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Extraits de lettres - Colloque de Cerisy

édition du 8 septembre 2006

 

Valerie Jeannet, comedienne Au colloque de Cerisy "Archive épistolaire et Histoire", Valérie Jeannet, comédienne a fait des lectures de lettres dont voici quelques extraits...

L’auteur des lettres, Marguerite Petit de Julleville (1871-1927), épouse de Jean Guiraud (1866-1953).

Marguerite Petit de Julleville est la fille du professeur Louis Petit de Julleville (1841-1900) et de Marie-Rose Marty (1849-1929). Le 26 juin 1895, Marguerite Petit de Julleville épouse religieusement Jean Guiraud à Auteuil. Elle suit son mari à Marseille où il est professeur d’histoire. Elle a presque vingt-quatre ans, et son époux vingt-neuf. Le couple aura 10 enfants. Dès les débuts de leur mariage, Marguerite s’était employée à modifier le jugement de son époux sur la femme et la condition féminine. Dans une lettre à son beau-frère, Pierre petit de Julleville, Jean Guiraud avait confessé à propos des cours public qu’il dispensait à des jeunes filles de Besançon : "Cette oeuvre nouvelle m’intéresse beaucoup ; car je suis de plus en plus partisan de l’instruction chez les femmes. Marguerite m’a converti à cette idée qui m’était jadis bien désagréable". Marguerite Guiraud disparaît prématurément en 1927 des suites d’une longue maladie. Jean Guiraud est par ailleurs le fondateur du journal La Croix.

Lettre de Marguerite Petit de Julleville à sa mère, sans lieu, ni date.

[juillet 1887]

Chère maman, Votre 14 juillet n’a-t-il pas été bien bruyant dans cette Auvergne qui est la résidence actuelle de l’illustre général Boulanger ? Ici, contre l’attente générale, il n’y a pas eu la plus petite révolution, ni même la plus légère manifestation. On n’a pas entendu le cri de : "Vive Ernest 1er" (car tu sais qu’il s’appelle Ernest l’homme illustre !) Tout ce qu’on s’est permis, c’est la chanson : C’est Boulange... lange... lange
On l’a tant rabâchée que le soir, Bébé la chantait. Et puis beaucoup de femmes ont arboré le chapeau Boulanger. Tu sais, cela va devenir la grande mode, le suprême de l’élégance. Quand vous reviendrez, tout le monde en portera, et tu ne pourras faire autrement que de nous en acheter. C’est un grand chapeau de général à plumes avec un petit nœud tricolore, et un médaillon dans lequel est le portrait du général. Est-ce que cela ne te tente pas ? Le soir, nous avons été au hameau comme à l’ordinaire, et en rentrant les petits ont vu le feu d’artifice par la fenêtre. Ils ont été ravis, bien que la grande maison de six étages de Passy leur cachât la moitié des fusées. [...]
Mère, voilà huit jours passés et il n’en reste plus que deux fois autant ; c’est tout de même bien long. Ce n’est pas seulement à nous ici que vous manquez ; cela est tout naturel ; mais aussi aux personnes qui ont l’habitude de vous voir un peu souvent, au hameau par exemple ; Mme Rayet disait hier : "Dire que nous partirons presque au moment où Mme de Julleville et Catherine reviendront. Quelle malchance !" Dis cela à Catherine, elle en sera contente. Au revoir, mère chérie, je t’embrasse de tout mon cœur ainsi que Catherine

Marguerite

(Centre Historique des Archives de France, 362 AP 200, dossier 1)


Lettre de Claude Marie de Roux à sa mère

Rome, ce 25 janvier 1774

Je suis étonné, Madame et très chère mère, que vous n’ayez pas de mes nouvelles, je vous écris tous les courriers ou à vous ou à mon oncle. J’espère que dans ce moment où je vous écris vous ne me faites pas le même reproche.
Vous avez à Grenoble la brouillerie de Mmes de Sassenage et de Marcheval pour vos plaisirs, et nous avons la brouillerie des cardinaux et le pape qui nous occupent. Chaque pays a ses objets intéressants, sûrement le parlement et la brouillerie des deux femmes vous occupe autant que le pape peut le faire à Rome. Je vous prie de leur offrir mes respects. Je n’ai pu faire la commission à m. le cardinal de Bernis, il est au conclave et invisible. Il paraît que l’on commence à parler sérieusement du pape, jusqu’à présent les cardinaux n’ont fait que dormir. Ils ont vu que la chose serait longue, et quatre chefs, de chaque parti, ont formé un congrès, quatre pour les couronnes et autant pour le parti opposé. Bref il y a lieu d’espérer que dans deux mois nous aurons le pape, vous voyez qu’il y a le temps de la réflexion. J’aurai le temps de voir Rome bien à mon aise et d’aviser à toutes les indulgences qu’on me demande. Mme de Sassenage a raison s’il ne lui fallait des indulgences que pour le présent, mais elle en a un peu besoin pour les temps passés. Les dames ou demoiselles que vous aviez chez vous lors de votre lettre du 29 Xbre sont bien cruelles de n’avoir pas voulu être nommées. Elles veulent être devinées, et sont bien sûres que leur influence doit bien se faire sentir au-delà des monts. Malgré leur présomption, elles ont raison, mais je me flatte qu’elles ont plus compté sur elles. La belle qui demande des indulgences pour les maris, ah qu’elle est bien près d’en avoir besoin pour elle. Il me semble qu’on se console bien vite de l’absence d’un époux, et que l’on est bien aise de n’en point avoir. Je crois bien plutôt à l’amant qu’au mari. J’apporterai donc force indulgence et pourvu que je voie de l’amendement à mon retour, je serai content. Voilà ce qui s’appelle être au moins indulgent, mais je me contente de peu de peur de ne rien avoir.
Rome n’est plus aussi maussade que je l’ai trouvé, les femmes même commencent à y être agréables et je crois que l’on pourrait les trouver aimables si l’on n’habitait pas Grenoble.
La soeur St Vincent est une ingrate de me bouder, c’est sans doute d’avoir eu trop de bontés pour elle, mais elle ne me lassera pas si vite. Je crois qu’elle est bien prête d’accoucher. Je lui souhaite heureuse et prompte délivrance et lui conseille de m’attendre pour recommencer.
Mille choses tendres à mon oncle, il a bien raison de m’aimer, car personne ne l’aime plus que moi. Ménagez votre santé, j’embrasse le chevalier.

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