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Otto Dix : portrait.
Par Corinne Amar

 

Otto Dix, autoportrait dans un abri, 1916 Otto Dix
Autoportrait dans un abri
20 mars 1916
Mine de plomb sur carte postale militaire
© Adagp, Paris 2007

« Il me regarda fixement, le front crispé, la mine sombre, sans mot dire, d’abord en se plaçant sur ma droite, puis sur ma gauche. Il sembla s’être fait de moi une impression précise, qu’il nota à traits rapides dans son carnet d’esquisses, en me tournant le dos. Je me souviens très nettement de cela, parce que ce comportement étrange, singulier et inhabituel me fit si forte impression que je pris peur... »
(Lettre de Volkmar Glaser à Sabine Rewald, le 26 février 1994, à propos d’Otto Dix qui fit son portrait, en 1925, alors qu’il avait treize ans.)

Il fait partie des peintres de l’Allemagne des années noires, montré du doigt comme « artiste dégénéré » par le régime nazi et dont nombre de toiles furent brûlées ou retirées des musées, engagé volontaire comme soldat pendant la Première Guerre mondiale et définitivement marqué par ses atrocités, qui ne put plus créer autrement qu’en faisant de ce traumatisme la base de ses oeuvres, et de son art, son ultime refuge. Enfant de famille ouvrière, avec une mère sensible à l’art, Otto Dix naît en Thuringe, près de Gera, en 1891. Depuis l’âge de douze ans - au crayon, à la plume, au fusain -, jusqu’aux autoportraits de la fin de sa vie en 1969, gravés sur pierre, il dessine tout ce qui lui tombe sous les yeux. Dessiner, pour lui, apparaît très tôt comme un moyen de se connaître, une manière certaine de penser, de formuler les éléments de sa propre esthétique et de sa philosophie. Il en commence l’apprentissage comme peintre décorateur, vers 1906, auprès d’un maître, fait ses études à l’Ecole des arts décoratifs de Dresde, de 1910 à 1914. Les primitifs italiens, les vieux maîtres allemands, l’influence marquée d’Eros et de Thanatos, une concision lapidaire dans le portrait, comme dans le nu, un trait nouveau en peinture, entre Renaissance et futurisme, insufflent à Otto Dix le souci d’être un « artiste indépendant », trouver sa propre voie dans le style. Entre 1925 et 1927, il vit à Berlin où sa peinture critique atteint son apogée, devient artiste du mouvement de la « Nouvelle Objectivité », dont il est un des pères fondateurs, aux côtés du peintre George Grosz - mouvement qui réunira artistes et intellectuels allemands - qui avaient d’abord été dadaïstes ou même expressionnistes -, conscients de leur responsabilité politique, et soucieux de représenter le réel sans fard : soldats, invalides de guerre et atmosphères de morts-vivants, membres épars, sexualité mutilée, voire obscène, trous d’obus ou tranchées écroulées, dans les années 20, nus et portraits des années 30 ; couleurs acides, froides, agressives, images durement réalistes où la férocité martèle, l’angoisse se montre. « De l’art, les expressionnistes, écrira t-il en 1965, en ont bien assez fait. Nous, nous voulions voir la réalité, nue et claire, presque sans art ». La critique d’art contemporaine nommera ce nouveau réalisme en peinture « vérisme ». En 1927, il est nommé professeur à la Kunstakademie de Dresde. A l’arrivée de Hitler au pouvoir, en 1933, il est l’un des premiers professeurs d’art à être renvoyé. La même année, il commence une « émigration intérieure » dans le sud-ouest de l’Allemagne. Il peint des paysages. Années terribles, anxiété faussement calme de ses sujets. En juin 1939, il écrit à son ami l’artiste Ernst Bursche, à Dresde : « Je peins surtout des paysages, beaucoup d’études d’arbres et de maisons, pour me libérer du « motif » et pour inventer les paysages en toute liberté. Car il est rare que l’on trouve un motif sous la forme exacte dont on a besoin dans sa peinture. (...) » Il dira plus tard que la peinture de paysage fut pour lui, qui ne pouvait plus peindre de portraits, une sorte d’exil. En 1939, il est arrêté pour complot contre Hitler, enfermé par la Gestapo deux semaines, puis relâché. Il est meurtri par les deux guerres. Peindre le rassure. Au service de la peinture, Otto Dix cherche, tantôt à s’approcher du réel, tantôt à se libérer du sujet. Il voit vite, il va vite. En 1958, la journaliste Sylvia Harden, dont le portrait est si connu, se souvient que, se trouvant dans un café, en 1926, elle vit soudain « un inconnu arriver à côté d’elle. D’une voix rauque, parlant sans ouvrir la bouche, il me dit : « Il faut que je fasse votre portrait ! Absolument ! » Dix emmène alors jusqu’à son atelier du Kurfürstendamm celle qui vient de lui faire si forte impression ; « sans un mot, il me fait asseoir sur une chaise décorée devant un guéridon de marbre. Avant qu’il m’ait indiqué une pose, je croisai les jambes, je me mis à jouer avec une cigarette et j’appuyai un bras sur le dossier [...] Il commença les premières études, debout devant son chevalet où se trouvait punaisée une feuille blanche. Il travaillait si vite que j’eus peine à en croire mes yeux lorsqu’en une seule matinée, il eut terminé l’étude préparatoire. » (cf. Otto Dix, Dessins d’une guerre à l’autre, éd. Gallimard, Centre Pompidou 2003, p.64).
Vieillissant, l’artiste se consacre davantage à la thématique religieuse, abandonne le nu, aborde, un temps, une peinture plus ouvertement pornographique, préfère enfin, le portrait - d’enfants, d’artistes ou d’intellectuels - qu’il pratique, désormais, sur commande.
Otto Dix meurt en 1969, âgé de 78 ans, frappé d’hémiplégie.

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