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Diary, du film au DVD. Histoire d’une édition.Par Pip Chodorov

 

Coffret DVD David Perlov David Perlov (1930-2003)
Diary

Sous la direction de Mira Perlov et Pip Chodorov
1ère édition, juillet 2006, 69 €
Re-Voir Video
Pour commander le coffret : http://www.re-voir.com/

Sommaire du livret qui accompagne les DVD :

  • Poème de Nathan Zach
  • David Perlov : la passion du quotidien, par Ariel Schweitzer
  • L’oeil de Perlov, par Uri Klein
  • Un entretien avec David Perlov, par Irma Klein et Uri Klein
  • Quatre ans après, interview entre David Perlov et Uri Klein
  • Le journal de David Perlov, par Talya Halkin
  • Perlov, Mekas, Morder, Lehman et les autres : à la recherche d’imprédictibles frémissements du quotidien, par Dominique Bluher
  • À propos du bonus My stills 1952/2002
  • Angelitos Negros, paroles

Pip Chodorov, cinéaste New-Yorkais à Paris, est aussi éditeur et distributeur. Les éditions Re :Voir, qu’il a fondées en 1994, ont pour vocation d’éditer en vidéo des films expérimentaux, d’artistes et d’avant-garde. La collection, aujourd’hui riche de plus de soixante titres, propose aussi bien des classiques de l’avant-garde (cinéma underground américain : Maya Deren, Jonas Mekas ou Stan Brakhage, cinéma abstrait européen : Hans Richter ou Fischinger...) que des films d’artistes contemporains ayant choisi le cinéma comme lieu d’expression (Martin Arnold, Stéphane Marti...).

Affiche de Diary Je pense avoir vu Diary pour la première fois à Digitale 98 à Köln, lors d’une présentation par la vidéaste israélienne Irit Batsry. Je ne me souviens pas très bien de l’événement, mais les images de Perlov m’ont marqué : sa rencontre avec Klaus Kinski, sa voix singulière, sa pellicule 16 mm pétillante. Le style était léger, facile, aéré, et pourtant profond, personnel et émouvant. Plus tard, c’est Boris Lehman qui m’a beaucoup parlé de Perlov, de sa force et de sa grandeur.

En tant que distributeur et défenseur du cinéma expérimental et d’avant-garde, je m’efforce de découvrir beaucoup de films. J’étais ravi d’avoir vu Diary de Perlov, mais c’était impossible de trouver des copies. J’avais compris que Perlov était tombé sur les écrits de Jonas Mekas à propos du cinéma libre et du journal filmé, sans pour autant avoir vu ses films. Le désespoir ressenti par Perlov face à l’industrie cinématographique israélienne l’a sans doute poussé à adopter l’approche de Mekas.

Le "journal filmé" est une manière de faire des films quand on manque de temps ou d’idées. Je ne connaissais pas ce terme avant de devenir distributeur, et pourtant, j’avais utilisé ce moyen d’expression. Déjà, à l’âge de huit ans, je filmais n’importe quoi en 8 mm autour de la maison, et aujourd’hui, je peux parler avec fierté du journal filmé de mon enfance. Comme quoi, il est difficile de définir la frontière nette entre le journal filmé et le "n’importe quoi". Le journal filmé remonte aux débuts du cinéma, aux frères Lumière. Mon catalogue d’édition de cinéma expérimental est riche en journaux filmés, car cette pratique est très prisée par des artistes-cinéastes qui n’ont pas de comptes à rendre à l’industrie.

Quelques mois seulement après la mort de Perlov en décembre 2003, le critique, professeur et historien du cinéma israélien Ariel Schweitzer, que j’avais connu dans les cours de Christian Metz quinze ans auparavant, m’a présenté Yael Perlov, en visite de Tel Aviv à Paris. Elle m’a demandé ce qu’il fallait faire avec les films de son père, et m’a prié de l’aider. Je l’ai encouragée, sans pour autant m’engager car en règle générale, j’ai beaucoup trop de projets en même temps. Je voulais bien l’aider, mais je ne pouvais pas m’investir réellement sans un délai d’au moins trois ans. Cependant, il faut toujours soutenir les cinéastes et leur famille, et toujours avancer. Alors, d’une manière désinvolte, j’ai d’abord suggéré qu’elle vérifie l’état des négatifs et qu’elle en tire des copies neuves. J’ai ajouté qu’elle devrait créer un site web pour promouvoir et faire connaître l’oeuvre et l’héritage de son père. J’ai proposé de montrer deux chapitres lors des séances régulières de l’association Collectif Jeune Cinéma, et je l’ai poussé à prospecter une grosse institution comme le Centre Georges Pompidou pour organiser une rétrospective complète. Une fois que toutes ces suggestions seraient réalisées, et je me disais en mon for intérieur que ça lui prendrait au moins cinq ans, je me suis avancé en proposant de faire ensuite une sortie en vidéo. Mais je connaissais mal l’esprit Perlov. Yael a tout noté, et à mon grand étonnement et désespoir, elle commençait à accomplir toutes les tâches que je lui avais données, à la vitesse de la lumière.

En six mois, un site internet, http://www.davidperlov.com/ était en ligne ; le Centre Pompidou, prêt à tirer des copies neuves et à présenter une rétrospective (les séances qui ont eu lieu de fin octobre à début novembre 2005 ont attiré beaucoup de monde) ; quant à l’édition vidéo, je redoutais qu’on l’entreprenne plus tôt que prévu... Et effectivement, Mira Perlov, m’a demandé de venir tout de suite à Tel Aviv pour travailler sur le livret que j’avais malheureusement proposé d’éditer. Elle ne voulait plus attendre ! Paniqué, je ne cessais d’augmenter le projet - six disques, un coffret avec un livret de 90 pages en trois langues, les sous-titres en six langues - afin de gagner un peu de temps sur l’affaire, mais finalement tout retombait sur moi. Ainsi, les chapitres du livret, les traductions, les sous-titres arrivaient les uns plus vite que les autres. Puis, le bruit a couru que le film allait sortir en DVD. Du coup, on l’a programmé dans plusieurs festivals pendant l’été. La presse commence à en parler ; la sortie du coffret est annoncée partout. Les journalistes me demandent des vidéos de visionnement ; je prétends qu’il n’y en a plus ! J’ai beau essayé de garder secret ce magnifique film, en vain. Victime de mes propres machinations, je me suis mis finalement au travail, et voilà : tout sera prêt, avec un peu de retard, dans quelques semaines.

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