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Jacques Schlanger : Á propos de "Apologie de mon âme basse"
Par Corinne Amar

 

Apologie de mon ame basse, J Je veux [donc] célébrer mon âme basse, l’organicité de mon corps, je veux faire l’éloge de mes activités physiologiques, sensorielles et motrices. Je suis celui qui pense, qui décide, qui désire, qui craint, qui aime ; mais je suis aussi celui qui respire, qui mange, qui voit, qui marche. Je suis celui qui exprime ma passion par mes gestes, je suis tout cela à la fois et je ne me connais pas de coupure en moi. (Jacques Schlanger, Apologie de mon âme basse, Éditions Métailié, p.24)

C’est un homme heureux que Jacques Schlanger. Heureux, qui sait vivre et n’a pas peur de mourir, penseur et homme de bien, qui aime et accueille avec joie tous les événements qui viennent à sa rencontre, qui peut parler avec simplicité de ce que d’ordinaire on passe sous silence, se traite avec douceur et peut jouir loyalement de son être. Avec Nouvelle solitude, et publiant un quatorzième ouvrage, Jacques Schlanger évoque, avec franchise et fluidité, en dix courts chapitres, le bonheur de la solitude apprivoisée, le contentement de savoir se retrouver seul avec soi et rêver, s’occuper de soi avec soi, sans craindre de s’ennuyer, sans avoir peur de soi. Petite musique méditative, en opus de 105 pages ; Jacques Schlanger est un musicien, un penseur, qui pense comme on court et observe son monde de l’intimité de sa chambre, se souvient qu’il est mortel, envisage tranquillement la mort et regarde sa vie qui vaut la peine d’être vécue. Le court essai lui sied, la petite musique méditative aussi. Il publiait, il y a trois ans, aux mêmes éditions Métailié, et de manière aussi personnelle et intime, Apologie de mon âme basse. Le titre a de quoi surprendre, qui peut paraître ambigu.
L’auteur s’intéresse ici à ce qu’il appelle son "âme basse", celle avec laquelle il respire, mange, regarde, marche, désire, touche, fait, par opposition à "l’âme haute", objet privilégié de l’attention des philosophes, celle avec laquelle il pense, mais aussi il sait, il croit, il discute, il juge... Faire l’apologie de son âme basse, nous dira -t-il, "c’est se reconnaître et se plaire dans son corps", c’est prendre conscience que celui-ci se meut, l’aimer pour ce qu’il est et ce qu’il offre, et lui rendre, en somme, hommage. Jacques Schlanger honore donc le corps, son corps, et nous invite à entendre le nôtre.
"Quant à moi, j’aime manger et boire, j’aime bien manger et bien boire. Bien sûr, je ne mange pas et je ne bois pas n’importe quoi, j’évite de me gaver, je suis plutôt attentif à ma diète. Il n’en reste pas moins que je savoure avec plaisir les nourritures que j’aime, j’en apprécie les goûts, les odeurs, la présentation, je les recherche ; et surtout je n’ai pas honte d’en faire état. Mon acceptation de ces plaisirs fait de moi un hédoniste à visage ouvert, un hédoniste léger déclaré".
Conversation fraternelle avec soi, en cela proche de la sagesse antique, d’un Epicure, d’un Marc-Aurèle, d’un Montaigne, où l’auteur nous parle de la notion d’"organicité" et de plaisir, et de la reconnaissance de ce plaisir. C’est donc que si nous sommes sensibles à notre corps, à tous les sens dont nous disposons, à tout ce qui semble aller de soi, quand tout va bien, et pas seulement à l’inverse, quand ces sens nous font faux bond, nous sommes dans la vie. Alors, il ne dépend que de nous de la puiser en nous-mêmes et avoir ainsi un autre regard sur le réel. "Mon corps, nous dit l’auteur, n’est pas seulement un instrument externe dont je dispose, il est, tout comme mon esprit, un aspect substantiel de moi-même ; il est moi, entièrement moi, tout à fait moi".
La réflexion de notre auteur se prolonge d’un deuxième essai - une cinquantaine de pages - intitulé "Éloge de ma mort", où il aborde, avec une certaine légèreté, une tranquillité certaine, cette grande question de la fin, "faire l’éloge de sa mort, c’est ne pas oublier qu’elle est inéluctable, et apprendre à "bien vivre" avec elle", apprivoise la mort, envisage la souffrance, la maladie, la vieillesse, maîtrise la peur et la frayeur - pour laisser jaillir le Soi -, et défend la dignité. "Mais si possible mourir dans longtemps, mourir en bonne santé, mourir tard après avoir bien vécu".
Apologie de mon âme basse, ou l’exaltation de la conscience de l’existence et de la conscience de la liberté.

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