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Tante Chinoise et les autres de David Perlov (1957). Par Nathalie Jungerman

 

dessin 1 de Margueritte Bonnevay Dessin de Marguerite Bonnevay, 1892.
© Bonnevay-Jungerman

Tante Chinoise et les autres est le premier film de David Perlov.
C’est un court-métrage de 17 minutes, en couleur, réalisé en 1957, à partir d’une série de dessins que Marguerite Bonnevay a faits en 1892. Elle était alors âgée de 12 ans. Chaque dessin qui mêle l’encre, le crayon et la gouache, contient des commentaires qu’elle a écrits avec un regard amusé, caustique, se moquant de la bourgeoisie de Gonfaron, petit village du Var, où elle avait passé ses vacances. Morte très jeune, en 1902, Marguerite Bonnevay était la sœur de mon grand-père maternel. Ses dessins, exceptionnels, tant par leur facture que par leur humour, leur sarcasme, avaient été conservés par ma mère Marguerite Bonnevay-Jungerman, chez qui David habitait dans les années 50 après avoir quitté le Brésil, et avec qui il étudiait la peinture et la lithographie aux Beaux-Arts, à Paris. Un jour, ma mère a montré les dessins de sa tante à David qui a décidé d’en faire un film.
Tante Chinoise et les autres est tourné en 16 mm avec la caméra Kodak des années 20 de mon grand-père. Il a fallu trouver de l’argent pour le film. Abrasza Zehms, ami de David Perlov et de ma famille, ethnologue ou plus précisément, ethnographe, qui avait étudié les formes visuelles de communication des Indiens, connaissait le monde de l’art, et il était l’ami de nombreuses personnalités.
Abrasza a lancé une souscription pour le film. Plus de 70 personnes, des intellectuels, peintres, poètes, comédiens, qui, pour certains étaient des survivants de la Seconde Guerre Mondiale, ont versé de l’argent, tous impressionnés par les dessins de Marguerite Bonnevay.
On peut lire, sur le document, les autographes du poète Czeslaw Milosz, de Jeanne Moreau, des peintres Viera Da Silva, Arpad Szenes, Magnelli, Calder, Maryan, de Mme Picabia, de Claude Olivenstein, de Jacques Prévert qui a écrit le prologue du film.
Grâce à Mme Picabia, Abrasza a rencontré Germaine Tailleferre et l’a présentée à David. Germaine Tailleferre (1892-1983) était compositeur, membre du Groupe des Six avec Georges Auric, Darius Milhaud, Francis Poulenc, Arthur Honegger et Louis Durey. Le Groupe reconnaissait Érik Satie comme leur père et Jean Cocteau comme porte-parole. Germaine Tailleferre a accepté de composer la musique du film Tante Chinoise et les autres. Elle a choisi 5 musiciens dont le flûtiste Jean-Pierre Rampal. Le chef d’orchestre était Georges Tzipine.
Germaine Tailleferre a demandé à David la durée exacte de chaque séquence du film. Elle a composé la musique très précisément en fonction du temps imparti. David a monté le film avec une petite machine rudimentaire, appelée "coupeuse". Il a choisi de créer une légère désynchronisation dans la scène du bal, afin que les pas de danse ne soient pas en parfait accord avec le rythme musical, cassant un peu la symétrie au profit de la mélodie.
Le British Film Institute a investi de l’argent pour finir le film.
La première projection de Tante Chinoise et les autres a été donnée à Londres, au British Film Institute, le 31 décembre 1957.
Dans cette version originale, les commentaires étaient dits par le Directeur de l’Institut. Le film a été applaudi, m’a rapporté Mira Perlov.
Dans la version française, projetée au Centre Pompidou à l’automne 2005, les commentaires sont dits par l’acteur et réalisateur Jacques Brunius qui avait notamment joué dans Partie de Campagne de Jean Renoir.
Tante Chinoise et les autres n’est pas un film d’animation, mais un court-métrage qui met en scène, grâce à un subtil travail de montage, les dessins originaux d’une petite fille née en 1880. Elle avait énormément d’humour, d’intelligence et un regard critique extraordinaire, pour son âge et pour l’époque.
David, en filmant ces dessins, en a révélé toute la charge poétique.

(Texte de présentation du film, lors de sa projection dans le cadre de la rétrospective "David Perlov, un cinéaste né au Brésil" au Centre Georges Pompidou en octobre et novembre 2005)

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