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Entretien avec Jacqueline Roussel-Dupuis, Guillaume et Olivier-Marc Becker.
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

édition du 8 septembre 2006

 

Photo du festival le coeur en musiques Du 17 au 27 août, le festival "Le Coeur en Musiques" accueillait des concerts de musique classique, de jazz, des spectacles musicaux, des soirées "chanson française"... Un hommage, cette année, au romantique Robert Schumann à travers sa musique, enrichi par des lectures de sa correspondance. Jacqueline Roussel-Dupuis, Présidente du festival, Guillaume Becker, directeur artistique et altiste ainsi qu’Olivier-Marc Becker, violoncelliste, qui s’est occupé du choix des textes de Schumann, ont accepté une interview.

Vous êtes Présidente du festival " Le Coeur en Musiques " qui a lieu chaque année en Ardèche à la fin du mois d’août depuis 2003. Comment est née l’idée de ce festival de musique unique en son genre ?

Jacqueline Roussel-Dupuis : Ce festival est né de la rencontre avec les jeunes musiciens, tous issus de prestigieuses écoles de musique européennes (Conservatoire National Supérieur de Musique en France, Hocheschule en Allemagne, Conservatoire royal en Espagne, Royal Academy en Angleterre...), regroupés dans l’Ensemble Instrumental Lachrymae venu se produire en Ardèche en 2002. 22 ans de moyenne d’âge à l’époque ils étaient désireux de rencontrer un public, de travailler leur art et de faire partager la passion qui les anime.
C’est à leur demande : "faites nous revenir" qu’est né le festival.

Parlez-nous de son organisation, de l’association "Les Saisons musicales" et de l’ "Ensemble Instrumental Lachrymae" , des musiciens en résidence.

Jacqueline Roussel-Dupuis : J’ai d’abord éclaté de rire et répondu : "J’adore la musique, mais... je n’y connais rien en organisation de spectacle". Puis, une formation étant proposée par le conseil général de l’Ardèche je l’ai suivie pendant trois mois.
Les idées devenant plus claires, des bonnes volontés étant là, prêtes au bénévolat et à se lancer dans l’aventure l’association "les Saisons Musicales en Ardèche" s’est structurée pour présenter en 2003 le premier festival de jeunes talents "Le Cœur en Musiques".
Les 9 membres du CA, dont je salue l’engagement à mes côtés, travaillent toute l’année à la mise en place des spectacles.
L’objet de l’association est de "promouvoir de jeunes talents et l’art sous toutes ses formes depuis l’Ardèche méridionale, en promouvant également le patrimoine local" (lieux remarquables, sites, produits locaux etc.) L’Ensemble Instrumental Lachrymae regroupe environ 50 musiciens tous issus de grandes écoles de musique européennes et se décline du soliste à l’orchestre symphonique. Il vient 15 jours en résidence.
Les musiciens sont logés chez l’habitant, l’association s’est étoffée et compte aujourd’hui 180 membres. 80 donnent activement de leur temps et de leur personne pendant toute la durée du festival.
Les artistes ont l’entière responsabilité artistique de la manifestation en la personne de Guillaume Becker, altiste, et du bureau artistique du festival, composé de musiciens.
Pendant toute cette période ils se donnent à fond à leur art et font partager au public leur amour, ainsi que leur approche personnelle et dynamique de la musique. L’Ensemble Instrumental Lachrymae, dont le noyau reste fixe, évolue régulièrement au fur et à mesure que les interprètes partent dans leur carrière professionnelle. Cela donne aux concerts une "couleur" très appréciée par le public que leur enthousiasme, leur originalité, et leur performance séduit.

Quant à la programmation musicale ? Des oeuvres classiques ont été données mais aussi des œuvres provenant de répertoires différents...

Jacqueline Roussel-Dupuis : "Le Cœur en Musiques" comporte un "S" à Musiques.
C’est la conjonction du désir des musiciens et de leur esprit d’ouverture en concordance avec le projet associatif, qui en est la cause.
Cela permet de proposer l’éventail musical le plus vaste possible au public et occasionne de belles rencontres musicales.
L’an dernier la soirée tzigane au château de Vogüé et cette année la soirée "chanson française" hommage à Brassens à Lagorce ont été un triomphe.

Le festival se produit dans différentes communes et permet de découvrir le patrimoine régional...

Jacqueline Roussel-Dupuis : Ça aussi c’est une originalité du festival.
J’ai déjà parlé du projet associatif en ce qui concerne le patrimoine. Nous avons souhaité autour des musiciens un très large partenariat et que "l’édifice" soit fait de pierres apportées par l’ensemble des acteurs locaux. Que tous, sponsors, et public compris se sentent partenaires et bâtisseurs autour du projet.
Les élus ont répondu "présent". Amicalement au début, je les en remercie, ils sont de plus en plus demandeurs... Maires et Conseil Général. Région même.
C’est une chance pour eux aussi de participer à l’essor de ces jeunes. 33 communes nous ont reçu depuis l’origine. La devise de l’Ardèche est "Terre d’audace" et le défi beau à relever. Le sénateur de l’Ardèche présent à un concert disait : "...Amener Bartok dans un canton de 550 habitants et le jouer dans une église pleine... il faut le faire !...)

lecture de lettres, festival le coeur en musique Cette année, la 4ème édition du festival qui incluait un cycle Schumann, proposait des lectures de la correspondance du musicien... Comment ont été accueillies ces lectures de lettres ?

Jacqueline Roussel-Dupuis : Grâce à la Fondation La Poste ça a été un challenge pour les musiciens d’intégrer un autre art à la musique et l’objet d’une réflexion intéressante et... animée.
Le public, lui, a été ravi de cette initiative innovante qui contribue à créer une dynamique permanente dans les concerts, et dégage un profil spécifique au festival qui sollicite toujours la curiosité.
Le point à améliorer reste l’acoustique des églises, j’espère que nos moyens permettront que l’on s’équipe de micros plus performants. Ce sera un résultat positif supplémentaire.

Olivier-Marc Becker : Les lectures de lettres ont été très bien accueillies par le public qui non seulement a apprécié la mise en scène mais a, en plus, trouvé enrichissant cet apport de connaissances sur un compositeur dont on ne connaît surtout que la musique. L’idée est de partager avec le public un regard d’ interprète sur la musique en générale. C’ est à dire lui offrir les clés de compréhension avec lesquelles l’instrumentiste interprète une oeuvre. Ainsi sera t’il plus à même de recevoir s’il connaît (le public) la nature de ce qu’on lui donne.
Concrètement, Schumann, en plus d’ être le compositeur, est un personnage incroyable.
Incarnation du romantisme allemand, sa vie est inséparable de son oeuvre : la perte tragique de sa soeur Emilie puis celle de son père emporté par le chagrin ; la relation sulfureuse avec sa mère ; la passion pour sa femme Clara et les difficultés qu’ ils eurent à affronter pour la vivre face au père de Clara, Friedrich Wieck ; son attachement pour la littérature notamment le poète Jean Paul Richter, Byron ou Goethe ; cette lutte pour se faire reconnaître ; les artistes dont il s’ est entouré, Liszt, Brahms, Mendelssohn ; et enfin cette certitude inéluctable, acquise très jeune, qu’ il perdrait la raison, certitude dont il éprouva toute la fatalité.
Schumann n’est pas cet être torturé qu’on se plait trop à dépeindre. Il fut peut-être le plus sensible des compositeurs, un être aux émotions exacerbées dont la musique n’ était que le meilleur moyen de les exprimer. Nous avons la chance de posséder une grande correspondance et beaucoup d’ écrit. Les mettre en scène et les partager nous semblait le meilleur argument. Nous avions l’ambition peut-être un peu prétentieuse mais pour la bonne cause que les témoins de ce cycle n’écouteraient plus jamais Schumann de la même façon, car il est juste d’ aimer la musique d’un compositeur qui a tellement aimé...
Le public nous a montré combien il avait apprécié, il me semble donc que Schumann et lui seul a réussi !

Le festival "Le Coeur en Musiques" est également associé à d’autres disciplines artistiques...

Jacqueline Roussel-Dupuis : Oui, du cinéma dans le cadre des cinés concerts, sur les conseils éclairés de Nguyen Trong Binh, réalisateur et critique à la revue Positif, pour le choix du film, sont également proposés. C’est chaque fois une création puisque les musiciens composent et interprètent en "live" la musique pendant la projection.
L’année dernière 25 musiciens pour L’Aurore de Murnau... inoubliable.
Cette année un quatuor à cordes, un trio de trombone et deux percussionnistes, pour L’Eventail de Lady Windermere de Lubitsch.
Des comédiens et danseurs ont aussi été associés aux spectacles musicaux.

Quels sont les projets pour 2007 ?

Jacqueline Roussel-Dupuis : C’est à Guillaume Becker et au bureau artistique du festival qu’il convient de poser la question.
Il me semble avoir entendu parler de Gershwin... mais rien n’est encore définitif, le programme sort mi-octobre et ils bouillonnent d’idées. Encore de magnifiques rencontres et découvertes.

Guillaume Becker : Je me suis promis de ne rien confier du contenu artistique du festival qui évoluera jusqu’au 15 octobre (rendez-vous alors sur le site coeurenmusiques.fr). Pour l’heure je réfléchis, j’écoute, je me renseigne et attends la première réunion du bureau artistique prévue en fin de mois. Alors nous parlerons ensemble des différents projets.

Quelques mots sur la direction artistique d’un tel festival ?

Guillaume Becker : Imaginer un tel projet est tout à fait incroyable et le réaliser depuis quatre années tient de la magie ! ! Les résidences de L’Ensemble Instrumental Lachrymae et cette année, du compositeur Leticia Cuen, des trio Consuello et Aramis, du quatuor Voce et de l’Ensemble Ad Novem, se caractérisent par l’envie commune de respecter un pari, celui de considérer "Le Coeur en Musiques" comme un laboratoire dans lequel nous sommes libre de tout projet artistique.
C’est cette liberté et les rencontres humaines qu’elle occasionne qui nous motive et nous pousse à toujours aller de l’avant. Aujourd’hui les artistes se produisent à la recette en sachant bien que celle-ci couvrira avec peine les frais de fonctionnement mais les choses évoluent et grâce au travail colossal des "Saisons Musicales en Ardèche" et de l’association de promotion artistique Innov’arts, les collectivités locales, le conseil général, la région, des sponsors commencent concrètement à s’intéresser à ce beau projet. Alors au boulot !

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