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Edito du 29 novembre 2000

Autographies

Depuis les débuts de l’imprimerie, nous nous sommes habitués à ce que l’écrit public se transmette par la médiation, assez impersonnelle malgré sa beauté, de la typographie. Nous en avons oublié un élément essentiel, au fond, de tout texte à sa naissance : son grain scriptural, qui ne se limite pas aux variations graphologiques. Ratures, repentirs, hésitations et même parfois, horresco referens, fautes d’orthographe : l’écrivain n’y apparaît plus comme un génie figé dans la perfection d’airain de la page imprimée, polie et repolie par les corrections successives, mais comme un être humain faillible et doutant de son art. On ne s’étonnera pas que des ouvrages tentent aujourd’hui de restituer en fac-similé les textes originaux jusque dans leurs erreurs et leurs difficultés de lecture. autographies

Mais le prestige de l’autographe va plus loin, puisque la moindre ligne écrite par un personnage célèbre, s’agirait-il d’une simple liste de courses, par exemple, réussit à nous émouvoir : si l’écriture originale nous le rend plus présent, la trivialité de l’écrit le rend plus humain, comme si on surprenait le grand homme dans sa vie quotidienne... Un autographe n’est pas forcément cher (on en trouve à partir de quelques centaines de francs et cela peut constituer, au passage, un cadeau de Noël tout à fait original), mais il peut aussi atteindre des sommes pharamineuses, comme cette lettre de Van Gogh bientôt vendue à New York, qui battra peut-être un record. Notre culture, celle de l’imprimerie, de l’édition, de l’internet, nous a appris à considérer qu’un texte vaut avant tout par son contenu immatériel : un poème d’Apollinaire devrait avoir strictement la même portée dans un e-mail que dans la typographie impeccable d’un éditeur. L’autographe nous montre que ce n’est pas tout à fait vrai.

Sylvain Jouty