Fondation d'entreprise LA POSTE

Recherche

 

Dernières parutions, janvier 2008

 

Correspondances

Marguerite Yourcenar, Une volonté sans fléchissement Marguerite Yourcenar, Une volonté sans fléchissement - correspondance 1957-1960.
« [...] une attention perpétuellement en éveil, une volonté sans fléchissement et sans raidissement dont bien peu de nous sont capables, surtout au milieu des vaines violences, des bruyants lieux communs, et des écrasantes routines de notre temps. » Dans cette réponse à un universitaire, où elle revient sur les qualités d’Hadrien érigées en mode de vie, Marguerite Yourcenar livre en vérité beaucoup de son propre tempérament. Une solide détermination se dégage en effet des lettres écrites de 1957 à 1960, depuis l’île des Monts-Déserts dans le Maine où elle vit avec sa compagne Grace Frick ou lors de ses fréquents voyages. Par moments, les missives laissent filtrer des considérations personnelles, mais ce qui l’emporte toujours c’est le souci constant de l’œuvre, celle en cours d’élaboration, celle en cours de publication ou déjà éditée qu’elle défend coûte que coûte parfois même par recours judiciaire. Colossale capacité de travail, de recherche documentaire pour ses divers projets d’essais, pour ses conférences mais aussi curiosité pour la production littéraire d’autres auteurs qui lui soumettent leurs ouvrages. Après le succès mondial des Mémoires d’Hadrien, la fiction est en suspens bien que se dessine déjà L’Oeuvre au Noir en gestation. Éd. Gallimard, Blanche, 28 €.

Biographies/Autobiographies

Donald Antrim, La vie d’après. Traduction de l’américain Francis Kerline.
« Quand nous disons, dans le langage courant, que nous mourons d’envie pour telle chose ou d’amour pour telle personne, nous oublions souvent le sens littéral caché derrière la métaphore. J’étais un garçon qui se mourait, pour sa mère, qui accomplissait obstinément à sa place le travail de mort qu’elle avait commencé dès avant ma naissance. »
En août 2000, Donald Antrim perd sa mère et pense qu’il va enfin pouvoir vivre. Il croit en avoir fini avec ce sentiment de tragédie qui lui colle à la peau depuis l’enfance, au contact de la longue déchéance de sa mère. Louanne Antrim, cette femme fragile, excentrique et alcoolique a empoisonné jusqu’à son sommeil lors de ses terribles crises nocturnes. Cette artiste contrariée exprimait sa créativité dans la confection d’énigmatiques vêtements fantasques et s’était inventée une autre réalité à la hauteur de ses attentes, façonnée de rêves grandioses, d’astrologie et de philosophies alternatives. S’il a souhaité sa mort, s’il a éprouvé de la colère, le fils mesure dans le deuil, dans cette vie d’après sans elle, combien il l’a aimée et n’a jamais cessé de vouloir la protéger. Émouvante déclaration d’amour à la figure maternelle, cette autobiographie, en convoquant les souvenirs du père, des grands-parents, de l’oncle Bob, de sa sœur Terry et des paysages du sud des États-Unis, tels des personnages d’un roman, se lit également comme un hommage à la fiction et à l’écriture. Éd. de l’Olivier, 224 p, 21 €.

Rosetta Loy, La première main . Traduction de l’italien Françoise Brun. Rosetta Loy avait déjà distillé des souvenirs intimes dans ses romans mais ne s’était jamais prêtée à l’exercice purement autobiographique. C’est chose faite avec cet autoportrait tout en finesse où l’élégance des photos en noir et blanc des années 30 répond à la délicatesse de la mémoire. La romancière n’a rien oublié de la petite fille à la santé fragile, dernière d’une famille de quatre enfants, qui vouait un amour inconditionnel à son père, un riche industriel. Elle se souvient des couleurs et des odeurs d’une vie dorée à Rome, ou dans les lieux de villégiature sur fond d’Italie fasciste. Elle évoque ses joies et ses premiers déchirements : la mort de sa première nourrice, la séparation d’avec sa nourrice Gina, la douce protection de Francesco le chauffeur, la ronde des gouvernantes, sa maladie ou encore la peur des bombardements. D’autres sensations, celles de ses amours d’adulte, se superposent aux émotions de l’enfance dans une même et seule continuité poétique. Éd. Mercure de France, 200 p, 21,50 €.

Frédéric Ferney, Oscar Wilde ou les cendres de la gloire. Né à Dublin en 1854 d’un père chirurgien et d’une mère originale qui écrit des poèmes, se voudrait aristocrate, tient salon et lui transmet son goût pour les mythes et les légendes celtes, Yeats, Dante et Balzac, le jeune Oscar Wilde aiguise sa vivacité d’esprit, son besoin d’être admiré et se projette dans un avenir tout de splendeur et de célébrité. « Je suis de ceux qui sont faits pour les exceptions, non pour les lois. » Brillant élève au collège d’Oxford, il y conforte son enthousiasme pour l’esthétique de la Grèce Antique et de la Renaissance et décide de consacrer sa vie à la recherche de la beauté et de la passion, au risque de se consumer tout à fait dans cette entreprise. Frivole, orgueilleux, cynique, provocateur, il irrite la société victorienne par la teneur de ses écrits, de ses déclarations et par ses frasques et court à sa perte, malgré son succès, quand éclate le scandale de sa liaison avec Lord Alfred Douglas. S’il ne reconnaît pas à Wilde les qualités littéraires de l’artiste accompli, Frédéric Ferney ne cache cependant pas sa fascination pour cet incorrigible dandy, qui a passé son temps à brouiller les pistes, dissimulant au mieux sa grande sensibilité et ses contradictions, écartelé entre la tentation de se dévoiler et celle d’avancer toujours masqué. « Si tout art, y compris l’art de vivre, est invention d’une forme plus belle que la réalité, alors Oscar est l’auteur d’un chef-d’œuvre : sa vie. » Une très belle iconographie se mêle à la plume du biographe. Éd. Mengès, 220 p, 25 €

Jean-Michel Delacomptée, Ambroise Paré. La main savante. Parce que la main était tout chez l’homme, elle s’imposa dans le titre : dans un tête-à-tête entre lui et « l’autre », original, littéraire, poétique, l’écrivain et essayiste Jean-Michel Delacomptée retrace la vie et l’oeuvre du grand chirurgien Ambroise Paré - né en 1509, mort en 1590 -, de celui qui, praticien de la Renaissance, initia la chirurgie moderne ; au fil des pages, il nous conduit dans le cœur même de l’histoire de la médecine, narre une manière inédite de la pratiquer, d’aborder la maladie et le corps, dans une époque de peurs, d’épidémies fatales, de guerres, de barbarie. D’origine modeste, apprenti-barbier d’abord, non loin de son village de Mayenne, où il manie le rasoir et se familiarise tout autant avec les saignées, les ulcères, Ambroise Paré s’instruira seul, auprès des maîtres, auprès des livres. En 1533, à Paris, admis en qualité de barbier-infirmier à l’Hôtel-Dieu, il y fait son apprentissage de chirurgien ; « Ce n’est rien, dit-il, de feuilleter les livres, de gazouiller, de caqueter en chaire de la chirurgie, si la main ne met en usage ce que la raison ordonne ». L’Hôtel-Dieu couvert des blessés des champs de batailles « sculptera sa main », car « on y mourait beaucoup, mais surtout on y disséquait souvent ». Il y observe malades et cadavres, enrichit son savoir anatomique, pratique la dissection. Il devient chirurgien des armées, est sur tous les fronts de toutes les batailles, et sa main et sa tête font l’expérience d’un sens de la médecine hors du commun, alors qu’il met en place des stratégies de guérison, remettant en cause, des siècles de brutale et inefficace thérapeutique. En complément d’opérations chirurgicales nécessaires, il soigne par la douceur des plantes, de feuilles de nénuphar, ou encore de mélange de miel et de vinaigre, prescrit à l’un de ses patients, marquis agonisant, oeufs mollets et raisins de Damas confits, « viandes rôties et de digestion facile, avec des sauces d’orange, de verjus d’oseille, de grenade aigre » puis « grains d’opium pour dormir », enfin, « violes, violons et amuseurs pour le distraire ». Le marquis renaît. Paré « rassurait les patients toujours et partout, et semant l’espoir il réussissait où les autres échouaient ». Homme de science et de recherche, homme de lettres aussi - qui écrivait tous ses travaux en français -, poète encore, il mit, en tout, son art au service de la vertu, et soigna les Princes, comme il soigna les Rois, comme il soigna les Pauvres. Éd. Gallimard, collection L’un et l’autre, 264 p.19.90 €. [Corinne Amar]

Journaux

Anaïs Nin, Henry et June : Les cahiers secrets. Traduction de l’américain Béatrice Commengé. Anaïs Nin avait écarté de la version originale de son journal, publié aux Etats-Unis en 1966, les passages relatifs à son mari et à ses amants. Cette nouvelle édition de textes choisis dans les cahiers rédigés d’octobre 1931 à octobre 1932, redonne à l’histoire passionnelle qui la lia à Henry et June Miller sa dimension la plus ardente et met davantage en lumière l’impact déterminant qu’eut cette rencontre sur son œuvre et sur sa perception de sa propre identité.
A l’automne 1931, la jeune femme de 28 ans qu’est Anaïs Nin, travaille à un ouvrage sur D.H Lawrence, confie ses doutes et ses espoirs à son journal depuis l’enfance et ne sait pas encore qu’elle va bientôt basculer dans une vie plus intense qu’elle appelle de toute son âme et de tout son corps. D’abord enivrée par la beauté, le pouvoir érotique et le parfum d’aventurière de June, elle succombe très vite à l’intelligence et à la sensualité d’Henry Miller au point de connaître avec lui un amour absolu qui vient ébranler l’existence rassurante qu’elle s’est construite auprès de son mari Hugh Guiler. « Être avec lui, c’est comme être prise dans un incendie de forêt. Chaque fois, de nouvelles parcelles de mon corps sont réveillées et brûlées. C’est un incendiaire. Je le quitte dans une fièvre qui ne veut pas tomber. » Elle découvre des horizons charnels et des profondeurs intellectuelles jusques là insoupçonnés. Enfin révélée à elle-même, elle a soif de jouissance, revendique son « animalité », préfère obéir à son attraction pour les êtres tourmentés plutôt que de se soumettre à une vie raisonnable conforme aux conventions sociales. Elle s’abandonne tout entière à la puissance sexuelle et imaginative et trouve dans cette inépuisable vitalité, la liberté et la force créatrice dont elle rêvait.
« Notre travail, notre imagination littéraire sont monstrueux. Notre amour est humain [...] Il existe des joies diaboliques connues seulement des écrivains. Son style musclé et mon style émaillé luttent et copulent sans se nuire. Mais, dès que je le touche, s’accomplit aussitôt le miracle humain. »
Éd. Stock, La Cosmopolite, 329 p, 19 €.

Hélène Berr, Journal 1942-1944. Préface de Patrick Modiano. Hélène Berr est déportée à Auschwitz le 27 mars 1944, le jour de son anniversaire puis meurt à Bergen-Belsen en avril 1945 à 24 ans, quelques mois avant la libération du camp. Elle laisse un journal poignant, à la portée historique et littéraire exceptionnelle, qui débute le 7 avril 1942 encore empli de toutes les promesses qui s’offrent à une jeune femme de 21 ans et s’achève le 15 février 1944 sur ces mots empruntés Au cœur des ténèbres de Conrad : « Horror ! Horror ! Horrror ! » Grâce à Andrée Bardiau, la cuisinière de la famille à qui Hélène confiait ses cahiers, à Jean Morawiecki le destinataire et à Mariette Job, sa nièce, qui est parvenue à vaincre les résistances familiales, la voix de cette jeune juive dans le Paris occupé nous parvient enfin. Issue de la haute bourgeoisie, elle se distingue dans ses études de littérature anglaise, joue du violon, s’émerveille de la beauté de la ville sous la lumière printanière, arpente le Quartier Latin avec ses amis de la Sorbonne et vibre d’un amour naissant pour Jean Morawiecki. Au sein de l’Entraide temporaire et de l’Ugif, elle s’occupe d’enfants juifs et témoigne au fil des mois, entre révolte et désespoir d’un quotidien toujours plus menaçant. Lois anti-juives de Vichy, humiliation de l’étoile jaune, arrestations des proches, récits inconcevables d’extermination, Hélène dans sa grande lucidité pressent le pire.
« La seule expérience de l’immortalité de l’âme que nous puissions avoir avec sûreté, c’est cette immortalité qui consiste en la persistance du souvenir des morts parmi les vivants. » Éd.Tallandier, 20 €.

Evelyne Lever, Journal d’une reine. Evelyne Lever, historienne spécialiste de l’Ancien Régime s’est glissée dans les traces de Marie-Antoinette pour imaginer ce journal. Vingt-deux années d’intrigues, d’hostilité, d’ennui, de fêtes fastueuses à la cour de Versailles aux règles impitoyables sont ici retracées, depuis l’arrivée de Marie-Antoinette à 14 ans pour s’unir au dauphin jusqu’à la chute de la monarchie en 1792 qui lui sera fatale. Tout y est, tous les épisodes et tous les protagonistes du destin de cette reine qui considérée comme trop légère n’a pas vu se profiler la colère du peuple et la fin d’un monde. Éd. Tallandier, collection Texto, 8 €.
Entretien avec Evelyne Lever sur le site de la Fondation La Poste

Abonnez vous à notre Lettre d’information,
FloriLettres

Chaque mois, recevez gratuitement la revue culturelle de la Fondation La Poste consacrée à l’actualité littéraire et au patrimoine de la correspondance.
Pour s’inscrire, cliquez ici
Le lien "s’abonner" est obsolète. > s'abonner

A la une

Le Prix « Envoyé par La Poste » 2016 remis à Thierry Froger

30 août 2016 - Thierry Froger remporte le Prix « Envoyé par La Poste » pour son livre Sauve qui peut (la révolution),lire la suite

Les actions

Les actions de la Fondation La Poste 2015

La Fondation La Poste qui se veut à la fois culturelle et sociale a pour objet de soutenir l’expression écrite - dans la mesure où s’y incarnent les valeurs communes au Groupe La Poste - et en particulier la confiance, la solidarité, la proximité et l’innovation. Ainsi, elle encourage plus précisément avec un souci de la qualité et avec éclectisme : l’écriture épistolaire, l’écriture vivante et novatrice, l’accès à l’écriture sous ses diverses formes… lire la suite