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L’épistolaire n’a rien perdu de son charme, ni le courrier de son éclat

Nadejda Ivanova

Le genre épistolaire est une porte cochère de la littérature. C’est un genre où l’écriture ordinaire frôle Les Belles Lettres, où elle se nourrit d’une ambition littéraire. Le langage y devient performatif, et vous pouvez, avec la puissance des mots, exercer une influence sur le monde (vous faire aimer, vous faire pardonner, consoler, vous faire embaucher, obtenir un service...). La magie primitive de la parole y prend une forme de l’écrit et rejoint les nouvelles méthodes de psychothérapie de langage (PNL).

Outil de travail, de connaissance et de progrès, support de mémoire, témoin de son temps, trompeuse d’absence, formatrice de personnalité - autant de fonctions capitales de la correspondance en plus de son rôle principal qui est de maintenir le contact affectif avec une personne qui nous est chère. Au cours des échanges, une correspondance crée son univers de référence propre, un univers en partie fictif dont nous sommes les seuls maîtres. C’est l’endroit où, délicieusement, nos rêves semblent prendre forme. Mais cette apologie de l’épistolaire tient-elle toujours s’il ne s’agit plus de la correspondance papier, mais du mail ? Oui, puisque le sens débarrassé de son « enveloppe » (dans tous les sens) reste du sens, même si c’est « du texte pur ». On pourra répliquer que le sens n’est pas que linguistique dans une lettre : le papier, le timbre, l’enveloppe, l’écriture véhiculent des suppléments de signification. Il faut tenir compte de deux choses. D’abord, le contenu principal d’une lettre est malgré tout ce qui est dit ; ensuite, le mail a ses codes non-textuels en partie absents du courrier traditionnel qui viennent compléter le texte du message et compensent l’aspect matériel absent du mail. Mon propos n’est pas de vous convertir au mail : Dieu m’en préserve ! Je me rends simplement à l’évidence : le courrier électronique rentre dans les mœurs et fera bientôt partie du quotidien, au même titre que les TGV (pourquoi ne voyagez-vous pas en calèche ?) et les mico-ondes (pourquoi pas le feu de bois ?). Il n’est pas donc trop tôt de s’interroger sur les divers aspects de cette nouvelle forme de l’épistolaire sans la célébrer ou rejeter a priori. Le passage au support numérique donne une nouvelle chance à la correspondance, mais aussi remet en cause les rapports de l’épistolaire au temps et à l’espace, aspects fondamentaux du fonctionnement de son discours. Les jeux subtils avec l’identité, la « mise en scène de soi par soi » qui existe déjà dans la correspondance traditionnelle et même en définit en partie la spécificité, trouvent des ressources inattendues dans l’avatar numérique de l’épistolaire. Un message électronique n’a pas la même structure, ni le même contexte, ni les mêmes moyens expressifs que la lettre traditionnelle. Le courrier électronique est à même de devenir un plurimédia hypertextuel (cf. les cartes virtuelles foisonnant sur le Réseau qui intègrent images fixes et animées, texte, musique). Les liens contenus dans cette page détaillent les divers aspects du courrier électronique considéré d’un point de vue littéraire, comme une manifestation particulière du discours, une nouvelle forme du genre épistolaire.


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