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Jack Kerouac,
Lettres choisies 1957-1969
Par Olivier Plat

 

Jack Kerouac, Lettres choisies Le second volume des Lettres choisies de Kerouac porte sur les années 1957-1969, celles des Anges de la Désolation, de Satori à Paris et de Big Sur, celles aussi de la célébrité que va lui valoir Sur la route et qui le détruira inexorablement. 1957, année de la publication de Sur la route, écrit en 1951 ; Kerouac a 35 ans et il a déjà écrit la majeure partie de son oeuvre. Il ne veut pas devenir comme Steinbeck : « membre de sociétés littéraires pestilentielles avec encore des déjeuners, encore des bavardages, encore des honneurs » et finir en homme d’affaires « avec une secrétaire et des piles de courrier ». Il voudrait rester le « Ti Jean qui se cachait dans sa chambre de Sarah Avenue et dessinait ses bandes dessinées » et continuer à être un clochard : « c’est le secret de ma joie et sans ma joie il n’y a rien à écrire ». « On the road », de Kerouac, « The Naked Lunch » de Burroughs, « Howl » de Ginsberg, « la Renaissance Littéraire Américaine et Mondiale » est en marche avec les écrivains de la Beat Generation, encore faut-il vouloir se débarrasser de « tous ces débris obscurantistes et inhibés de grammaire et de littérature » et mettre de côté les « Grands Ciseaux Castrateurs ». 1957-1969, les années de la célébrité et « à quel point il est atroce d’être connu, au moins en Amérique ». Kerouac ne se reconnaît pas dans le miroir que lui tendent les critiques et le public, il n’est pas « aussi dingue et irresponsable » que certains qui l’admirent « pour de mauvaises raisons » voudraient qu’il soit, le Kerouac de la maturité n’est plus cet « étudiant enthousiaste qui éprouvait des sentiments lyriques pour l’Amérique ». Le divorce va aller en s’accentuant, et l’alcoolisme de Kerouac aussi, qui alimente la légende du personnage public qu’il est devenu au détriment de l’écrivain, qui doit se battre afin que ses livres soient publiés ou qu’ils ne soient pas tronqués, amputés de cet incroyable musicalité - son, rythme et mesure - de cet artiste « à l’ancienne et passionné » qui revendique « de souffler aussi profond que Lee Konitz en 1951 ». Mais c’est toujours la même chose, déjà « On the road » avait été caviardé de virgules, coupant le cri rythmique en trois ou en quatre, transformant le swing en une prose « d’une maladresse peu naturelle (parce que castrée) », et le texte expurgé de ses passages les plus sensibles. « Je peindrai donc ce que je vois, couleur et trait, exactement, vite... » Retour à Van Gogh en passant par Shakespeare et ses « pensées folles comme l’éclair » Les références littéraires de Kerouac parlent d’elles-mêmes : Shakespeare, Dostoievski, Proust, Joyce, Céline, Burroughs et Thomas Wolfe qui fut à l’origine de The Town & the city, passé inaperçu lors de sa publication en 1950. Les lettres témoignent de cette obsession d’écrire de quinze années, dans un voyage secret à l’intérieur de soi afin de laisser « l’inconscient admettre sa langue désinhibée, intéressante nécessaire et donc " moderne " », de ces effondrements entre deux livres traversés de périodes d’abattement ou d’aspiration à la solitude : « si seulement je pouvais passer un mois seul, et sourire et me parler à moi-même. » Mais ce sont aussi les années soixante qui se dessinent en filigrane : drogues (la plupart des livres de Kerouac ont été écrits sous l’influence de la Benzédrine), sexe, abus chronique d’alcool (conforme en cela à une tradition bien américaine : Poe, Fitzgerald, Faulkner, Hemingway etc.), allers et retours insensés dans l’espace à la recherche d’une Amérique mythique qu’ont conté avant lui Whitman, Melville, Thoreau, aspiration religieuse (le bouddhisme en particulier) disent cette recherche de l’absolu, « ce besoin de sentir l’extase à tout moment » à laquelle s’identifieront toute une génération de lecteurs de Sur la route. Les années 1957-1969 sont aussi celles du lent déclin de Kerouac dont la correspondance se fait l’écho. Kerouac s’éloigne de Ginsberg, il refuse d’être le porte-drapeau de « ces beatniks qui affichent leur haine de l’Amérique sur des banderoles », il boit de plus en plus, vivant chez lui avec « Mémère », « exposé aux invasions quotidiennes de toutes sortes », il se veut « Conservateur Catholique ». Fatigué, il aspire au repos « dans un bureau fleuri du triste minuit mexicain, avec un grand jardin clos et des lézards peut-être... » Il meurt en 1969, d’une grave hémorragie abdominale.

Jack Kerouac
Lettres choisies (1957-1969)
Édition établie par Ann Charters
Traduction et préface de Pierre Guglielmina
Éditions Gallimard, Coll. Du monde entier
novembre 2007

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