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Entretien avec Laurence Campa
Propos recueillis par Nathalie Jungerman

 

Laurence Campa photo Laurence Campa
octobre 2007
photo. N. Jungerman

Laurence Campa est maître de conférences à l’université de Paris-XII-Val-de-Marne, est l’auteur de L’Esthétique d’Apollinaire (Sedes, 1996), Parnasse, Symbolisme, Esprit nouveau (Ellipses, 1997), Apollinaire critique littéraire (Champion, 2002), d’une édition critique des Poèmes à Lou (Gallimard, 2005) et d’une nouvelle édition des Lettres à Madeleine. Tendre comme le souvenir (Gallimard, 2005).

Vous avez publié divers livres sur Apollinaire dont L’Esthétique d’Apollinaire (Sedes 1996), Passion Apollinaire avec Michel Décaudin, aux éditions Textuel en 2004, une nouvelle édition des Lettres à Madeleine aux éditions Gallimard, en 2005... Aujourd’hui paraît cet ouvrage, Je pense à toi mon Lou. Poèmes et lettres d’Apollinaire à Lou. Comment est née votre passion pour Apollinaire ? Et votre collaboration avec Michel Décaudin ?

Laurence Campa : Comme beaucoup de littéraires qui s’intéressent à la poésie, je me suis passionnée pour Apollinaire hors du cadre scolaire, en commençant par lire Alcools. Plus tard, après avoir travaillé sur Mallarmé pour mon Diplôme d’Etudes Approfondies, j’ai choisi de consacrer mes recherches doctorales sur un des rares sujets qui n’avaient pas encore été abordés : « Apollinaire, critique littéraire ». Michel Décaudin, professeur émérite, spécialiste d’Apollinaire qui a notamment édité pour la première fois, l’ensemble de la correspondance du poète dans la collection blanche des éditions Gallimard, était un homme formidable, accueillant, un puits de science et de générosité. Tous ceux qui travaillaient sur Apollinaire étaient amenés à le rencontrer. Même s’il n’a pas été mon directeur de thèse, car à l’époque il était déjà à la retraite, il m’a beaucoup aidée et encouragée. Depuis sa mort en 2004, je tente de poursuivre le travail de recherche qu’il a initié. Pour le livre Passion Apollinaire, les éditions Textuel m’ont demandé de reprendre ses travaux inachevés. À partir de cette publication, les projets se sont enchaînés. Gallimard m’a fait confiance pour établir l’édition des Lettres à Madeleine sortie en 2005, puis Thomas Compère-Morel qui était directeur de l’Historial de la Grande Guerre à Péronne, et souhaitait monter une exposition autour d’Apollinaire, m’a contacté pour collaborer avec lui. J’ai donc été commissaire de l’exposition « Apollinaire au feu », présentée de février à juin 2005, au château de Péronne. Une très bonne expérience. Cette même année, Marianne Théry, directrice de cette maison innovante et courageuse que sont les éditions Textuel, me proposait de réfléchir à un prochain ouvrage sur Apollinaire. Nous sommes tombées d’accord pour réaliser une nouvelle édition des « Poèmes et lettres à Lou ».

Parlez-nous des différentes publications des Poèmes à Lou.

L. C. Tout d’abord, il ne faut pas oublier que Poèmes à Lou est un recueil posthume, Apollinaire n’a pu décider du choix et de l’ordre des textes publiés. On sait que dès 1921, trois ans après la mort d’Apollinaire, André Rouveyre a tenté d’éditer les poèmes contenus dans les lettres. Cependant, Lou a refusé de lui livrer sa correspondance. Ce n’est qu’en 1940, qu’il a réussi à la convaincre de publier quelques extraits des pièces poétiques. Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs éditions des poèmes - non des lettres toujours interdites de publication - ont vu le jour grâce à la persévérance de l’éditeur suisse Pierre Cailler, en 1947 sous le titre « Ombre de mon amour » et en 1955 sous le nom « Poèmes à Lou ». Cet éditeur qui donnait à lire des textes tantôt bibliophiliques, tantôt très grand public, préparait en fait depuis des années une édition en fac-similé de la totalité de la correspondance. L’ouvrage, Lettres à Lou, fut prêt en 1956, il comportait une introduction d’André Rouveyre et un frontispice d’Henri Matisse. Cependant, il fut détruit après tirage. Il n’en reste que de rares exemplaires, très recherchés. L’édition Cailler de 1956, abritant la totalité de la correspondance telle qu’elle était entre les mains de Lou dans les années 1950, sert de base au livre qui sort aujourd’hui. Pierre-Marcel Adéma, biographe d’Apollinaire avait lui aussi échoué dans son projet de publier cette correspondance. Les intéressées étaient encore en vie et le contenu était un peu trop audacieux pour les années 1950-1960.
Lou est morte en 1963 et Jacqueline, en 1967. Il a fallu attendre 1969, pour que Michel Décaudin puisse consulter l’intégralité des lettres et les publier chez Gallimard.

Quant à l’originalité de la présente édition...

L. C. Dans la présente édition, Je pense à toi mon Lou, il y a deux inédits que j’ai retrouvés. Même si nous possédons l’essentiel de la correspondance, il est tout à fait possible que de nouveaux documents, des cartes postales ou des dessins par exemple, réapparaissent lors d’une vente d’autographes ou au hasard d’une recherche dans le fonds d’une bibliothèque française ou étrangère. Cette nouvelle édition est née d’un désir multiple, replacer les lettres dans leur contexte, mettre en valeur l’écriture et le support avec les fac-similés d’autographes et leur donner un nouveau souffle en les soumettant aux lecteurs d’aujourd’hui. Elle offre ainsi une nouvelle façon de lire. J’ai annoté et commenté le texte de manière à ce qu’il soit accessible à un large public. Comme il y a plusieurs niveaux de lectures, chacun est libre de se laisser guider ou non par les introductions et les notes, de lire uniquement les transcriptions des lettres ou des poèmes, ou directement les fac-similés.
J’ai souhaité que la préface renferme toutes les informations utiles à ce recueil. C’est donc à la fois un beau livre à regarder, et un document de travail.

Certaines lettres posent la question de la datation

L. C. Apollinaire n’a pas daté toutes ses lettres et certaines ont été datées par Lou a posteriori. Il y a parfois des incohérences dans les indications qu’elle donne et comme les enveloppes ont disparu, il est impossible de vérifier les cachets postaux. Par recoupements, on peut apporter de nouvelles hypothèses, ce que nous avons fait Michel Décaudin et moi-même. Toutes les précisions de dates qui ne sont pas de la main d’Apollinaire sont entre crochets dans le livre. La particularité de cette édition tient également au fait qu’elle modifie l’ordre traditionnel du recueil, établi depuis cinquante ans. Bien entendu, il s’agit d’une proposition puisque l’ouvrage n’est pas conçu par l’auteur.

Pouvez-vous nous rappeler le contexte dans lequel Apollinaire écrit ces lettres, de 1914 à 1915.

L. C. C’est un moment particulier de son existence qui est lié au destin collectif. Apollinaire rencontre Lou après l’entrée en guerre fin septembre 1914. Il a cherché à s’engager dès le mois d’août. Comme il est officiellement sujet russe polonais, et que les autorités militaires sont débordées par l’afflux des dossiers, sa demande a été déboutée. Les journaux, les théâtres ont fermé, les amis sont dispersés... Un de ses amis lui propose de l’accompagner sur la Côte d’Azur. Il y retrouve des connaissances parisiennes. Nombreux sont ceux qui étaient partis dans le Sud, loin du conflit ; ils prenaient des « vacances » en attendant d’en savoir un peu plus sur les événements. Il ne faut pas oublier qu’à l’époque, on pensait que la guerre ne durerait pas. Là-bas, il rencontre la comtesse Louise de Coligny-Châtillon. Apollinaire s’éprend immédiatement de cette femme au caractère fantasque, divorcée depuis 1912, avide de liberté et de nouveauté. Il se déclare, lui envoie des lettres, lui fait sa cour de poète amoureux. Sans la fléchir. Début décembre 1914, il entreprend de faire aboutir son engagement. Il signe et entre à la caserne du 38e régiment d’artillerie de campagne de Nîmes. Lou cède au dernier moment, le rejoint à Nîmes. Pendant quelques jours, ils se donnent l’un à l’autre sans retenue. Lou repart pour la côte d’Azur, et le poète lui écrit tous les jours, la correspondance s’enrichit. Ils se rencontrent encore quelques fois avant de rompre à la fin du mois de mars 1915. Apollinaire part au feu et continue à lui écrire. Puis, dans un train, il fait la connaissance de Madeleine Pagès dont il tombe amoureux. Sa relation épistolaire avec Lou s’étiole, il lui envoie une dernière lettre le 18 janvier 1916.

Ces lettres qui se poursuivent en vers, ces poèmes épistolaires, ont des tonalités différentes qui mêlent respect - parfois on dirait l’adresse d’un troubadour à une châtelaine -, audace, érotisme, réalité quotidienne...

L. C. Apollinaire utilise toute la gamme qui est à sa disposition pour conquérir Lou. Les poèmes ont pour mission de séduire, de dominer et de posséder. Apollinaire rappelle dès le début de la correspondance, qu’il est bien élevé, qu’il se nomme de Kostrowitsky, que c’est un poète accompli et fameux, le ton est respectueux, chevaleresque... Puis la métaphore est audacieuse, charnelle, elle doit provoquer, faire sourire, donner corps à l’expression de son désir ardent. Lou n’est pas farouche et lui permet d’unir l’amour, la jouissance et la poésie, de vivre un amour littéraire dégagé de tout moralisme. Apollinaire a été auteur et éditeur de littérature érotique et pour lui, la littérature n’a rien à voir avec la morale. Telle une héroïne des romans du XVIIIe siècle, Lou incarne ce que le poète cherche, à la fois une forme de noblesse et une extrême liberté. Elle est son inspiratrice, sa muse, une femme réelle et un être de mots. Je crois qu’il faut lire les Poèmes à Lou en pensant qu’il s’agit aussi d’une construction littéraire. Apollinaire chante son bonheur, célèbre la sensualité de la femme aimée ou exprime le regret qui l’accable. À partir du moment où il est au front, il s’imprègne d’une réalité quotidienne, prend la mesure du conflit, tire le meilleur parti de son expérience de la guerre. L’inspiration s’adapte à ce que le poète rencontre.

Une lettre de Lou est publiée à la fin de l’ouvrage. Connaît-on les autres lettres ?

L. C. Nous en connaissons six ou sept, conservées à la bibliothèque américaine de Washington. Celle qui est publiée est une des plus intéressantes. La plupart du temps, Lou se contentait de répondre du tac au tac. Elle écrivait quand elle avait le temps, toujours à la hâte, avec désinvolture. Il semble qu’elle était assez frénétique, nerveuse disait-on à l’époque, et ses autographes en sont un témoignage. Elle n’était pas cultivée, peu soucieuse de l’art du poète mais ravie de leur complicité.
En revanche, les lettres de Madeleine Pagès - qui appartiennent à une collection privée - sont beaucoup plus riches. Madeleine était plus cultivée, plus fine, et puis elle était fiancée à Apollinaire. Lorsque j’ai publié les Lettres à Madeleine, certains ont regretté qu’il n’y ait pas celles que Madeleine a adressées à Apollinaire. C’est à mon avis une question de point de vue. Éditer une correspondance croisée n’apporterait pas grand-chose, ce serait beaucoup trop déséquilibré. Que ce soit une monodie n’est pas gênant parce que ça constitue un texte, une oeuvre à part entière. En l’occurrence, la correspondance d’Apollinaire est incommensurablement plus intéressante que ce que pouvait répondre Lou ou même Madeleine. On a publié cette lettre de Lou parce qu’elle parle de poésie. Elle est une curiosité, un document rare.

Les Lettres à Lou comprennent des poèmes calligrammatiques appelés d’abord « idéogrammes lyriques »...

L. C. Apollinaire a inventé en 1912 la forme calligrammatique dont il est très fier. Il s’en sert dans sa correspondance pour mieux séduire Lou. Grâce au fac-similé, le lecteur peut examiner sa façon de procéder. Par exemple, on peut voir qu’Apollinaire a dessiné un palmier avant d’écrire (« Hommage respectueusement passionné », fin octobre-novembre 1915), ou que le poème du 9 février 1915 est rehaussé de couleurs. Le fac-similé permet de retrouver le geste de la main, le plaisir graphique.

Ils sont une expérience typographique, une façon d’introduire l’art plastique dans la poésie...

L. C. Oui et ce qui est très intéressant également, c’est que le calligramme permet d’associer le geste unique à la reproduction multiple, par le livre, à l’instar d’une oeuvre gravée.
Le calligramme d’Apollinaire est une création poétique et visuelle, une composition dynamique. Certains sont assez abstraits, et si on ne lit pas, on ne peut pas savoir de quoi il est question. Parfois, la forme apporte même un sens qui s’oppose au texte, contrairement au poème-dessin qui existait déjà chez Rabelais, et qui figurait la réalité en entretenant seulement une correspondance entre la forme et l’écriture. Quand vous lisez le calligramme d’Apollinaire, la lecture anime la forme, donne une vie à la fois sensuelle, auditive, scripturale et plastique.

Apollinaire s’intéresse aux peintres « nouveaux », se lie d’amitié avec eux, les exalte et devient aussi critique d’art...

L. C. Apollinaire a été un des premiers à défendre une peinture que peu de monde appréciait. Il commence très tôt à être critique d’art. Dès 1902, il rédige ses premiers articles, en 1905, son premier texte sur Picasso. Il écrit aussi sur Matisse, alors qu’au Salon d’automne vient d’éclater le « scandale des Fauves ». Il prend donc des partis audacieux. Chroniqueur à l’Intransigeant, il tient la rubrique d’art à partir de 1910 et écrit quotidiennement sur les expositions et les salons. Il se lie aussi d’amitié avec Derain et Vlaminck vers 1904 ou 1905, et les encourage. On ne peut pas dire qu’il soit le porte-parole des peintres mais il les défend sur la place publique, ce qui lui vaut d’ailleurs bien des soucis. À l’Intransigeant, on finit par lui dire qu’il est trop partial et qu’il doit quitter le journal. Il travaillera pour Paris-Journal à partir de 1912. Apollinaire défend tout ce qui est nouveau, tout ce qui fait preuve de recherches et d’expériences. Il aime la fécondité de son temps.

Parlez-nous de la poésie d’Apollinaire, de son style, des libertés grammaticales et syntaxiques du poète, des innovations...

L. C. Apollinaire est un des poètes les plus novateurs de son temps. Mais il n’innove jamais qu’en conservant. Contrairement aux avant-gardistes de son époque, il ne rompt pas avec le passé, il s’en nourrit pour trouver des territoires nouveaux. Il est dans l’ordre et l’aventure, la tradition et l’invention. Sa poésie se caractérise par l’usage d’une grande liberté formelle : ruptures syntaxiques, ordre des mots inversés ou répétés, introduction de mots familiers, techniques, créations lexicales, libertés syntaxiques, alternance entre vers traditionnel, élégiaque et vers libre ou prosaïque... C’est un jeu subtil entre tradition et modernité. Il disait que lorsqu’il écrivait, il entendait toujours une musique intérieure. Par conséquent, les innovations, les ruptures s’ordonnent, s’intègrent dans une cadence particulière, une mélodie, une musique propre, celle du poète que l’on entend quand on lit. La poésie d’Apollinaire est souvent bien proche de la chanson. Je voudrais rappeler à propos des calligrammes, que le recueil du même nom, paru en 1918, a été mal reçu, à la fois pour des raisons socio-politico-martiales et pour des raisons esthétiques. Nombreux sont ceux qui n’ont pas compris comment Apollinaire pouvait tirer de la beauté de ce qui avait été vraiment l’horreur, ou simplement, comment il avait pu continuer à écrire. En 1918, quatre ans de guerre viennent de s’écouler, une guerre qui ne devait durer que quelques jours... Cendras, par exemple, disait : « Soit on tient un fusil, soit on écrit ». Apollinaire continuait, non seulement à écrire, mais aussi à poursuivre son expérience et ses recherches poétiques.
D’un point de vue esthétique, on trouvait que les calligrammes étaient un amusement, une fantaisie qui présentait trop de légèreté. Beaucoup n’ont pas vu combien cette recherche était féconde, combien elle allait libérer la poésie du XXe siècle, au moins dans l’Europe occidentale. Même Breton et le tout jeune Aragon qui admiraient Apollinaire, se sont chargés, après la guerre, de « tuer le père ».
Les chercheurs, notamment Michel Décaudin et Claude Debon, se sont battus pour légitimer les calligrammes. Il y a encore quelques années, on lisait beaucoup plus Alcools. Actuellement, Calligrammes est mieux perçu par les jeunes générations. C’est aussi parce qu’elles n’ont pas de problèmes avec la spatialité. Elles ne se demandent pas dans quel sens on lit les calligrammes qui, autrefois, semblaient pour beaucoup illisibles.

Dans une lettre à Lou, Apollinaire écrit :

Lorsque mon nom sera répandu sur la terre
En entendant nommé Guillaume Apollinaire
Tu diras « il m’aimait » Et t’enorgueilliras.

Il avait conscience de la valeur des poèmes qu’il lui envoyait...

L. C. Il disait sans aucun complexe « Je veux être le plus grand poète du monde ». Et quand il écrit à Lou, « Je veux te rendre égale à Hélène », il faut le prendre au pied de la lettre. Lou est devenue une figure à part entière au même titre que d’autres muses de poètes célèbres. Ce qui est formidable, c’est qu’il a réussi.

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