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Henry Bauchau : Journal 2002-2005
Par Corinne Amar

 

Henrt Bauchau Le Présent Henry Bauchau. Tout d’abord, cela commence par un titre Le présent d’incertitude, Journal 2002 - 2005, oxymore inscrit sur fond bleu, le bleu, couleur fraternelle et protectrice de l’écrivain - quatre-vingt-quinze ans aujourd’hui - ; au hasard des pages, on tombe sur des paroles que la mémoire retient, de celles qui disent le magnifique douloureux désir de durer, le travail infiniment recommencé et salutaire de la douleur de naître, l’effort de naître qui donne seul la paix. « Je suis un homme parmi des milliards d’hommes, en communion peut-être avec d’autres artistes qui ressentent en cet instant la même paix, la même beauté, la même douleur sourde, l’incomplétude qu’ils ont décidé de transformer en travail. »

Que n’est-il dit dans ces quelques lignes ? Comment mieux habiter sa solitude, sinon par l’amour et le travail, sinon en la « peuplant de présence », de présence au monde, de présence à l’existence elle-même ? Le Journal, dans sa forme, sa régularité voulue, égrène la vie intérieure de celui pour qui la poésie, les rêves, l’inconscient, l’écriture sont essentiels, surprend le temps qui passe, rend compte de l’inéluctable, fixe les vertiges en instantanés, tel un appareil photographique.

Poète (un premier recueil en 1958, Géologie, couronné par un prix), dramaturge, romancier, psychanalyste, Henry Bauchau est né en Belgique, près de Bruxelles. Il fait ses débuts dans le journalisme, entre dans la Résistance armée pendant la guerre, fonde une maison d’édition et de distribution, à Paris, après guerre, puis découvre le rôle vital de l’écriture dans sa vie, grâce à une psychanalyse - de 1947 à 1951 - entreprise avec Blanche Reverchon-Jouve, l’épouse de Pierre Jean Jouve. Tournant dans son existence, qui marque profondément sa pensée, en tant que psychothérapeute plus tard, en tant qu’écrivain. « L’analyse a été la coupure, l’étape décisive. Dans ma vie, elle est intimement mêlée à l’écriture. L’une a libéré l’autre et toutes deux ont continué à agir et à évoluer ensemble. » Dans les années 1990, et avec l’élaboration de l’oeuvre, vient le cycle mythologique, qui donnera successivement Œdipe sur la route (1990), Diotime et les lions (1991) et Antigone (1997) : musique dionysiaque, à laquelle il donne le pouvoir de ranimer « les trésors perdus de la mémoire », dont les héros disent « oui » à la vie, au futur, à la beauté, et qui mêle autant la connaissance de l’Antiquité que la psychanalyse, les philosophies asiatiques ou la foi chrétienne.
La notion du sacré, de l’enchantement de l’existence - continuer à travailler dans le grand âge -, les terrains mouvants de l’écriture, la patience en amour, la fatigue du roman en cours, les forces absorbées, la joie, malgré tout, le soir, d’être parvenu à aligner des pages, la nécessité de l’effort, ou encore le temps exquis de certains matins quand, même sans ailes, on peut « prendre part à la célébration des oiseaux » ; Le présent d’incertitude dit la gratitude de cela. « Il y a une fête de l’existence (...) mais je suis loin de la ressentir tous les jours. Celle-ci est liée au fait d’exister dans son corps, sans que celui-ci vous opprime ». Henry Bauchau a quitté la Belgique depuis longtemps, vit aujourd’hui non loin de Paris. Avec l’exercice d’écriture, la proximité de la nature, les arbres - leur colonne vertébrale, comme une leçon de vie -, lui sont compagnie ; dans cette « déchirure » qu’est la grande vieillesse, il y puise une plus grande paix intérieure. « Je me sens comme une bête prise dans un filet dont les fils sont tissés de mon besoin énorme de sommeil, de fatigue, de malaises, de demandes des autres et de la souffrance longue du froid, du manque de soleil et de L. Je ne puis éviter de finir ma vie dans l’hiver du veuvage et du manque. Il faut que par un sursaut, un retour de l’audace, je confie à nouveau mon manque de force à mon travail. Au travail des Grandes mains en moi et sur mes pages. », écrit-il, le 9 mars 2004. Aujourd’hui, Henry Bauchau, Le boulevard périphérique l’écrivain publie un grand roman Le boulevard périphérique ; fidèle à son éditeur (Actes Sud), fidèle à son voeu (255 pages puissantes, au vocabulaire « rétréci », qu’il rédigea avec beaucoup de peine et à la main), fidèle à ses thèmes existentiels ; la vie, la mort et « l’ombre portée de la mort en soi » telle une énigme, l’espérance enfin, « l’espérance acharnée » : chaque jour, et empruntant le boulevard périphérique, le narrateur rend visite, dans un service de cancérologie, en banlieue parisienne, à sa belle-fille atteinte d’un cancer et qui lutte contre une mort inévitable. Il se souvient alors d’un temps, quarante ans plus tôt, sa mémoire évoque son ami de jeunesse, celui-là même qui lui enseigna le courage de ne pas avoir peur, qui fut capturé, pendant la guerre, par un officier nazi et assassiné dans des conditions mystérieuses. Et parce que la vie elle-même est un mystère, à la fin de la guerre, ce colonel nazi réapparaît, qui se fait connaître du narrateur...
« On n’invente pas les personnages, ils existent dans l’inconscient, il faut les laisser sortir. »

Henry Bauchau,
Le présent d’incertitude, Journal 2002-2005,
Éd. Actes Sud 2008, 315 p. 23 €.

Henry Bauchau,
Le boulevard périphérique,
Éd. Actes Sud 2008, 256 p. 19,50 €.

Le site Henry Bauchau
http://bauchau.fltr.ucl.ac.be/

Le 7 mars 2008 à l’Université catholique de Louvain, « L’atelier d’Henry Bauchau », journée d’études organisée par Myriam Watthee-Delmotte.

Contact : myriam.watthee@uclouvain.be.

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