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Lettres choisies - Lettres intimes

édition du 31 octobre 2006

 

Lettres intimes
"Une collection dévoilée" de Anne-Marie Springer
Collectif
Éditions Textuel, 19 Octobre 2006

Lettre de Theodore Monod, page 4 Théodore Monod à Elizabeth Yver
Janvier 1929
4e page
© Éditions Textuel & Anne-Marie Springer (page 188)
avec l’aimable autorisation des ayant-droits

Théodore Monod à Elyzabeth Yver
Janvier 1929
(Notice d’Olivier Poivre d’Arvor)

"Sahara"
Ce qui te suffit ou, si tu veux que je sois précis (mais ça t’es bien égal et tu as raison) :
"au camp du groupe mobile de l’Ahnet, puits de Tui Tidouine, dans l’oued Douf Mellen, etc."

Ma chère petite filleule,
Je t’écris pour te souhaiter une bonne année, une belle année où tu feras beaucoup de belles parties de jeu, où tu t’amuseras beaucoup, mais où tu tâcheras aussi de toujours continuer à être une petite fille sage et obéissante. Tu te rappelles cet admirable jeu que tu m’as montré l’été dernier ? Tu sais, celui où on glisse sur une planche du haut en bas d’un talus, un talus avec de l’herbe ? Sûrement tu vas recommencer bientôt ; c’est si amusant ! Tu as de la chance. Moi, je voudrais tant y jouer aussi à cet admirable jeu-là ! Seulement je n’ai ici qu’une mauvaise planche (pas solide du tout ; elle vient d’une vielle caisse de sucre), et puis surtout il y a bien des talus (il y a même des montagnes !), ils sont sans herbe, et couverts de cailloux. Alors il faudra que j’attende d’être de nouveau en Europe. Il n’y a pas non plus de rainettes ici : tu te souviens de la jolie petite grenouille vert clair, dans un bocal ? Mais il ne faut pas conserver longtemps les rainettes dans une bouteille. Juste un moment, pour les regarder : et puis ensuite, on leur rend la liberté, ce qui leur fait grand plaisir.
Je ne sais pas si tu peux comprendre un peu où je suis, et d’où je t’écris : je ne suis pas à paris, ni à Courseulles, ni nulle part en France ; mais je ne suis pas non plus à [Genolliers], ni nulle part en Suisse ! Alors ? Alors je suis dans un autre pays - encore un autre ! - que l’on ne peut atteindre qu’en bateau, avec un gros bateau, encore plus gros que ceux de Nyon !
(...)


Jean Racine à Marie Rivière
12 novembre [1686]
(Notice de Thierry Bodin)

A Paris, ce 12 novembre
Je vous remercie, ma chère soeur, des excellents fromages que vous nous avez envoyés : je n’en ai jamais vu de si bons. Il n’y a pas jusqu’à nos petits enfants qui les aiment mieux que tout autre dessert. Ma femme est dans l’embarras des nourrices. Elle a bien de la peine à en trouver une à Paris, qui l’accommode. Si la saison n’était pas si rude, je me serais bien vite adressé à vous pour nous en trouver une ; car à tout prendre, Nanette est celle de nos enfants que je crois qui a été le mieux nourrie. Vous me parlez d’un fils de madame d’Acy ; mandez-moi, je vous prie, s’il est tout seul, quel âge il a, et s’il pourrait apprendre quelque métier ; car je crois que c’est ce qui vaut mieux pour ces gens-là qu’un bon métier, au lieu qu’en apprenant à lire et à écrire, ils se font tout au plus de misérables sergents et deviennent forts grands fainéants. Surtout tous les enfants de ce côté-là, dont il n’y en a pas eu qui se soit voulu tourner au bien. Je me chargerais volontiers de mettre celui-ci en métier, s’il est en âge de cela. Sinon, mandez-moi ce qu’on peut faire pour lui.
(...)


Guy de Maupassant à Robert Pinchon dit La Tôque
2 mars 1877
(Notice du Professeur Luc Montagnier)

Ministère de la Marine et des Colonies

Mon cher La Tôque,
Tu ne devineras jamais la merveilleuse découverte que mon médecin vient de faire en moi - jamais, non jamais. Comme mes poils tout à fait tondus ne repoussaient pas, que mon père pleurait autour de moi et que les lamentations de ma mère venaient d’Etretat jusqu’ici, j’ai pris mon médecin au collet et je lui ai dit : "Bougre, tu vas trouver ce que j’ai, ou je te casse. "Il m’a répondu : "La vérole." J’avoue que je ne m’y attendais pas, j’ai été très turlupiné, enfin j’ai dit "Quel remède ?"
Il m’a répondu ; "Mercure et iodure de potassium." J’allai voir un autre Esculape et lui ayant narré mon las, lui demandai son avis. Il m’a répondu : "Vieille syphilis datant de six à sept ans qui a dû être communiquée par une plaque muqueuse aujourd’hui disparue."
Le "remède ?" : "Iodure de potassium et mercure." Plusieurs symptômes auxquels je n’attachais pas d’importance ont servi à faire cette extraordinaire trouvaille. Bref, depuis neuf semaines, je prends quatre centigrammes de mercure et trente-cinq centigrammes d’iodure de potassium par jour et je m’en trouve fort bien. Je finirai par faire du mercure ma nourriture ordinaire. Mes cheveux commencent à repartir, mes sourcils s’indiquent par une légère ligne plus foncée au-dessus des yeux. Mes poils du cul broussaillent, mon coeur va pas mal et mon estomac mieux. J’ai la vérole ! Enfin ! La vraie ! ! ! pas la méprisable chaude-pisse, pas l’ecclésiastique christalline, pas les bourgeoises crêtes-de-coq ou les légumineux choux-fleurs. Non, non, la grande vérole, celle dont est mort François 1er. La vérole majestueuse et simple (...)

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