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Entretien avec Evelyne Lever.
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

édition du 23 novembre 2006

 

Evelyne Lever Évelyne Lever, historienne, chercheur au CNRS, est spécialiste de l’Ancien Régime. Elle a notamment publié Louis XVI (1985), Louis XVIII (1988), Philippe Égalité (1996) et Madame de Pompadour (2000). Elle a consacré à la reine deux biographies, Marie-Antoinette (1991), C’était Marie-Antoinette (2000 et 2006), un ouvrage illustré, Marie-Antoinette, la dernière reine (2000), un récit historique, Marie-Antoinette, journal d’une reine, (2002) et L’Affaire du collier (2004).

Vous êtes spécialiste de cette période de l’histoire de France, le XVIIIe siècle, et vous avez notamment publié deux biographies de Marie-Antoinette...

Evelyne Lever : Ces deux biographies de Marie-Antoinette ont été publiées chez Fayard. La première, parue en 1991, est une biographie complète, accès sur le rôle politique de Marie-Antoinette, et la seconde, The Last Queen of France, qui a d’abord été publiée aux Etats-Unis en 2000, puis en France cette année sous le titre C’était Marie-Antoinette, insiste davantage sur la vie privée de la reine.

La Correspondance de Marie-Antoinette (1770-1793) représente un travail éditorial très important... Evelyne Lever : Effectivement. J’ai travaillé sur cette correspondance bien avant d’écrire sur Marie-Antoinette car c’est un ensemble de textes d’une grande importance, aussi bien pour la vie personnelle de Marie-Antoinette, pour la vie de la Cour, que pour la politique française dont nous suivons l’évolution. Dans les lettres de l’impératrice adressées à sa fille et dans la correspondance qui existe entre l’impératrice et l’ambassadeur d’Autriche en France, il est énormément question de politique. Lorsque j’ai écrit la biographie de Louis XVI en 1985, j’avais déjà beaucoup travaillé sur ces lettres. Et quand j’ai écrit la biographie de Philippe Egalité ou L’affaire du Collier, je m’en suis servi.
J’ai donc travaillé sur cet ensemble épistolaire pendant des années, et c’est ce qui m’a permis d’en faire une édition critique. L’intérêt de cette édition, c’est que pour la première fois, toutes les lettres authentiques de Marie-Antoinette ainsi que leurs réponses (quand elles existent) ont été rassemblées dans l’ordre chronologique, depuis l’arrivée en France de Marie-Antoinette jusqu’à sa lettre ultime à la conciergerie quelques heures avant d’être exécutée. Trois grandes parties forment ce corpus. Une première partie concerne la vie de la petite fille qu’elle a été pendant quatre ans, 1770-1774, à la fois sa vie privée et sa vie de Cour. A partir de 1774 (toujours dans la première partie), c’est encore la correspondance intime entre la mère et la fille, mais se profilent les problèmes politiques, l’entreprise de manipulation qui est faite par l’Autriche sur la jeune femme.
Ensuite, avec la mort de l’impératrice en 1780, s’interrompt la correspondance qui était d’une extrême régularité entre la mère et la fille, et un second ensemble de lettres couvre les années 1780-1791 jusqu’à la fuite de Varenne. Marie-Antoinette continue à correspondre avec son frère, l’Empereur Joseph II et les lettres montrent qu’elle a changé, évolué, mûri. Ce sont des lettres personnelles, certes, mais surtout politiques. Une autre femme se dessine, beaucoup plus distante et responsable. Quand on arrive à la période révolutionnaire, avec les lettres à son frère Joseph II puis surtout à son frère Léopold II, on distingue encore une évolution. Désormais, Marie-Antoinette est une femme politique.
Puis, la troisième partie concerne la période de la révolution la plus grave pour elle, c’est-à-dire de 1791 à 1792. Le double jeu qu’elle mène est très clairement apparent. L’importante correspondance de la reine avec Barnave, Fersen et Mercy en témoigne. D’une part, elle laisse croire aux révolutionnaires qu’elle est ralliée à une monarchie constitutionnelle modérée, d’autre part, elle écrit à ses confidents, notamment à Mercy, l’ex-ambassadeur d’Autriche installé à la demande de l’empereur à Bruxelles et le presse d’intervenir auprès des grandes puissances pour venir en aide au roi de France. Sa correspondance avec les révolutionnaires modérés dit par ailleurs tout à fait autre chose. Ces lettres, secrètes, sont conservées aux archives de Vienne, aux archives nationales et également en Suède.

En avez-vous retrouvées certaines ?

Evelyne Lever : Oui des passages. Il y avait des lettres "caviardées". Ces échanges n’avaient jamais été réunis en un même volume, avec des notes développées et une introduction qui explique l’histoire de cette correspondance. Ce volume forme une édition complète.

Le film de Sophia Coppola, un parti pris loin de la réalité...

Evelyne Lever : Le projet de Sofia Coppola est né de la lecture de la biographie de Marie-Antoinette que j’ai publiée aux Etats-Unis. Elle a pris contact avec moi, nous nous sommes rencontrées et je lui ai fait visiter Versailles. Comme elle n’a pas la culture européenne, française, j’ai esquissé une comparaison entre Marie-Antoinette et Lady Diana pour qu’elle comprenne bien qui pouvait être Marie-Antoinette, et qu’elle imagine en quelque sorte une Lady Diana au XVIIIe siècle.
Elle a ensuite fait son travail comme elle le souhaitait. Le film qu’elle a réalisé est très beau esthétiquement mais il y a une caricature de la Cour de France, Louis XV n’est pas un cow boy, Madame du Barry n’est pas une fille de saloon... On nage aussi dans les petits-fours et le champagne. Il n’y a aucune évolution de la personnalité de Marie-Antoinette. Tout au long du film, Marie-Antoinette reste telle qu’elle était lors de son arrivée à Versailles, alors que la dauphine de 1770 n’est pas la même que la reine de 1789.

Quels projets avez-vous maintenant ?

Evelyne Lever : J’en ai beaucoup. Je continue à écrire sur le XVIIIe siècle, période de l’histoire que je commence à bien connaître !

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