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Impossible sagesse de Jacques Schlanger
Par Olivier Plat

 

Jacques Schlanger, Impossible Sagesse La sagesse n’est-elle plus pour nous qu’un rêve, un mythe, une illusion ? Et quelle est cette impossible sagesse dont nous aurions de nos jours la nostalgie et qui serait comme le désir d’une inaccessible perfection ? Interrogeant les grandes figures de sages de la philosophie de l’Antiquité grecque et latine, les personnages de fiction que sont les sages de la littérature, mais aussi les sages de la vie que l’auteur a reconnus comme tels, Jacques Schlanger explore les modalités de ces différentes formes de sagesse et ce qu’elles peuvent nous dire de nous-mêmes aujourd’hui. Pour les Anciens, la sagesse ne prêtait nullement à nostalgie, puisqu’elle était le but ultime vers quoi tendait la philosophie, le savoir vrai ayant pour fin la pratique d’une « bonne vie ». A quoi bon un savoir qui ne serait que vaine érudition, s’il n’était lié à l’apprentissage du dur métier de vivre ? Y-a-t-il une sagesse en soi ?, se demande l’auteur. De Diogène le Cynique qui cherche à connaître l’homme tel qu’il est et non tel qu’il veut paraître, qui envie aux animaux leur authenticité et duquel Platon affirmait qu’il était un Socrate devenu fou, à la sagesse scientifique du stoïcien qui prône d’aimer la nécessité puisqu’il ne sert à rien de la haïr ou du sage épicurien qui à partir de l’observation du donné, conçoit pour lui-même des règles dans un monde dont il considère qu’il est dominé par le hasard et l’aléatoire, les formes de sagesse sont multiples et variées. Le sage s’impose moins par ses idées que par sa manière d’être et d’agir. La sagesse fonctionne comme idéalisation, elle est un spectacle à admirer, un modèle à imiter. Le point de vue est là autant esthétique qu’éthique, le sage conçoit sa vie comme une oeuvre d’art. De même qu’un instrument sonne juste, la vie du sage s’accorde avec ce qui l’entoure, elle est harmonie, intensité profonde du présent, ouverture à l’être.
Avec une remarquable acuité, Jacques Schlanger montre aussi ce qu’ont en commun ces figures superficielles du sage telles qu’elles nous sont dépeintes dans les textes philosophiques ou littéraires : leur manque de profondeur psychologique. Le sage est un être transparent, sans intériorité, tout comme la beauté il est un être essentiellement de surface : « son peu de profondeur psychologique nous permet de rêver ce qu’il est à travers ce qu’il nous paraît être ». Avec la littérature nous passons de l’universel au particulier, du type à la personne. Jacques le Fataliste, Zorba le Grec, Ivan Dessinovitch, l’auteur inventorie trois figures de sages, chacune à leur manière partagées entre « la sagesse épicurienne comme joie d’être et la sagesse stoïcienne comme maîtrise de soi ». Que puis-je, puisque tout est déjà écrit là-haut ? ne cesse de se lamenter Jacques. Hédoniste par tempérament et stoïcien par raison, il illustre la relation impossible entre la nécessité et la liberté, entre ce qu’on veut et ce qu’on peut. Prendre le parti d’être ce qu’on est, c’est l’humanité de Jacques qui nous touche. Zorba le dionysiaque, pour qui l’existence ne serait que fade camomille s’il ne s’y alliait un grain de folie, pour qui exister signifie « s’essayer à son maximum d’humanité », pour qui la liberté consiste à rompre avec les habitudes, les convenances, la fausse nécessité, dont la capacité d’émerveillement est semblable à celle de l’enfant qui « voit toutes choses pour la première fois ». Ivan Dessinovitch, le moins fictionnel des trois, l’homme du peuple, le zek, qui se débrouille comme il peut pour survivre, tout en conservant sa dignité, le respect de soi-même. Et les sages de la vie courante, existent-ils ? Oui, nous répond l’auteur, mais leur sagesse « apparaît plutôt par à-coups, par intermittence, dans telle situation, au cours de tel événement ». La plupart du temps, les sages de la vie le sont à leur insu, et sans qu’ils désirent le devenir, car nous dit l’auteur, vouloir être sage, c’est comme vouloir être un arbre en fleurs : « On l’est ou on ne l’est pas, on ne peut pas le devenir ». Reste que nous ne pouvons nous empêcher d’aspirer à cette impossible sagesse, et à faire de notre vie une belle vie, une vie plus pleine, plus riche, où nous serions en paix avec nous-mêmes et avec nos contradictions.

Jacques Schlanger, Impossible sagesse
Éditions Métailié, avril 2007
Entretien avec Jacques Schlanger sur le site de la Fondation la Poste

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