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Stéphane Audeguy. De La théorie des nuages à Fils unique
Par Corinne Amar

édition du 29 septembre 2006

 

La théorie des nuages de S Ils plaisent, les romans de Stéphane Audeguy et même, ils portent en eux un je ne sais quoi qui subjugue, qui nous parle de la fraîcheur de l’origine, de la profondeur du Temps, d’une esthétique de l’existence, d’une folle aventure de l’écriture, dans laquelle l’esprit s’engouffre, mais dont il sait parfaitement qu’il reviendra.
Ce qui intéresse notre auteur ? Rien moins que la vie, raconter son mouvement, redonner chair, dans tous les sens du terme, à une époque, une communauté et ouvrir celui qui s’y expose à "l’infinité de l’altérité", donner vie à des personnages, comme un calligraphe à ses caractères ; les animer, sans les forcer en rien, comme les nuages, là-bas...
"ils sont là, au-dessus de lui, et c’est tout. Il ne parvient absolument pas à les interpréter ; cela ne diminue en rien, à ses yeux, leur ineffable beauté, et pour la première fois peut-être, il les aime exactement pour ce qu’ils sont."
Dans La théorie des nuages, Akira Kumo (mais kumo ne veut-il pas dire "nuage" en japonais ?) au nom prédestiné, est styliste et collectionne les ouvrages sur les nuages. Il charge une jeune bibliothécaire, Virginie Latour, de classer son immense collection de livres sur la dernière passion de sa vie et d’acquérir un ouvrage mystérieux sur la typologie des nuages, détenu par une vieille dame et qu’il convoite.
"Il semble que toute collection gravite autour d’une pièce manquante, sorte de noyau autour duquel peut tourner, indéfiniment, la folie collectionnante de son propriétaire".
Dans ce roman foisonnant de références historiques, scientifiques, érudites, on en apprend autant sur la naissance de la météorologie à la fin du XIXè siècle et sur les formes nébuleuses ou la reproduction picturale des ciels, que sur ces destins qui se répondent les uns les autres, liens noués autour de la contemplation des nuages, personnages en quête d’identité ou d’histoire - Hiroshima, en filigrane -, de silence, de beauté, lesquels font oublier le tragique de l’existence.
On dit qu’il est des pierres qu’on peut écouter. Dans certains jardins à Kyoto, par exemple, il suffit de s’asseoir devant les vagues du gravier et les linéaments du bois et se taire, pour déposer en silence celle que l’on avait sur le coeur. Avec les nuages, Stéphane Audeguy a réussi ce même voyage. Une théorie des nuages - et il faut pour cela, ou une longue pratique, ou une intuition ou un élan d’amour ? - qui dit aussi le "sentiment" des nuages. Et le sentiment des nuages, il faut devenir un nuage pour le comprendre... Alors, Akira ou Stéphane, c’est sûr, l’un et l’autre sont poètes et inspirés. Fils unique de Stéphane Audeguy
Avec Fils unique, le régal est autre. On se retrouve en plein XVIIIè, entre Lumières, science et libertinage ; l’auteur nous apprend que Rousseau avait un frère aîné, avec qui il fut pour le moins injuste, puisqu’il ne le mentionna que trois fois dans ses Confessions, et qu’il disparut si vite de sa vie. Ce François "qui avait pris le train du libertinage, même avant l’âge d’être un vrai libertin" tourna mal et s’enfuit de la maison, lui permettant de demeurer "fils unique". Rousseau fut bien aise, au fond, de le laisser dans l’ombre.
Alors Audeguy s’empare du sujet. Là encore, c’est érudit, c’est drôle, c’est jouissif, en une subtile observation des êtres, d’une époque, d’une langue, d’une musique, où les hommes sont libertins et les femmes, prégnantes et charnelles. Et c’est donc François, né en 1705, qui a quatre-vingt dix ans, au moment où commence l’histoire, la sienne - alors que se finit celle de son frère, Jean-Jacques, dont les restes, au Panthéon, viennent d’être portés -, qui parle, raconte sa vie.
Depuis son apprentissage en horlogerie à Genève, jusqu’aux maisons de passe françaises, il traverse tout le XVIIIe des Lumières ; sert de factotum dans un bordel de luxe parisien, fréquente les salons à la mode et les cercles d’érudits, se pique de lectures licencieuses, pratique sans mélange d’humeur tous les plaisirs de l’alcôve - seule vie triomphant de la mort -, affectionne le sexe féminin et le poète latin Lucrèce, se retrouve embastillé en 1762, rencontre Sade en prison... Bref, est tour à tour, débauché, amoureux, véhément, sarcastique, romanesque, politique, sincère en un mot. Et prend, grâce à son auteur, l’attitude et la place auxquelles il pense avoir légitimement droit et obtient enfin, l’assentiment de tous.

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