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Albert Camus : portrait.
Par Corinne Amar

 

Camus, coffret Pléiade Je suis né pauvre et sans religion, sous un ciel heureux, dans une nature avec laquelle on sent un accord, non une hostilité. Je n’ai donc pas commencé par le déchirement, mais par la plénitude. Albert Camus, 1948.

Sans doute, ces mots, pourraient-ils introduire, sinon résumer, ce que fut la pensée et l’oeuvre de Camus, sa façon de comprendre la vie, le sens de son combat, laissent-ils entendre une émotion plus intime, au-delà de l’absurde et de la révolte, font-ils percevoir l’aventure de cette vie pleine d’une exigence intellectuelle et d’une volonté créatrice. Il fut journaliste, dramaturge, acteur, philosophe, romancier, né pauvre et sans racines, imprégné d’une jeunesse "à mi-distance de la misère et du soleil", vécut le tragique comme indissociable de l’aspiration à un bonheur qu’il savait d’emblée précaire - Meursault, L’étranger, détruit un jour, d’un coup de feu, l’équilibre d’une belle matinée d’été : "Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur" - mourra, à 46 ans, le 4 janvier 1960, dans un accident de voiture, non sans avoir reçu le prix Nobel, deux ans plus tôt.
Albert Camus naît à Mondovie, en Algérie en 1913, à la veille de la Grande Guerre, au cours de laquelle meurt son père, Lucien, ouvrier agricole. "Il était mort au champ d’honneur comme on dit", écrira Camus - orphelin d’un père qu’il ne connaîtra que par de rares évocations maternelles - dans ce premier livre L’Envers et l’Endroit (1937), où il témoigne de son enfance et livre déjà quelques clés essentielles de son univers. Sa mère, d’origine espagnole, quasiment illettrée, s’installe alors dans un des quartiers pauvres d’Alger, Belcourt, chez sa propre mère, et fait des ménages pour les élever, son frère aîné et lui. Dès son enfance, il fait l’apprentissage de la pauvreté. S’il en souffre, il ne s’en plaint pas. "C’est dans cette vie de pauvreté, parmi des gens humbles et vaniteux que j’ai le plus sûrement touché à ce qui me paraît le sens vrai de la vie" (Carnets 1, mai 1935). De cette période encore, les Carnets (il y note ses projets, des brouillons, des phrases recopiées au cours de lectures, le secret ressort qui le pousse à écrire, tout un matériel que l’on retrouve dans ses livres, les plans d’ensemble pour son oeuvre), nous diront surtout ce "grand élan d’amour pour cette mère qui se taisait toujours", "l’admirable silence d’une mère, la quête d’un homme pour retrouver un amour qui ressemble à ce silence" (notes pour une préface de la réédition de L’Envers et l’Endroit).
Etudes de philosophie à la faculté d’Alger. En 1930, les premières atteintes de la tuberculose brisent en lui une carrière envisagée de footballeur, tout autant qu’elles entraveront son projet de devenir enseignant. Maladie qui restera toujours menaçante et finit par être une manière d’être et de penser : la sensation de la mort lui est désormais familière.
Il se marie en 1934, divorce en 1935, se remariera, adhère au parti communiste, fonde une troupe de théâtre avec des amis, Le théâtre du travail, joue et adapte de nombreuses pièces. "L’oeuvre est un aveu, il me faut témoigner". Toute son oeuvre se voudra témoignage sur la condition humaine, sur et en faveur de l’homme, sans que l’artiste cesse pour autant d’être le témoin exemplaire de son temps.
En 1938, il devient journaliste à Alger-Républicain, où il est chargé de rendre compte des procès politiques algériens. La situation internationale se tend, il part pour Paris, est engagé à Paris-Soir, écrit des articles pour Combat, qui deviendra un journal à la libération et dont il sera, de 1944 à 1947, le rédacteur en chef. Lorsqu’en 1942, paraissent simultanément aux éditions Gallimard un roman, L’Étranger, et un essai, Le Mythe de Sisyphe, leur auteur, n’est en rien connu. Voilà deux ans seulement qu’il a quitté l’Algérie, sa terre natale. Et même si après L’Envers et l’endroit, il a publié un essai, Noces (1939), c’est L’Étranger et sa description de la condition humaine, qui lui vaudra la notoriété.
En 1945, c’est la création de Caligula. A l’intérieur de ce cycle de l’absurde, la pièce traite plus spécialement de la liberté. La mort de sa soeur et amante Drusilla fait découvrir au jeune empereur Caligula que "les hommes meurent et ne sont pas heureux". Et parce qu’il est obsédé d’impossible, il se livre à une liberté sans frein, qui le mène à sa propre destruction. "On ne peut être libre contre les autres hommes", dira Camus de Caligula. Deux ans plus tard, La Peste, fable où l’épidémie figure l’occupation allemande, impose Camus comme un romancier à succès. S’il est, chez Camus, un autre sentiment que celui de l’absurde, comme une nécessité, c’est la révolte, "la révolte instinctive". Celle qui donne sa dignité à l’homme, légitime la création artistique, lui fait écrire L’Homme révolté (1951), Les Justes (1950), La Chute (1956), L’Exil et le Royaume (1957), recueil de six nouvelles contemporaines de La Chute (qui, avant de devenir un long récit, en faisait partie)... et traverser douloureusement la guerre d’Algérie et les bassesses des amis de gauche. La gloire du prix Nobel (16 octobre 1957) ne parviendra pas à l’apaiser. "Nobel. Etrange sentiment d’accablement et de mélancolie. A vingt ans, pauvre et nu, j’ai connu la vraie gloire", écrit-il dans ses Carnets. "Mon oeuvre est devant moi...", disait-il, alors qu’il entreprend un roman autobiographique, Le Premier Homme qui, partant à la recherche du père, devait revenir à ses sources, au "monde de pauvreté et de lumière", d’innocence aussi, de l’enfance. Dans l’automobile de la mort, sa sacoche contenait le manuscrit inachevé du Premier Homme. Il sera publié en 1994, trente-quatre ans après sa mort. "Sa mort accidentelle lui donnera tragiquement une éternité trop vite acquise" (Pierre-Louis Rey, Camus, L’homme révolté, Découvertes Gallimard)

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