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Dernières parutions, décembre 2007

 

Correspondances

Proust, Correspondance Marcel Proust, Correspondance. Choix et présentation Jérôme Picon. Une sélection d’une centaine de lettres parmi les milliers rédigées, où se dessine avec précision l’empreinte déterminante de l’activité épistolière sur l’oeuvre de Marcel Proust. Dans sa très subtile présentation, Jérôme Picon dénoue toute la complexité de la perception de la réalité du romancier, champ de réinvention perpétuelle et de sa volonté à parer sa correspondance de vertus éclairantes pour l’interprétation future de ses écrits. Au fil d’une volumineuse correspondance, l’auteur d’À la Recherche du temps perdu fait ainsi entrer en résonnance écriture intime et fiction, nourrissant ses missives d’éléments, de sentiments, de considérations identifiables dans ses romans. « C’est à toi que je pense sans cesse et je t’écris pour ne te parler que de moi. » confesse t’il à son ami Antoine Bibesco, avouant au détour d’une phrase combien au fond seule lui importe la cause littéraire. Il ne cherche pas vraiment à dialoguer avec ses destinataires, aussi précieux soient-ils à ses yeux, mais plutôt à exprimer au travers de la lettre, « ce second visage qu’un être montre quand il est absent », ce « je » érigé au rang de personnage, au seul service de l’œuvre et de sa quête d’un large public. Ed. Flammarion, collection GF, 382 p, 8,30 €.

Saint Exupery, Manon danseuse Antoine de Saint-Exupéry, Manon danseuse et autres textes inédits. Ce coffret rassemble des inédits d’Antoine de Saint-Exupéry dont l’un de ses premiers textes, Manon, danseuse resté inconnu à ce jour. Le récit d’un échec, celui d’une prostituée qui rencontrant un homme d’âge mûr s’imagine pouvoir s’arracher à sa condition. D’Autour de Courrier Sud et de Vol de Nuit nous parviennent les voix du pilote de l’Aéropostale et de l’écrivain inextricablement mêlées. Dans les lettres destinées à Louise de Vilmorin, son grand amour de jeunesse auquel il restera attaché et à Yvonne de Lestrange, une cousine de sa mère, amie de Gide et proche de la NRF, l’auteur du Petit Prince aiguise ses convictions littéraires, politiques et sociales forgées au rythme de ses voyages et déploie cette infinie tendresse teintée de mélancolie qu’on lui connaît à l’égard des femmes. Passion amoureuse, correspondance lyrique encore que ces Sept lettres à Nathalie Paley adressées en 1942, depuis son exil américain à cette princesse Romanoff, petite-fille du tsar Alexandre II, égérie du milieu de la mode, artistique et intellectuel du Paris des années 30. « Et puis cette lumière de lait et de miel que vous versez tout entière et qui fait qu’ouvrir votre robe est doux comme la pointe du jour. Pointe du jour, mon amie, mon amour, j’ai besoin de vous respirer. » Mélancolie toujours, commune à tous les récits, de celui qui s’éloigne des êtres chers par soif d’aventure et qui ne se satisfait plus du monde qu’il laisse derrière lui pas plus que de ceux qu’il découvre. D’où le désir constant de consolation et cette issue entrevue dans l’écriture comme une autre façon d’être au monde. Gallimard, 360 p, 28,90 €.

Giacomo Leopardi, Correspondance générale Giacomo Leopardi, Correspondance générale (1807-1837). Traduit de l’italien par Monique Baccelli. Il y a, d’abord, l’introduction d’Antonio Prete : brève sur la vie, l’œuvre, de Giacomo Leopardi (1798-1837), elle se déguste comme une liqueur, tant le personnage, poète marquant du dix-neuvième siècle italien, moraliste, philosophe, auteur d’un monumental Journal intime, le Zibaldone (éd. Allia, 2003) ou de Petites OEuvres morales, extraordinairement singulier, intéresse, intrigue, émeut, fascine. Né dans une petite ville, d’une famille aristocratique et désargentée, habitant un palais, ce génie précoce au visage et au corps ingrats, solitaire, tourmenté, qui se brûla littéralement les yeux et la santé dans « l’étude folle et désespérée », puise dans l’immense bibliothèque paternelle, dans les mille et une lectures et les dialogues nuit et jour avec les Anciens, les langues mortes, la philologie, l’apprentissage de sa vie et de sa pensée. La Correspondance générale - lettres envoyées et lettres reçues aussi - dit beaucoup, sinon tout, de l’exigence « d’une vérité sur soi » : les lettres au père, le comte Monaldo, au frère Carlo, à la sœur Paolina - plus rares, celles à la mère -, aux deux amis intimes, avouent les souffrances existentielles, les projets, les soucis d’écriture, les rêves, toute la genèse d’une création littéraire ; confient une santé fragile et qui peu à peu se consume, décrivent les voyages innombrables en Italie, dans lesquels, il cherche, vainement, l’idéal d’un lieu à la mesure de l’homme, à sa mesure, et à chaque fois, « une renaissance des sens ». Sans oublier ce chagrin ; le besoin inconsolable d’amour. Ainsi, à Carlo, ce sublime cri du coeur ; « Aime-moi... J’ai besoin d’amour, d’amour, d’amour, de feu, d’enthousiasme, de vie, le monde ne me semble pas fait pour moi. » Eprouvé par la vanité de tout, il arrêtera d’écrire, à l’âge de trente-quatre ans : « Mes occupations consistent à tâcher de perdre tout mon temps ; je n’écris pas, je ne lis pas, je fais tous mes efforts pour penser le moins que je peux ». Il est dit de certaines âmes trop sensibles pour cette terre, qu’elles ne sauraient s’éterniser : on doit à Leopardi un ultime poème testamentaire, Le Genêt ; il meurt à Naples, en 1837, d’une indigestion de glace au citron. Quant à l’édition en elle-même ? De la présentation aérée des lettres à la délicatesse du papier sous les doigts, l’ensemble est une grâce. Éd. Allia, 2 320 p. 40 €. [Corinne Amar]

Biographies /Autobiographies

Imre Kertész, Dossier K Imre Kertész, Dossier K . Traduction du hongrois Charles et Natalia Zaremba. Après le prix Nobel en 2002, des rumeurs et des informations inexactes sur la vie d’Imre Kertész circulent, alimentées par les détails autobiographiques relatés dans Être sans destin ou Le Refus. Son éditeur et ami, Zoltán Hofner lui propose alors de se soumettre à une « interview approfondie », une série d’entretiens qui viendrait rétablir la vérité. Mais la réalité brute n’offre guère d’intérêt pour un romancier, « ce ne sont pas les faits qui comptent, mais uniquement ce qu’on y ajoute. » Il écarte donc la simple retranscription de sa mémoire et donne à ces conversations une vraie dimension romanesque en réécrivant le tout, même s’il conserve la forme d’un dialogue avec un ami (ou alter ego), dans la lignée des dialogues platoniciens. D’une certaine manière, son rapport à la réalité ne peut être autre, il lui faut passer par la littérature et le processus de transformation qu’elle suppose, « [...] l’autobiographie se souvient tandis que la fiction crée un monde. » Si exercice autobiographique il y a, il ne peut s’envisager sans rendre compte de la relation à l’acte d’écrire. Si le récit obéit à une trame chronologique, l’enfance, la déportation à Auschwitz et à Buchenwald, l’expérience du Stalinisme, la carrière de journaliste, les années de survie comme traducteur ou auteur de pièces de boulevard ; la vie réelle est sans cesse remise en perspective par un jeu de miroir avec des scènes entières de ses romans. La vérité autobiographique est-elle possible ? C’est toute la question de l’identité, de la conscience de soi et du monde que pose brillamment ce dossier K. Ed. Actes Sud, 208 p, 18 €. À paraître le 4 janvier.

Récits/Journaux

Alphonse Daudet, La Doulou Alphonse Daudet, La Doulou. « La torture... pas de mots pour rendre ça, il faut des cris. D’abord, à quoi ça sert les mots, pour tout ce qu’il y a de vraiment senti en douleur (comme en passion) ? Ils arrivent quand c’est fini, apaisé. Ils parlent de souvenir, impuissants ou menteurs. »
Tout comme ses « sosies en douleur », Baudelaire, Flaubert, Maupassant et Jules Goncourt, Alphonse Daudet était atteint de syphilis. Il l’avait contractée à 18 ans et la maladie se fit oublier pour ressurgir une fois l’écrivain quarantenaire, sous le nom de tabes dorsalis, une forme de neurosyphilis conduisant à la paralysie. Il consulta nombre de spécialistes dont le professeur Charcot qui jugea son cas désespéré, suivit des cures thermales, supporta des traitements inhumains et tenta d’étouffer ses souffrances dans le chloral, le bromure et la morphine. Jusqu’à sa mort en 1897, il connut une dizaine d’années d’un véritable calvaire. Bien que persuadé de la faiblesse de la langue à restituer l’épreuve de la douleur, il tint de 1885 à 1895 un journal de l’évolution de sa maladie. Le créateur de Tartarin de Tarascon et des Lettres de mon moulin y fait montre d’un courage exceptionnel et d’une grande dignité face à cette Doulu (douleur en provençal) qui compromet dans les pires moments ses facultés à penser et à écrire. Ces notes ne paraîtront qu’en 1930, une préface et une postface de Julian Barnes qui les a traduites en 2002 pour les lecteurs anglais accompagnent cette édition. Ed. Mercure de France, 124 p, 5 €

Jack London, Carnet du trimard Jack London, Carnet du trimard. Traduction de l’anglais Jacques Tournier. Présentation Jennifer Lesieur. Quand il débute ce carnet, Jack London n’a que 18ans et déjà une vie digne d’un roman. Il a à son actif quantité de petits boulots et a déjà goûté à d’autres horizons que ceux de la baie de San Francisco. À 14 ans, il s’éreinte dans une conserverie, à 15 ans il s’offre son premier bateau, s’improvise pilleur d’huîtres et se noit dans l’alcool. À 17 ans, il part chasser le phoque à bord d’une goélette qui sillonne les mers du Japon et de Sibérie. À son retour en Californie en 1894, les Etats-Unis traversent une terrible crise (annonciatrice de celle de 1929) qui laisse des milliers d’hommes sans travail. Jack London décide de rejoindre l’armée industrielle du général Jacob Coxey, une marche contestataire de chômeurs qui se dirige vers Washington. Pendant six mois, il parcourt l’Amérique d’Ouest en Est, d’abord avec ses camarades d’errance puis seul ce qui lui vaudra d’être emprisonné pour vagabondage. Du 6 avril au 31 mai 1894, date à laquelle s’interrompent les notes, d’Oakland à Chicago, il saute dans des trains en marche, endure le froid et la faim, croise la destinée d’innombrables laissés pour compte, accumulant une inestimable matière pour l’écrivain qu’il n’est pas encore. Révélateur de toute l’œuvre à venir, ce texte inédit, découvert par Jennifer Lesieur chez un collectionneur de Chicago, voit s’élaborer la pensée politique, sociale et profondément humaniste du romancier américain. Ed. Tallandier, 112 p, 15 €.

Joseph Conrad, Du goût des voyages Joseph Conrad, Du goût des voyages suivi de Carnets du Congo. Traduction de l’anglais et présentation Claudine Lesage. Pour la première fois sont publiés conjointement les Carnets du Congo, notes africaines sur la pénible remontée du Congo en 1890 aux commandes du steamer Roi-des-Belges, matrice même de Coeur des ténèbres et Du goût des voyages, article paru en 1924, dans lequel Joseph Conrad développe les raisons d’une existence marquée du sceau de l’aventure. Enfant fasciné par les cartes et bercé par la lecture des récits captivants de Tasman le Hollandais, de Cook, de Franklin ou de Livingstone, il s’est juré de suivre les traces des explorateurs qu’il admire pour leur audace et leurs qualités humaines. Capitaine au long cours dans la Marine marchande, il expérimente à son tour déboires et ivresse de l’exploit accompli. Notes succintes ou réflexion sur ses motivations profondes, tout s’articule avec cohérence autour de cette passion pour la géographie, de cette nécessité à repousser les limites du globe jusqu’à défricher un territoire de tous les possibles et de tous les extrêmes, l’espace infini de la littérature. Ed. Equateurs, 126 p, 12 €.

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