Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

> Edition du 7 février 2007
Accueil > Correspondance > Edito > Edito du 15 novembre 2000

Edito du 15 novembre 2000

La correspondance et le secret

Dans Lettre mystérieuse (1), l’écrivain hongrois Frigyes Karinthy (1887-1938) nous raconte une histoire aussi étrange qu’inquiétante : le héros ramasse le billet qu’une dame lui a adressé mais il est incapable de lire celui-ci, écrit en un argot "authentiquement parisien". Il en demande la traduction au patron de son hôtel, puis à un ami, enfin à son père. Il est à chaque fois prié de déguerpir, sans la moindre explication. Le lecteur n’en saura pas plus, et la nouvelle tire sa force de ce mystère, mais le sens de l’apologue est clair : le secret d’une correspondance privée ne doit pas être transgressé. Lui seul donne sa valeur au message, et seule cette intimité primordiale peut conférer quelque prix aux correspondances qui se voient par la suite éditées.

Le courrier électronique a-t-il droit lui aussi au secret ? Techniquement celui-ci est facile à percer, mais c’est aussi vrai de la lettre : ce qui maintient le mieux le secret de la correspondance classique, c’est avant tout que personne ne le remet en cause. Il devra en être de même pour le courriel, si du moins l’on ne veut pas qu’il devienne une communication au rabais.

1. Frigyes Karinthy, Je dénonce l’humanité. Éditions Viviane Hamy, 1996, 99 F (traduction Judith et Pierre Karinthy).

Sylvain Jouty