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Lettres choisies - Correspondance Marie-Antoinette

édition du 23 novembre 2006

 

Marie-Antoinette, Correspondance Marie-Antoinette
Correspondance (1770-1793)
Etablie et présentée par Evelyne Lever
Éditions Tallandier, nov. 2005
Ouvrage publié avec le concours du Centre national du livre. 911 pages, 35 €

Marie-Thérèse à Mercy
(p. 78)

Schönbrunn, le 6 juin 1771

Comte de Mercy, J’ai reçu vos dépêches du 22 mai. Plus la froideur du dauphin est extraordinaire, plus ma fille a besoin de tenir une conduite bien mesurée. Les conseils que vous continuez à lui donner sont excellents, et vous ne sauriez les lui trop répéter. Au reste, van Swieten est du sentiment que si une jeune fille et de la figure de la dauphine ne peut échauffer le dauphin, tout remède serait inefficace, qu’il vaut donc mieux y renoncer et attendre du temps le changement d’une conduite si étrange.
J’ai tout lieu d’être contente du premier début de ma fille à l’arrivée de la comtesse de Provence, mais je ne suis pas sans inquiétude pour l’avenir. Le parti dominant, faisant des efforts à mettre à sa tête la comtesse de Provence, tâchera de la faire briller, même aux dépens de la dauphine, et l’ostentation de former la cour de la comtesse de Provence, toute composée de créatures de ce parti, beaucoup plus nombreuse que celle de la dauphine, en est déjà la preuve. Les intrigues, les cabales, les jalousies, les tracasseries s’en mêleront à la fin et rendront toujours plus difficile la situation de ma fille, qui pourrait même s’abandonner dans la suite tête baissée à ses tantes. Je voudrais donc que vous tâchiez de vous approcher, le plus souvent que possible, de ma fille pour pouvoir observer tout ce qui se passe dans l’intérieur de sa cour et la conseiller en conséquence. [...]


Marie-Antoinette à Marie-Thérèse
(p. 354)

15 mai 1779

Madame ma très chère mère, De quel bonheur ne jouis-je pas en apprenant que cette paix tant désirée est enfin faite ! Elle était bien due à ma chère maman, et je désirais bien de pouvoir me flatter que nous y avons contribué d’ici. Certainement, mon plus grand soin sera désormais à soutenir l’union entre mes deux pays (si je puis m’exprimer ainsi). J’en ai trop senti le besoin, et le malheur et l’inquiétude que j’ai éprouvée dans l’année dernière ne peuvent s’exprimer/ mais je suis née à devoir tout à ma chère maman, et je lui dois encore la tranquillité qui renaît dans mon âme, par sa bonté, sa douceur, et j’ose dire sa patience envers ce pays-ci. J’ai dit au roi les bontés de ma chère maman ; il en est très reconnaissant, et m’a bien chargée de l’en remercier. Ma santé va bien à présent. Voilà une lettre de Lassone qui lui en donnera plus de détail que je ne pourrais faire moi-même. J’ai toujours mal aux entrailles, mais je prends tous les ménagements possibles, mangeant fort peu et ne veillant point du tout. Pour le cheval, je n’y ai pas encore remonté depuis que j’ai été malade, et en tout je compte y monter fort peu.
Je désirais bien pouvoir mander à ma chère maman de nouveaux soupçons de grossesse. Mais je n’y compte pas encore. J’étais si longtemps à me remettre de ma rougeole, et la dernière fois que j’ai eu mes règles (c’était le 26), je les ai eues presque en perte. C’est ce qui ne me laisse guère d’espoir d’être grosse dans ce moment-ci. Mais elle peut compter qu’il n’y aura sûrement pas de ma faute, si cela n’est pas bientôt.
[...]


Marie-Antoinette à Barnave
N°25 (p. 652)

Ce vendredi 27 [octobre 1791] à 11h1/2

M. de Ségur sort d’ici ; nous avons eu une longue conversation. Il accepte, et je crois que nous n’aurons qu’à nous applaudir de ce choix. Il est bien essentiel que les ministres du roi, en se tenant dans ce moment à la place juste où la Constitution les a mis, ne perdent pourtant rien, et surtout trouvent moyen de profiter de toutes les fautes et inepties de cette Assemblée pour redonner au gouvernement le moyen de rétablir l’ordre et de reprendre la force qui, seule, peut ramener le calme et la confiance. Je sais que, pour cela, il faut du temps, mais aussi faut-il s’en occuper sans cesse pour pouvoir arriver plus sûrement à son but. M. de Montmorin ne pense seulement pas à rester au Conseil. Comme j’ai voulu que ces Messieurs aient ce billet tout de suite, je n’ai pas le temps d’entrer dans plus de détails. Je me borne à insister pour que le secret de cette correspondance soit gardé plus exactement que jamais. C’est la seule manière pour pouvoir être utile chacun de son côté.

© Éditions Tallandier (Pour l’annotation des lettres, se référer à l’ouvrage)

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