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> Edition du 7 février 2007
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Entretien avec Roselyne de Ayala

À la gloire de l’écriture

Correspond@nces. Comment a commencé cette aventure ?

Roselyne de Ayala, éditrice. Jean-Pierre Guéno, qui est aujourd’hui directeur des éditions de Radio-France, avait créé en coédition avec Laffont, lorsqu’il travaillait à la Bibliothèque nationale, la collection "la Mémoire de l’encre" qui avait fait un travail remarquable. Cette collection s’est malheureusement arrêtée et nous avons repris le flambeau, sous une forme un peu différente.

C. Faire un livre à deux suppose une répartition des tâches. Comment travaillez-vous ?

A. Nous nous occupons de la partie éditoriale chacun de notre côté, en nous répartissant les textes et les auteurs, avec évidemment, la part de conciliation, de choix et d’arbitrage que cela suppose. Ensuite, je change de casquette et je deviens éditrice. Pour les notices sur les manuscrits nous faisons parfois appel à des spécialistes, il faut aussi réunir l’iconographie, la choisir, rédiger les légendes, surveiller la maquette, etc. On a essayé de rendre les textes plus "parlants" en représentant, lorsque c’était possible, l’environnement épistolaire des écrivains, un encrier, un bureau... Je travaille alors évidemment en concertation avec les éditions de la Martinière qui publient le livre, mais avec cette particularité qui est que je veux que ce soit moi qui décide en dernier ressort.

C. De tels ouvrages supposent un grand travail en amont, recherches, autorisations...

A. Bien entendu, mais nous commençons à connaître le sujet ! Nous avons travaillé à 60 % avec la BN, mais aussi avec la bibliothèque Jacques Doucet, celle de l’Institut, avec les fonds de l’Imec (Institut Mémoire de l’édition contemporaine) et, bien sûr, directement avec les écrivains, les éditeurs ou les ayants-droits. Nous voulions consacrer un tiers de l’ouvrage au XXe siècle, et c’est là évidemment que les problèmes étaient les plus compliqués. Certaines successions ne nous ont jamais répondu : parmi les ayants-droits des écrivains décédés, il y a parfois ce qu’on pourrait appeler des "veuves abusives"... D’autres nous ont très gentiment ouvert leur porte, laissé consulter leurs archives.

C. Et le choix à l’intérieur de l’oeuvre d’un auteur ?

A. Quelques écueils étaient à éviter. Il fallait ne pas mettre ce qui est trop connu, mais aussi trouver des documents significatifs. Nous nous étions donné pour principe de ne pas reproduire ce qui l’avait déjà été, et de sélectionner le passage le plus intéressant, que ce soit visuellement ou du point de vue du texte. Dans les romans, on a parfois choisi la première page, ne serait-ce que parce qu’il y a souvent un joli titre calligraphié, et puis la première phrase, c’est souvent ce que le public connaît le mieux d’un roman ! Pour Proust, nous avons préféré le célèbre passage de la madeleine. Pour Feydeau, j’ai été rechercher le passage de La puce à l’oreille où se trouve l’expression qui justifie le titre.

C. Vous avez accordé une certaine place aux écrivains vivants, mais un manuscrit sortant d’une imprimante, c’est plutôt impersonnel et pas forcément très joli...

A. En fait nous n’avons que deux "tapuscrits", ceux de Marguerite Yourcenar et d’Andrée Chédid. Celle-ci a l’habitude de revoir son texte à l’aide de crayons de plusieurs couleurs différentes, ce qui donne un aspect très visuel.

C. Avez-vous fait des découvertes ?

A. Il n’y a pas de scoop absolu, mais pas mal de choses inédites. On ne le sait pas forcément mais les manuscrits correspondent rarement au texte édité, ne serait-ce qu’en raison des remaniements sur épreuves. Ainsi, pour Perec, nous avons publié la première préface à La vie mode d’emploi, qui n’est pas celle que l’on peut lire. Et Le pont Mirabeau d’Apollinaire montre la ponctuation originale, supprimée ensuite par le poète. Mais ce travail nous a aussi fait découvrir l’histoire des manuscrits, leur vie qui est parfois étonnante. Celui de La mare au diable de George Sand est très joliment relié : elle en avait fait cadeau à Chopin. Le manuscrit de la Condition humaine de Malraux avait, assez curieusement, été vendu par Gaston Gallimard. Il a eu ensuite une histoire assez compliquée, mais en fin de compte il a été donné au général de Gaulle qui lui même en a fait don à la B.N.


Jean-Pierre Guéno, Roselyne de Ayala, Les plus belles lettres illustrées. La Martinière, 202 p., 1998, 340 F.

Les mêmes, L’enfance de l’art, les plus beaux manuscrits d’enfants. La Martinière, 231 p., 1999, 340 F.

Les mêmes, Les plus beaux manuscrits de la littérature française. La Martinière, 240 p., relié sous jaquette, 2000, 350 F.

Propos recueillis par Sylvain Jouty