire relation", telle est celle que nous restitue dans sa plénitude Amitié. Son auteur est connu pour être le scénariste des plus grands films d’Ernst Lubitsch. De 1930 à 1947, il travailla en collaboration avec lui sur neuf de ses films parlants dont Haute Pègre, The Shop around the corner ou Le Ciel peut attendre. Au centre du livre, il y a tout d’abord cet hommage funèbre que Samson Raphaelson rédige en 1943, alors que Lubitsch, victime d’un infarctus, est donné pour mort. Il en réchappera, mais en 1947, Raphaelson apprendra de Lubitsch lui-même, qu’il avait eu entre les mains une copie de son éloge funèbre et l’avait lu dans son intégralité, quatre ans plus tôt. Les deux hommes, dans un souci d’exactitude qui s’apparente à une déformation professionnelle, vont alors jusqu’à retoucher l’éloge qu’avait rédigé Raphaelson, "comme s’il s’agissait d’un monologue dans un film". Il ne s’agit pas cependant d’une scène de cinéma de plus, car au dernier moment, Lubitsch fait marche arrière et demande à Raphaelson de ne rien changer à son texte, préférant la spontanéité de la première version à une vérité seulement factuelle. On devine alors qu’Amitié (écrit trente-quatre ans plus tard, en 1981) est peut-être né de cette situation digne de ces scènes les plus invraisemblables auxquelles Lubitsch ne craignait pas de donner corps dans ses films. Cette obsession de la vérité, en même temps que son impossibilité, court tout au long de ces pages, où Rafaelson ne cesse de réinterpréter "le passé devenu vivant, plein d’énigmes, d’indices et de défis". Il se rend compte que malgré les milliers d’heures passées "avec le plus grand artisan cinématographique de son époque", à des séances ininterrompues de "six heures par jour, et cinq jours sur sept" à improviser des dialogues avec Lubitsch "dans l’immeuble d’un studio, une pièce chez lui ou chez moi ou une chambre d’hôtel à New-York ou Palm Springs", il n’avait pas pris réellement le temps de le connaître. Rafaelson ne fréquente que très rarement les plateaux de cinéma et Hollywood "où un dîner avec moins de dix invités constituait un faux pas", ne laisse guère de place à l’intimité. Il fait lui aussi partie des même cercles mondains que Lubitsch, "à la mode d’Hollywood", ce qui nous vaut un savoureux portrait de Vivian Gaye, la troisième femme du réalisateur dont il divorcera bientôt, "une de ces inclassables jeunes femmes qui faisaient leur apparition autour de la piscine d’une villa le dimanche après-midi". Non, Lubitsch n’était pas ce "grand Vizir de l’amour" qu’il avait imaginé. Il se rappelle aussi de cette promenade au bord de la mer, où en 1932, sur la plage de Santa Monica, son ami s’attarde à lui faire des confidences sur son père."Moi, enchanté par son récit, je me contentai de sourire et de rire. Puis, à la fin, il se fit un long silence". Sans doute est-ce ce silence que Samson Rafaelson, dans un portrait en creux de l’artiste, nous donne à écouter, pour en éprouver jusqu’aux plus sensibles variations, comme un dialogue autre que purement cinématographique, trop tôt interrompu par la mort.

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