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Valery Larbaud : portrait.
Par Corinne Amar

 

Valery Larbaud à Alicante (ph "Réformé dès le début de la Grande Guerre, Valery Larbaud, muni d’un passeport diplomatique, séjourne longtemps en Espagne. Ici, à Alicante". Ph. Bernat. coll. Elizabeth Royer. (Éditions Claire Paulhan)

" ...ma curiosité intellectuelle, le besoin de poursuivre mes études (jamais achevées et qui ne peuvent jamais l’être) m’ont fait repousser avec horreur la vie qu’à défaut d’une carrière ma famille et toute la tradition bourgeoise française voulait m’imposer : rentier administrateur de ses biens." Valery Larbaud, Notes pour servir à ma biographie (an uneventful one), Éd. Claire Paulhan, 2006).

Il n’est pas seulement le grand introducteur en France des meilleurs écrivains étrangers, il s’est employé aussi à faire connaître à l’extérieur la littérature française de son temps ; "riche amateur", qui ouvrit la voie à une poésie des voyages, esthète, écrivain raffiné, découvreur, traducteur, conseiller avisé des éditions de La NRF : voilà l’image que la mémoire littéraire a gardée de Valery Larbaud (1881- 1957). Il naît à Vichy, fils unique de famille fortunée. Son père, Nicolas Larbaud, pharmacien à Vichy, qui bâtit sa fortune sur l’exploitation des eaux minérales de Saint-Yorre, meurt, alors qu’il a huit ans. Il est placé sous tutelle légale par sa mère qui l’empêche, lorsqu’il atteint sa majorité en 1902, d’hériter de l’immense fortune familiale. Le voilà malgré son goût du luxe, de la dépense et des voyages, en éternel mineur, éternel enfant, à la santé, de plus, fragile, qui protège ses oasis ; la solitude, l’amitié, les premières et chastes amours, les premiers poètes, l’enchantement du travail, le goût et la curiosité de l’enfance mainte fois prolongée, quand la réalité se substitue à la fable et se voudrait elle-même fabuleuse et qu’il évoque dans son oeuvre. C’est la matière et le chant de son roman Fermina Marquez (1911) - où passe le souvenir d’une jolie fille à la beauté créole et des trois meilleures années de cette enfance, au collège de Fontenay-aux Roses, fréquenté par de riches Hispano-Américains qui le fascinent et l’ouvrent à l’amour pour l’Amérique Latine - des nouvelles qui composent Enfantines (1918) - longs monologues d’un écolier, où lorsque le narrateur évoque Gwenny, Mabel, Lily, Lewis Carroll n’est pas loin. Larbaud voyage, car seule la vie à l’étranger lui garantit un peu d’intimité et encore plus de liberté. Ses premières publications seront des traductions, des articles sur la littérature anglaise, espagnole, italienne, dont il maîtrise les langues et habite les lettres, comme si elles étaient siennes. C’est à des oeuvres rares, à des écrivains méconnus qu’il s’attache. Toute la beauté, l’originalité de Valery Larbaud, son immense valeur réside dans sa passion de la lecture. Il est l’un des tout premiers à découvrir le Français Saint-John Perse, l’Anglais Samuel Butler, le polonais Joseph Conrad, l’Irlandais James Joyce - pour lequel il se bat et entreprend la campagne la plus importante de sa vie : la traduction d’Ulysse -, les Américains Walt Whitman et William Faulkner, l’Italien Montale...
A vingt-sept ans, il crée ce double littéraire de ce qu’il croyait être, le personnage d’Archibald Olson Barnabooth, séducteur millionnaire, né dans une province d’Amérique du Sud et citoyen du monde, très lettré, à qui il confie le soin de raconter ses voyages et dont les jours et les oeuvres deviennent la matière de Poèmes pour un riche amateur (1908) et de A.O. Barnabooth, Ses OEuvres complètes, c’est-à-dire un conte, ses poésies et son Journal intime (1913). Il n’est qu’à plonger dans la lecture de ce Journal intime, pour comprendre combien tout en s’appliquant à créer un personnage qui lui fût dissemblable, il y mettait du plus vrai de lui-même et sous ce couvert, se risquait, s’éprouvait (s’il a tenu un Journal pendant presque toute sa vie valide, on n’y trouvera ni le même choix, ni la même élaboration que dans Barnabooth) : "Quelques pages plus loin, une note apprend au lecteur que je suis "probablement un des hommes les plus riches de cette planète" et qu’en tout cas je suis "certainement le plus jeune des grands milliardaires". Le chroniqueur qui me vieillit d’un an, me félicite d’avoir fondé des hôpitaux et des asiles dans l’Amérique du Sud ; mais il ajoute : "La manière de vivre du jeune multimillionnaire ne diffère pas de celle de la plupart des oisifs de son monde." J’ai d’abord pesté contre l’impertinent. J’ai même eu un instant de véritable chagrin, tout seul dans mon wagon-salon ; y avait-il au monde un homme plus injustement traité que moi ? un caractère plus méconnu que le mien ? C’était si peu moi, mes rêves, mes aspirations, ma physiologie et mes élans d’enthousiasme, c’étaient tellement les "autres", ce jeune multimillionnaire fondateur d’hôpitaux ! Et "oisif", moi qui consume ma vie dans la recherche de l’absolu ! c’est toi qui es un oisif, petit journaliste courbé toute la nuit sur une table" (OEuvres, Gallimard, la Pléiade, 1958, p. 84).
Car s’il souffrit longtemps d’être passé, aux yeux de sa famille, pour "un propre à rien" et aux yeux des autres pour un riche oisif, Valery Larbaud en était bien le contraire, qui "sacrifia" sa vie au travail intellectuel et au sentiment des lettres.

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