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Lettres choisies - Mérimée

 

Lettre de Mérimee Lettre à Henri Courmont
Caen, le 10 octobre 1847
© Éditions du Huitième jour

Lettre à Thiers
Paris, le 1er février 1835

Monsieur le Ministre,
Vous avez bien voulu me demander mon avis sur la destruction projetée de l’église de Notre-Dame-Sous-l’eau à Domfront et sur l’intérêt que présente cet édifice sous le rapport de l’art et de l’histoire. Je n’ai pas vu cette église, mais j’ai consulté un antiquaire distingué, M. Auguste Le Prévost, qui la connaît parfaitement. Elle est bâtie en granit et sa construction date du commencement du Xie siècle.
C’est dire que son architecture est grossière et sans ornements. Elle renferme pourtant un bas-relief très curieux, celui de son fondateur Guillaume de Talvas. Son antiquité est son principal titre d’intérêt, car les édifices du Xie siècle ayant comme celui-ci une date certaine sont extrêmement rares et par conséquent leur importance archéologique est fort grande.
La dépense qu’occasionnerait une légère flexion de la route n°5 me semble bien faible, et la conversation d’un monument curieux ne saurait être mise en balance avec une dépense de 900 francs.[...]
Je crois qu’il convient de conserver l’église de Notre-Dame-Sous-l’eau, et même dans le cas où le Conseil général ne voterait pas tous les fonds nécessaires, de le compléter, au moyen d’une allocation spéciale de votre département. Je suis avec respect, Monsieur le Ministre, votre très humble et très obéissant serviteur.


Lettre à Jaubert de Passa
À bord d’un bateau à vapeur de Nantes à Angers, le 8 octobre 1835

Mon cher Monsieur,
J’ai reçu hier seulement votre aimable lettre, qui m’a poursuivi par toute la Bretagne [...]
Depuis que je vous ai donné de mes nouvelles, j’ai ajouté à mon catalogue deux églises rondes. La première, celle de Lanleff (Côtes-du-Nord), passe dans le pays pour un temple gaulois, car vous savez que bien des gens croient encore aux temples gaulois comme aux camps de Jules César. Lanleff se compose de deux enceintes concentriques, l’intérieur percé de 12 portes en plein-cintre, et l’extérieur de 22 fenêtres et d’une porte. Toutes les ouvertures sont garnies de colonnettes romanes très grossièrement sculptées. L’appareil est irrégulier, mais les claveaux des cintres sont pourtant assez bien taillés.
À mon retour à Paris, je vous enverrai un petit croquis dudit temple. J’oubliais de vous dire que la voûte intérieure est tombée et qu’il ne reste de l’autre que justement assez pour montrer qu’elle était cintrée et très mal faite. Le caractère de barbarie de toute cette construction me fait croire qu’elle est du commencement du XIe siècle, ou même encore plus ancienne.
Croyez, Monsieur, que le catalan qui me faisait tant enrager n’est qu’un jeu d’enfant auprès du bas-breton. C’est une lengue que celle-là. On peut la parler fort bien, je crois, avec un bâillon dans la bouche, car il n’y a que l’estomac ou même les entrailles qui paraissent se contracter quand on cause en bas-breton. [...]


Lettre à Ludovic Vitet Bayeux, le 11 juin 1841

[...] On travaille, mais pas trop fort à la bibliothèque de Bayeux ; demain, je verrai les plans et dessins du meuble qui doit recevoir la tapisserie de la reine Mathilde. Je ne sais, mais j’ai un vague soupçon qu’en conservant ce précieux monument de la conquête, nous avons aussi construit un escalier de bibliothèque dont on est fier ici.
Je tâcherai de débrouiller cela. On vient de placer dans la cathédrale de Bayeux une verrière de la façon de l’abbé Thomine et M. E. Forestier. Pour une verrière de province, cela n’est vraiment pas mal, mais ils ne comprennent rien à l’hermonie des couleurs. C’est un pastiche prétentieux et criard des vitraux du XIIIe siècle, quelque chose qui ressemble fort aux vignettes à deux sous en tête des complaintes qui se vendent au Pont Neuf. Comme essai de gens qui n’avaient ni maîtres ni pratique, cela est certainement très remarquable et m érite peut-être d’être encouragé [...]


Lettre à Ludovic Vitet 18 juin 1841

[...] Quel dommage que les gens qui bâtissaient tant de grands édifices en Normandie n’aient pas eu l’idée de faire venir des sculpteurs du midi ou du centre de la France. Ici, il y a des plans admirables, mais une sauvagerie déplorable en matière d’ornementation. Nous gelons de froid, nous toussons et nous éternuons à qui mieux mieux, mais nous sommes d’ailleurs assez bien-portants. Je désire que ma lettre vous trouve de même, au rhume près, ainsi que nos collègues [...]


Lettre à Ludovic Vitet Château-Gonthier, 25 juin 1841

Mon cher Président, depuis vous avoir écrit, je suis allé au Mont-Saint-Michel qui n’a pas bougé de place depuis au moins quinze ans que je l’avais vu.
Mais l’église, depuis l’incendie, est devenue visible, en quoi elle gagne considérablement. Les pierres même ont acquis par le feu une teinte admirable. L’ornementation étant nulle n’a point souffert ; mais il a fallu refaire en sous-oeuvre deux piliers. Deux autres réclament la même opération, enfin le transept est étrésillonné depuis le haut jusqu’en bas, moyennant quoi il soutient la tour du télégraphe. Le choeur est intact. Il y a au Mont-Saint-Michel un abbé Lecourt qui sert d’inspecteur à l’architecte. C’est un homme assez entendu, bien qu’il prenne le marbre des colonnettes du cloître pour une composition, correspondant du ministère de l’instruction publique et spécialement protégé par M. de Caumont. L’abbé Lecourt voudrait bien que nous donnassions de l’argent pour refaire sa nef, mais si on la refait on y mettra aussitôt des cellules et nous aurons perdu notre argent. Nous ne sommes point chargés de loger M. Barbès et tutti quanti. Il m’était resté je ne sais quelle idée avantageuse de l’architecture gothique du Mont-Saint-Michel. Cette fois cela m’a paru horrible. Le granite n’est point destiné à faire des clochetons, des crosses, comme dit M. Le Prévost, et la brume salée de l’ouest a déjà fait justice de toutes les moulures. Elle ressemblent à des morceaux de sucre imbibés d’eau.

Avec l’aimable autorisation de reproduction des Éditions du huitième jour.

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