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Arthur Rimbaud : portrait.
Par Corinne Amar

 

Rimbaud, photo de Carjat, 1871 Arthur Rimbaud
photographié par
Étienne Carjat
1871

Ses presque dix-sept ans - cet « âge des espérances et des chimères » - ouvrirent en lui la voie tracée du génie qu’il fut ; il écrivait au chef de file du Parnasse, Théodore de Banville, lui envoyait ses premiers vers, s’éprenait de traditionnelle beauté antique, se savait des maîtres parmi les descendants de Ronsard, se voulait adorer deux déesses, Muse et Liberté, soulevé qu’il était, par une révolte de vie et un sens insatiable de la fugue, du vagabondage : il s’était reconnu poète - « et voici que je me suis mis, enfant touché par le doigt de la Muse, - pardon si c’est banal, - à dire mes bonnes croyances, mes espérances, mes sensations, toutes ces choses des poètes... » et signait, d’un « Ambition ! ô Folle ! Arthur Rimbaud. » (Charleville, 24 mai 1870).

Cadet d’une fratrie de cinq enfants, Arthur Rimbaud naît, à Charleville, dans les Ardennes, un 20 octobre 1854, d’un père, militaire de carrière et très vite absent, et d’une mère, paysanne, qui compensera cette absence par une éducation froide, exigeante et rigoriste. À l’école, il collectionne les prix, découvre l’univers poétique, s’y jette, y puise de quoi oublier « l’haleine morose » et glacée d’un logis familial, d’« un lit sans plumes » ; il se prend de passion pour des modèles qu’il admire, Théodore de Banville, Théophile Gautier, Leconte de Lisle, Baudelaire..., rédige ses premiers vers. Il fait la rencontre décisive, cette même année 1870, d’un nouveau professeur de littérature arrivé au collège, Georges Izambard, aîné d’à peine quelques années, à la fois, confident et protecteur, lecteur avisé et encourageant, et qui aura une grande influence sur lui. Esprit hors du commun, impétueux épris d’absolu, animé de désirs sensuels et de chants mystérieux, Rimbaud, rédigeant et envoyant ses trois premiers poèmes - Ophélie, Sensation, Credo in unam -, prenait toute la mesure de son mal être de vivre à Charleville, de son besoin de partir - il fugue, Paris l’attire, on le ramène, il fugue à nouveau -, de son urgent besoin de marcher, d’aller « loin, bien loin, comme un bohémien, Par la Nature, - heureux comme avec une femme », sûr de sa différence et déjà, et pour toujours, si prompt à l’ennui et rebelle à la règle. De Charleville, le 2 novembre 1870, il écrit à Georges Izambard, en qui il cherche appui et réconfort, de qui il quête l’estime ;
Monsieur,
- A vous seul ceci. - Je suis rentré à Charleville un jour après vous avoir quitté. Ma Mère m’a reçu, et je suis là... tout à fait oisif. Ma mère ne me mettrait en pension qu’en janvier 71.
Eh bien, j’ai tenu ma promesse. Je meurs, je me décompose dans la platitude, dans la mauvaiseté, dans la grisaille. Que voulez-vous, je m’entête affreusement à adorer la liberté libre, et... un tas de choses que « ça fait pitié », n’est-ce pas ? Je devais repartir aujourd’hui même ; je le pouvais : j’étais vêtu de neuf, j’aurais vendu ma montre, et vive la liberté ! -Donc je suis resté ! je suis resté ! - et je voudrai repartir encore bien des fois. - Allons, chapeau, capote, les deux poings dans les poches, et sortons. - Mais je resterai, je resterai. Je n’ai pas promis cela ! Mais je le ferai pour mériter votre affection : vous me l’avez dit. Je la mériterai. Et signe ; Ce « sans-coeur » de A. RIMBAUD. Un an plus tard, il correspond avec Verlaine, qu’il admire et à qui il a envoyé quelques poèmes. Il veut venir vivre à Paris, lui demande son aide. Verlaine l’appelle à Paris : « Venez chère grande âme, on vous appelle, on vous attend ! » Rimbaud y est en septembre 1871, rencontre le cercle des Vilains Bonshommes, lit ses vers devant cette société bachique des meilleurs poètes du temps, poètes parisiens et amis de Verlaine, en obtient l’adhésion. Ses alexandrins subjuguent aux dîners littéraires, ses provocations - alors qu’il séjourne chez les Verlaine - perturbent le ménage, récemment marié : il est renvoyé dans sa province.
Mai 1872 : les poètes aimantés, amants scandaleux, se retrouvent, s’enfuient hors de Paris, mènent une vie agitée à Londres, puis à Bruxelles. Leur liaison amoureuse est tumultueuse, se termine en drame passionnel ; dans un hôtel bruxellois, Verlaine tire sur Rimbaud. Le premier est incarcéré, le second écrit Une saison en enfer - plaquette de proses dont le destinataire est Satan, publiée à compte d’auteur, en 1873, et dont Verlaine dira qu’il s’agit d’ une « prodigieuse autobiographie spirituelle » : Rimbaud a dix-neuf ans et aspire à « posséder la vérité dans une âme et un corps ». En mars 1875, à Stuttgart où il étudie l’allemand, il revoit pour la dernière fois Verlaine. En mai, il voyage en Italie. Par où étreindre « la réalité rugueuse » ? Les années qui suivent sont marquées par de perpétuels déplacements, le constant désir d’aller plus loin, le démon de l’aventure, coûte que coûte, parce qu’à elle seule, la poésie ne peut changer la vie, le goût de l’or, l’éblouissement facile, la déception, fatale. Vienne, Java, Stockholm, Chypre, Alexandrie, les ports de la Mer Rouge... Il travaille sur des chantiers, se fait embaucher, là où il peut. Le 7 août 1880, il arrive à Aden (comme Chypre alors, une colonie anglaise). Engagé par une maison de commerce, il est affecté à la succursale de Harar, en Éthiopie, en décembre. Les deux villes seront ses résidences principales, les dix années qui suivront. Les Illuminations paraissent en octobre 1886 : cinquante-quatre poèmes en prose - « poétique du fragment » ou météorites purs -, vertigineux par le jaillissement de leur modernité, la puissance de l’univers intérieur qui les habite, les exprime. Qu’il se lance dans des expéditions au long cours, comme celle qu’il tente en 1886, pour livrer à Ménélik, roi du Choa, plusieurs milliers de vieux fusils ou qu’il confie - dans une tentative de revenir à une certaine forme d’écriture, celle du journalisme - au Bosphore égyptien, le récit de son dernier voyage (publié fin août 1887), il s’ennuie. À Harar aussi, comme ailleurs, et même s’il y retourne pour diriger une factorerie. Dans une de ses lettres à sa famille, il confie : « Je m’ennuie beaucoup, toujours ; je n’ai même jamais connu personne qui s’ennuyât autant que moi ». Le 9 mai 1891, malade, il doit rentrer en France. Le 22 mai, un cancer se généralise, il est amputé d’une jambe à l’hôpital de Marseille. La dernière décennie de Rimbaud ? Verlaine la résumera : « (...) il ne fit plus rien que de voyager terriblement et de mourir très jeune. » Rimbaud meurt le 10 novembre 1891, à 37 ans, veillé par sa soeur cadette Isabelle.

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