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Entretien avec Stéphane Audeguy.
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

édition du 29 septembre 2006

 

Photo de Stephane Audeguy, mai 2006 Stéphane Audeguy vit à Paris. Il enseigne l’histoire du cinéma et des arts dans un établissement public des Hauts-de-Seine. Il a publié en 2005 son premier roman, La théorie des nuages, chez Gallimard.

Le narrateur de Fils Unique, ton deuxième roman, est le frère aîné de Jean-Jacques Rousseau. Á la fois acteur et témoin de son temps, il raconte l’histoire de sa vie en s’adressant à l’auteur des Confessions, ouvrage dans lequel il est très brièvement évoqué. Comment est née l’idée de ce roman qui invente les mémoires du frère oublié ? Et pourquoi cet intérêt pour Rousseau ?

Stéphane Audeguy : Ce n’est pas tant seulement que Rousseau évoque brièvement son frère qui m’a captivé : c’est la façon dont il orchestre l’escamotage dudit frère par la rhétorique des Confessions. Et quand on pense que Jean-Jacques Rousseau invente, dans cet ouvrage et tant d’autres, un type d’individu qui reste encore actuel, il est extrêmement tentant d’explorer, à travers la figure du frère oublié, d’autres possibles de l’individu démocratique. Rêver à ce passé, c’était pour moi une façon de songer au présent.

Est-ce que tu avais déjà le projet d’écrire ce récit au moment de La théorie des nuages ?

Stéphane Audeguy : Oui, parce que mentalement je conçois mes livres non comme des objets successifs, mais comme autant de régions d’un monde supplémentaire à celui-ci, et pourtant consubstantiel à lui, et qu’il suffit de cartographier. Ou, pour le dire autrement : La théorie des nuages et Fils unique sont les deux premiers volets d’un triptyque consacré aux relations entre homme, nature et technique. Qu’il s’agisse de météorologie (dans le premier roman), ou de la construction d’automates libertins (dans Fils unique), je suis fasciné par la question de ce projet occidental d’arraisonnement de la nature. Le troisième volet se situera en Afrique, il y sera question de l’apparition de l’outil, de diaspora, de station debout, et du Kenya d’aujourd’hui.

D’un point de vue de la forme, Fils unique s’apparente au roman picaresque, avec ses rebondissements narratifs, ses digressions, ou même, à une longue lettre adressée au frère défunt : "Je le [récit] déposerai au fond de ce tombeau que tu n’aurais pas dû quitter"...

Stéphane Audeguy : Rousseau adresse ses Confessions à Dieu (voir le fameux "préambule") ; comme mon personnage n’est pas Rousseau, et qu’il ne croit en aucun dieu, il s’adresse tout naturellement à son semblable, en l’espèce à son frère (dans tous les sens du mot frère) ; mais aussi à quiconque lit ce livre, puisque le pronom personnel "tu" est une place vide que chacun peut occuper.

Qu’est-ce qui te pousse à écrire, et depuis quand ?

Stéphane Audeguy : Rien ne me pousse à écrire ; c’est plutôt l’inverse : je suis attiré par l’écriture, parce que c’est un mode de vie qui me permet de vivre plus intensément. J’ai pris la décision de devenir romancier vers l’âge de treize ans, j’ai commencé à écrire vingt-cinq ans plus tard, parce que j’ai fait comme tout le monde : j’ai perdu mon temps avec des choses et avec des gens qui n’en valaient pas la peine.

Retrouve t-on un peu de toi dans ce narrateur du XVIIIe siècle ? Je pense par exemple à sa passion pour Lucrèce, à cette bibliothèque vide que lui offre Saint-Fonds ("Je me souviens encore de la joie qui m’étreignit le coeur, un après-midi d’hiver sombre, lorsque nous atteignîmes, grâce à un Plutarque fort épais, le bout de mon étagère")...

Stéphane Audeguy : Pour un romancier, il n’existe pas de matériau vil, ou inintéressant. Je n’ai pas cru devoir m’empêcher d’utiliser, dans ce roman qui est aussi un hommage à l’égotiste Rousseau, des données personnelles. Il est vrai, par exemple, que les bibliothèques (plus que les librairies) ont eu une certaine importance dans ma vie ; de même que la lecture de Lucrèce. Je partage ces caractéristiques avec des millions et des millions de mes semblables, à travers le temps et l’espace, et cette banalité m’enchante, naturellement.


Liens

Pour écouter un extrait de Fils unique sur le site des éditions Gallimard - (http://www.gallimard.fr/rentree-20...

Alain Veinstein s’entretient avec Stéphane Audeguy. Retransmission sur le site de France Culture, "Du jour au lendemain" (lundi 18 septembre 2006)

Archivox.com : enregistrements de textes littéraires dirigés par Stéphane Audeguy.


Agenda - Stéphane Audeguy

Signatures :
-  1 octobre - Bordeaux, Librairie Mollat
-  13 octobre - Paris, Librairie Alice Média Store
-  14 octobre - Paris, Librairie de Paris
-  20 octobre - Pau, Centre culturel Parvis 3
-  23 octobre - Lyon, Villa Gillet
-  24 octobre - Chambéry, Université de Savoie, avec l’Association L’OEil
-  26 octobre - Montpellier, Librairie Sauramps
-  27 octobre - Carpentras, Librairie de l’Horloge
-  28 octobre - Sète, Librairie L’Echapée belle

Salons
-  7 au 10 octobre - Montélimar, Les Cafés littéraires
-  15 octobre - Domaine de Malagar, Escale du Livre
-  20 au 22 octobre - Saint-Etienne, Fête du Livre
-  3 au 5 novembre - Brive, Foire du Livre

(cf. Site des éditions Gallimard)

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