Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Extraits choisis - Valery Larbaud et Jacques Rivière

 

Jacques Rivière en 1922 Jacques Rivière, en 1922
D.R. Coll. particulière
(Éditions Claire Paulhan)

Valery Larbaud & Jacques Rivière
Correspondance 1912-1924
Éditions Claire Paulhan

Jacques Rivière à Valery Larbaud
p. 76

LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Paris, le 10 juillet 1913

Cher ami,

[...]
Ce qu’il y a de curieux dans la façon dont vous réagissez au contact de mon article, c’est que justement, dans toute cette dernière partie, j’ai pensé à vous et à la nouveauté que représente Barnabooth au milieu de la littérature française. J’avais l’intention, que je vous ai un peu trop annoncée, de vous écrire une longue lettre sur Barnabooth. Mais justement ces derniers temps, je me disais qu’elle était inutile et que la fin de mon article vous dirait assez ce que j’admire dans votre œuvre. D’ailleurs elle reste inutile, cette lettre. Tout ce que j’ai dit sur le roman psychologique d’aventure, sur la description de la formation des sentiments, et de ce tâtonnement de la vie intérieure, c’est vous qui me l’avez étroitement dicté. Et aussi ce que j’ai dit sur le personnage distinct de l’auteur. Car n’écoutez pas ceux qui vous accuseront d’avoir fait de l’autobiographie. Non, vous avez créé un personnage (et même plusieurs), vous l’avez soulevé, vous l’avez mis hors. Et il existe maintenant. On peut le rencontrer sans que vous soyez là. Il a d’autres vêtements que les vôtres, une autre voix que vous, d’autres manies. Vous avez fait naïvement œuvre de romancier. Et vous êtes de beaucoup celui que nous attendons le plus comme romancier. N’allez donc pas vous méconnaître !
[...]
Croyez, cher ami, à ma bonne amitié

J. Rivière


Valery Larbaud à Jacques Rivière
p. 178

Bordighera, mercredi 8 février [1922]

Mon cher ami,
Désagréable surprise, la remise de mon article sur Joyce au n° d’avril ! Car le livre, le texte anglais, a paru le 2 février à Paris. Enfin, puisqu’il n’y a pas moyen de faire autrement... Je vous rappelle votre promesse : une bande (de couleur verte si possible !) avec en grosses lettres (style Goncourt : "avec en" JAMES JOYCE, (conférence*) par M. V. Larbaud (en petit caractères : modestie.)
Vous m’enverrez les épreuves, n’est-ce pas, assez tôt pour que les retards de la poste ne nous gênent pas. J’aurai probablement changé d’adresse ; mais vous saurez où les envoyer.
Envoyez-en aussi un jeu à Joyce : "chez Miss Sylvia Beach, 12 rue de l’Odéon (6e)". Il tient à les voir parce qu’il croit que je je me suis trompé en ce qui concerne un détail biographique. Je ne crois pas, car j’ai revu mon texte avant de le faire dactylographier, et j’ai rectifié l’erreur. Mais enfin, s’il (Joyce) corrige quelque chose sur son jeu d’épreuves (qu’il vous renverra directement) il faudra amalgamer sa ou ses corrections avec les miennes.
Vous aurez ma nouvelle adresse dès que je la saurai, et ça ne tardera guère.
J’ai aimé votre note sur Dosto[ïevski] dans la revue. Votre roman est-il fini ? je l’attends avec impatience.
Faites mes amitiés à Jean paulhan. Je ne sais pas si j’irai à Rome ; en tout cas ce sera dans le plus strict incognito, et les gens de La Ronda seront bien malins s’ils me dénichent. J’ai un grand besoin d’isolement, mais dans une grande ville ; vous comprenez. Oh, tâchez de donner une réponse rapide au poète ultrapessimiste !
Au revoir, mon cher ami ; je vous serre bien affectueusement la main.

*facultatif.

V. Larbaud

Excusez l’encre rouge ; c’est l’encre de la correction des épreuves.


Valery Larbaud
Notes pour servir à ma Biographie . Éditions Claire Paulhan

(p.41 - 42)

Question : "J’aimerais connaître en détail une de vos journées de travail" -

Essai de réponse. -
"Vivre pour travailler" (Amants, heureux amants...).- Travail également plaisir, cela ne s’organise pas. Minimum de méthode. Pas d’heures régulières, sauf celles qu’imposent les repas, quelques devoirs sociaux réduits au minimum, les heures d’ouverture et de fermeture des bibliothèques -
Pour les ouvrages d’imagination le travail est constant, presque sans interruption, soigneusement entouré de paresse (apparente). Il se poursuit à travers toutes les circonstances et les incidents de la vie quotidienne, même à travers les conversations et un travail plus "matériel", tel que recherches ou traduction. Il écrême le loisir, profite de la musique entendue, d’un tableau remémoré, d’une lecture qui n’a rien à voir avec lui, avec son sujet, ni avec les recherches en train. Il "règne sur la vie", comme le désir, comme l’amour, comme un projet dont la réalisation nous donnerait une grande satisfaction, nous enrichirait matériellement, ou nous procurerait de grands avantages. Mais comme il est désintéressé, c’est, en somme, à l’amour qu’il ressemble le plus. Il donne le plaisir de se sentir créer, créateur. Ou encore : de découvrir une vérité. On n’épargne aucune peine ; on ne s’arrête que lorsque cette vérité est atteinte et soumise, en notre possession.

Avec l’aimable autorisation de publication de Claire Paulhan

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite