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Concours de correspondance - Ouessant août 2006

 

Concours de correspondance Ouessant Voici retranscrites, les 4 lettres lauréates (1ers prix adulte/jeune et 2è prix adulte/jeune) du concours de correspondance organisé par la Poste et sa Fondation à l’occasion de la 8ème édition du Salon international du Livre insulaire de Ouessant.

1er prix adulte

Angéla FORTIN
PLOUZANE
18 ans

Cher Alphonse,

C’est du balcon de veille du phare du Stiff que je t’écris... voilà une semaine que j’ai débarqué à Ouessant et je n’ai toujours pas rencontré la patrouille qui devait me mener sur le lieu de "l’incident".
J’ai donc profité de l’occasion pour relire le rapport de police : il fait état "d’une dizaine de disparitions de touristes". A travers les rares témoignages recueillis, on note la même version tout à fait fantaisiste, à croire que les habitants de l’île cherchent à brouiller les pistes... Selon eux ; quelques heures avant le "drame", les victimes se comportaient d’une manière étrange : elles se roulaient dans l’herbe. Cela n’a pas affolé plus que ça les îliens ; le comportement de certaines bandes de vacanciers ne les étonnait plus depuis bien longtemps.
Je décidai de poursuivre l’enquête tout seul puisque tous semblaient s’être accordés pour étouffer l’affaire.
Je partis dans la soirée en direction du bourg de Lampaul, la nuit tombait, mais l’horizon restait clair. Je fis une halte au café du centre dans le but d’obtenir quelques informations. Bien que les vitres soient embuées par la chaleur humaine, personne ne daigna me répondre, tous étaient muets comme des moutons...euh... comme des carpes. Cependant, je réussis à échanger deux ou trois mots avec la patronne qui ne m’apportèrent pas d’éclaircissement. Elle me parla surtout des conséquences des disparitions pour l’économie ouessantine : "baisse de la fréquentation touristique", "augmentation du cheptel" ! Je ne voyais pas trop le lien entre les disparitions et l’augmentation du nombre de bêtes... "Je quittai le café et m’aventurai sur la lande. Il faisait nuit et seuls les rayons des phares éclairaient par intermittence ma route. J’étais balancé par le vent qui soufflait sans interruption, comme du linge qui sèche sur un fil. Soudain, je fis une curieuse rencontre : un vieil homme était assis sur un muret de pierre. Je le questionnai à propos des évènements récents et il me rétorqua : "J’avais 10 moutons, maintenant j’en possède une vingtaine ! Allez expliquer ça à la police, ils nous prennent tous pour des cinglés !" Il insista pour me faire voir son troupeau dans le champ en contrebas. Dans la pénombre, je ne voyais pas grand-chose, et soudain, je fus pris d’une irrésistible envie de brouter l’herbe...et quel festin ! L’homme paraissait trouver ce spectacle amusant et moi j’étais incapable de me relever...Au moment où je lui demandais de m’aider, il sortit lentement de sa poche un filet de pèche et s’avança brusquement vers moi... Je pris mes pattes à mon cou et sans regarder en arrière je me réfugiai tout en haut du phare le plus proche.
Suite à cette histoire je ne veux plus remettre un sabot dehors. Je te supplie de venir au plus vite, j’ai besoin de ton aide pour retourner le plus tôt possible...galoper dans la lande et brouter l’herbe tendre de Ouessant.

Ton ami


1er prix jeune

Lucie Rondeau du Noyer
59 rue de Rochechouart
75009 PARIS
12 ans

C’est du balcon de veille du phare de Stiff que je t’écris.
J’aime cet endroit.
On sent la mer. Les vagues.
Tous mes souvenirs sont là. Les tiens aussi, avant que tu ne partes sans rien nous dire.
Dommage.
De toi, je n’ai presque plus de souvenirs.
Juste celui d’une présence.
Je pense.
Je pense qu’aujourd’hui si je t’écris, c’est que je suis triste.
De ne plus te connaître.
D’être presque seule.
Je ne sais pas où envoyer ma lettre.
Je ne sais pas où tu es.
Peut-être que cette lettre va finir dans la corbeille derrière moi...
Peut-être que le facteur va me dire que tu habites à cinq kilomètres d’ici.
Ou à cinq milliards d’années-lumière.
Un bateau passe sous le balcon. Tu es peut-être dessus. Tu peux être partout...

Le mieux à faire, c’est sans doute de garder l’enveloppe blanche devant moi dans une de mes poches et d’attendre de te croiser.

Ta soeur.

Ouessant, le 9 aôut


2ème prix adulte

Dominique Gleizal-Norgeot (Mme)
Promenade du Garon
29890 Brignogan Plages

C’est du balcon de veille du phare du Stiff que je t’écris, car il m’a semblé que gravir ses 123 marches serait un bon exercice pour nos cœurs.

Alors, toutes les 20 secondes, au rythme des éclats rouges des lanternes, j’ai pris des résolutions que je t’offrirai demain, lues et approuvées, quand ton bateau touchera terre.

A la première marche, et guettant le premier feu, je te promets de mieux défendre contre les moutons noirs le bouquet de genêts que je cueille tous les ans pour ton anniversaire. J’ai repéré le plus glouton d’entre eux, non loin du moulin de Karaes. Mais sa gourmandise, qui m’a fait rentrer bredouille et penaud et m’a laissé les mains vides, m’a permis de soulever tes cheveux et de t’embrasser dans le cou, autant de fois que tu avais d’années.

Je compte jusqu’à vingt, jusqu’au nouvel éclat. Je te promets en vrac quelques progrès de la vie quotidienne, moins dérisoires qu’il n’y paraît, comme ranger tous les journaux qui traînent à côté du lit, secouer le sable de mes chaussures avant de rentrer -à l’heure- à la maison, remplir de croquettes la gamelle du chat, et te prêter une oreille attentive quand tu auras besoin de défouler sur moi tes soucis du jour. Sans te faire part des miens. Moi je ne te dirai que les bonnes nouvelles : les premiers pas de Morgane, les agapanthes en fleur ou les résultats en maths de notre amour commun dont nous sommes si fiers.

Pour le chat, je redescends d’une marche : halte aux méprises ! Je n’ai pas promis de dormir avec ton chat qui ronfle et laisse des poils noirs sur nos deux oreillers. Il ne ronfle pas, il ronronne ? Cela dépend des nuits...A propos de la nuit, ne nous endormons plus sans nous réconcilier, car même si -dit-on-la nuit porte conseil, notre sommeil serait troublé par nos broutilles.

A l’éclat suivant, et prenant un peu de hauteur, je te fais la promesse d’une vie moins routinière pour t’emmener vers d’autres horizons. Que dirais-tu, en mai prochain, d’une escapade sur une île lointaine : ni Molène, ni Sein, non, bien plus loin, au milieu d’une mer qui ne connaît pas les marées. En dépit de cet étrange défaut, je rêve pour nous deux d’une croisière aux Iles Eoliennes. Le Stromboli crache lui aussi des éclats rouges. Au coucher du soleil, nous décompterons les minutes entre deux éruptions et rajouterons le volcan à la liste des veilleurs en Méditerranée...

Pas mal mais peut mieux faire ! Je ne suis pas encore à bout de souffle et je gagne la centième marche d’où je te promets d’être un peu moins jaloux...ou de mieux le cacher. Désormais, je ne chercherai plus à connaître les moindres détails de ton emploi du temps et s’il manque quelques instants au récit de ta semaine de travail, j’accepterai que tu aies deux vies, celle du continent- sans doute plutôt sage- et celle que nous menons ici, cachés par le brouillard de notre bout du monde.

Quelques marches plus haut et me voici parvenu près du poste de veille, tout en haut du phare d’où le faisceau rouge vient de strier l’horizon. Il ne reste que vingt secondes au romantique que je suis pour écrire ce que, par pudeur, je ne te dis presque jamais :

Je t’aime, ma jolie, je t’aime chaque jour
Le Stiff est trop petit pour dire cette amour
Et s’il veille sur nous comme une sentinelle
J’irai d’ici un an encore plus près du ciel
Dans un phare plus haut, brillant d’autres éclats,
Emettre d’autres vœux que le vent te dira.


2ème prix jeune

Morgane Le Coz
Plouvien
15 ans

C’est du balcon de veille du phare du Stiff que je técris, face à l’océan. Le soleil se couche, flamboyant, disparaissant peu à peu derière l’horizon. C’est le moment que je préfère. Bientôt, les korrigans et autres "bugale nozh" sortiront de leur cachette pour esquisser un pas de gavotte sur la lande déserte... Au fait, tout à mes pensées nocturnes, je ne t’ai pas demandé comment tu vas. Viendras-tu faire un tour par ici ? Tu seras la bienvenue. Sur l’île, la vie s’écoule tranquillement, au rythme des marées et du passage des bateaux.

La nuit est noire et je frissonne du haut du phare. J’ai emmené avec moi une lampe tempête, bien décidée à t’écrire malgré la nuit tombante. Je fais une pause afin de descendre enfourcher mon vélo et me diriger vers la pointe de Pern. Je sais bien que c’est de l’autre côté de l’île mais là-bas, cachée derrière les rochers, je serai au chaud...

Mon vélo grince, il faut dire qu’il est bien rouillé ! J’espère que les gens qui m’entendront n’iront pas croire que c’est l’Ankou qui passe...

Avant d’aller à la pointe de Pern, j’ai fait un détour par le cercle de pierres, le cromlec’h, qui surplombe la baie du Stiff. Là, les légendes nous reviennent à l’esprit et nous font rêver un instant.

Arrivée à Lampaul, je n’avais plus le temps de prendre les chemins de traverse et j’ai donc essayé de me faire discrète. Je ne veux pas que ma mère sache que je passe la moitié de la nuit dehors !

Ca y est, j’y suis. La pointe de Pern. Je t’y emmènerai un jour. D’ici, la lumière du phare du Creac’h est aveuglante. La mer est déchaînée ce soir, je l’entends se fracasser contre les récifs...Je suis bien, là, nichée entre deux rochers. Mais je ne vais pas tarder à rentrer. Demain, si je bâille de trop, ma mère se posera quelques questions. Enfin, je pourrai toujours dire que j’ai mal dormi !

Je t’embrasse,
Morgane

PS : Dans ta dernière lettre, tu me demandais où était ma maison. C’est très facile à trouver, c’est une maison blanche à volets bleus...face à la mer !

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