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Extraits choisis - Robert Schumann

édition du 8 septembre 2006

 

Lecture de lettres
© Les Saisons musicales en Ardèche

Schumann, Les voix intérieures Mes plus anciens souvenirs musicaux

Improvisation libre plusieurs heures par jour.
Heureuses circonstances pour ma formation extra-musicale. Amour de la liberté, de la nature. Plaisir de voyager. Désir vague à l’arrière-plan.
Possibilités pour écrire des vers.
Langue allemande. Lectures. Les classiques allemands. Mémoire.
Au plus haut point dans l’improvisation libre.
Ardeur enflammée de mes discours :
Manque complet de direction tangible.
Désir morbide de musique et de piano après être resté longtemps sans jouer.
Enthousiasme pour Jean-Paul.
Conception de la musique surtout dans le sens de Jean-Paul : en tant que consolatrice bienfaisante aux heures de solitude.
Mozart, Haydn, Beethoven.
Manque total d’entendre de la musique et spécialement manque de théorie, de technique.
Opéra de Mozart.
La musique italienne ne trouvait aucune grâce (à mes yeux).
Forte impression en 1827 : l’accueil fait aux jeunes par les aînés.

Robert Schumann (Leipzig, 1828)


Robert Schumann à Gilbert Rosen

Leipzig 1828

Ah ! qu’il était heureux le temps où nous vivions ensemble ! Avec notre séparation, ont commencé mes grandeurs, autrement dit ma vie d’étudiant. Mais je n’ai trouvé ni roses dans la vie ni Rosen parmi les hommes ; Souvent, je me plonge dans Jean-Paul, ou je cours au piano, deux occupations que ne peuvent admettre nos patriotes allemands. Les rêveurs dont l’esprit plane toujours dans les airs, se comportent à l’égard des "culs de plomb"exactement comme des abeilles. Quand celles-ci volent elles ne font de mal à personne, mais qu’elles se posent sur une fleur, si on veut les toucher, elles piquent ! Je sors peu et suis affligé des petitesses de ce monde égoïste. Hélas ! que serait le monde sans l’homme ? Un immense cimetière, -le sommeil des morts sans rêves- une nature sans fleurs et sans printemps, une lanterne magique sans lumière, et pourtant ce monde, avec l’homme, qu’est-t-il ? un épouvantable cimetière de rêves engloutis, un jardin planté de cyprès et de saules pleureurs, - une lanterne magique avec des figures éplorées... .oui, mon dieu, ce monde, voilà bien ce qu’il est !...
Quand nous reverrons-nous ? Seul les dieux le savent sans doute, mais la terre n’est tout de même pas encore assez grande pour que deux hommes ne puissent pas s’y retrouver.

Adieu ! Ton Schumann


Lettre à sa mère

Heildelberg, le 30 juillet 1830, 5 heures du matin

Bonjour, maman ! Comment te décrire ma félicité ! Dans la cafetière, grésille et brûle le suave breuvage. Le ciel ? il est si pur et si doré qu’on voudrait l’embrasse. C’est un matin, frais et doux, qui a fait son apparition. Et, sous mes yeux, j’ai ta lettre, trésor de sentiments, d’intelligence et de vertu. Il n’est pas jusqu’à mon cigare qui n’ai un délicieux parfum. En un mot, le monde paraît très beau aux yeux de l’homme qui a l’habitude de se lever avec l’aurore.
Pourtant, les rayons du soleil et le bleu du ciel ne suffisent plus à embellir ma vie : Cicéron, autrement dit Rosen, me manque beaucoup. Deux autres de mes amis intimes, les frères H..., de Poméranie, sont partis huit jours en Italie et je me trouve bien seul, c’est-à-dire fort heureux ou malheureux selon l’état d’esprit du moment. Un jeune homme se passe plus volontiers de maîtresse que d’amis. Et puis, je pense à moi-même, je m’irrite...
Jusqu’ici ma vie n’a été qu’une lutte de vingt années entre la poésie et la prose, en d’autres termes entre la musique et la jurisprudence. L’idéal le plus élevé a été mon soutien dans la vie pratique comme dans l’art : il résidait justement en un travail pratique et l’espérance de mener un combat heureux dans une vaste sphère d’activité. [...]
Je me trouve dans la jeunesse de l’imagination que l’art peut encore cultiver et ennoblir. Je suis parvenu à la conviction qu’un travail patient, sous la direction d’un bon professeur, me mettrait à même de me mesurer avec n’importe quel virtuose, le mécanisme et la dextérité étant tout le clavier. Il m’arrive d’avoir de l’imagination et les activités créatrices se développeraient peut-être en moi. La question est donc le suivante : choisir l’un ou l’autre - car un seul but doit suffire pour faire de la vie quelque chose noble et juste ; aussi ne puis-je me donner à moi-même que cette seule réponse : " Impose-toi une tâche noble et quotidienne, ainsi tu parviendras au but par une calme détermination ". [...]
Tu admettras que cette lettre est la plus importante de toutes celles que j’ai écrites et t’écrirai jamais. [...] Adieu, ma chère maman, et ne sois pas inquiète. Le Ciel vient toujours en aide aux hommes de bonne volonté.

Ton fils qui t’aime de tout coeur,
Robert Schumann.


Les extraits qui ont été lus pendant le festival "Le Coeur en Musiques" sont tirés des ouvrages suivants :

Lettres d’amour de Robert et Clara Schumann
Editions Buchet Chastel 1987

Journal intime
de Robert et Clara Schumann
Ed. Buchet Chastel

Schumann
Les voix intérieures
De Michel Schneider Découverte Gallimard 2005

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